ENFANT 44 de Daniel Espinosa [Critique – Sortie Ciné]

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Enfant_44Mondo-mètre
note 3.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Child 44
Père : Daniel Espinosa
Date de naissance : 2014
Majorité : 15 avril 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA, Angleterre, Tchèque, Roumain
Taille : 2h17 / Poids : 50 M$
Genre : Thriller

Livret de famille : Tom Hardy (Damidov), Noomi Rapace (Raïssa), Gary Oldman (Nesterov), Joel Kinnaman (Wasilij), Paddy Considine (Malevich), Jason Clarke (Brodsky), Vincent Cassel (Kuzmin), Charles Dance (Grachev), Nikolaj Lie Kaas (Sukov), Fares Fares (Alexei)…

Signes particuliers : Le réalisateur de Sécurité Rapprochée nous plonge dans l’enfer de l’URSS, sur les traces d’un serial killer qui a vraiment existé…

LE BROUILLON D’UN BON FILM

LA CRITIQUE

Résumé : Hiver 1952, Moscou. Leo Demidov est un brillant agent de la police secrète soviétique, promis à un grand avenir au sein du Parti. Lorsque le corps d’un enfant est retrouvé sur une voie ferrée, il est chargé de classer l’affaire. Il s’agit d’un accident, Staline ayant décrété que le crime ne pouvait exister dans le parfait Etat communiste. Mais peu à peu, le doute s’installe dans l’esprit de Léo et il découvre que d’autres enfants ont été victimes « d’accidents » similaires. Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Léo est contraint à l’exil avec sa femme, Raïssa. Prenant tous les risques, Léo et Raïssa vont se lancer dans la traque de ce tueur en série invisible, qui fera d’eux des ennemis du peuple…Enfant_44_4L’INTRO :

On a beau bien l’aimer le sieur Ridley Scott, mais comme on a coutume de dire, « chat échaudé craint l’eau froide ». Et de fait, on a appris avec le temps à se méfier des tagline au marketing roublard, cherchant à vendre des projets mal engagés en mettant en avant une caution luxueuse faisant office de valeur ajoutée pour refourguer une affaire relativement bancale. Et si le paternel d’Alien a souvent eu le nez fin en tant que producteur, comme en atteste sa très noble filmographie diversifiée, capable de soutenir des projets indépendants comme Welcome to the Rileys, d’initier des paris comme le Stoker de Park Chan-wook, ou de mettre des billes dans Le Territoire des Loups de Joe Carnahan, reste qu’à côté de ça, il se traîne quelques boulets et ce sont généralement eux qui ont besoin du nom de leur homme de l’ombre pour attirer le chaland. Et après le piètre thriller Avant d’aller Dormir, horreur de la nature signée Rowan Joffe avec Nicole Kidman et Colin Firth, voici que débarque Enfant 44 du suédois Daniel Espinosa (oui, on sait, on dirait pas, mais on vous jure qu’il est vraiment suédois). Le cinéaste, sur lequel Hollywood a visiblement l’air décidé de se tripoter, s’est fait connaître avec son intéressant Easy Money, avant de se rendre coupable du médiocre Sécurité Rapprochée, nanar d’action boursouflé avec Denzel Washington et l’endive Ryan Reynolds. Sur le papier, son nouvel effort adapté d’un roman de Tom Rob Smith, avait de l’allure. Le matériau originel littéraire, en plus de se faire le portrait angoissant d’une page de l’histoire russe, prenait appui sur un fait divers authentique (le serial killer Andreï Tchikalito surnommé « Le Monstre de Rostov », responsable de 52 meurtres dans l’URSS des années 50), Ridley Scott avait un temps songé à le mettre en scène lui-même, et le casting multipliait les étoiles au guide cinoche, réunissant une sacré belle distribution, Tom Hardy et Noomi rapace en tête, entourés de Gary Oldman, Joel Robocop Kinnaman, Paddy Considine, Jason Clarke, Vincent Cassel, Charles Dance, ou le duo des Enquêtes du Département V, Nikolaj Lie Kaas et Fares Fares.Enfant_44_7

L’AVIS :

En deux films seulement du côté d’Hollywood, on note déjà une petite série de récurrences dans le cinéma de Daniel Espinosa. Dommage pour lui, elles ne sont pas à son avantage. Le metteur en scène s’illustre une nouvelle fois comme un bien piètre conteur, incapable de raconter proprement une histoire, au moins autant qu’il ne se révèle incapable de les filmer adroitement et de diriger avec habileté un casting intéressant. Enfant 44 est l’exemple même du projet qui aurait pu être bon s’il avait été confié à un cinéaste sachant conduire avec doigté un long-métrage ambitieux. L’imbrication de cette enquête policière sombre sur la traque d’un tueur en série aux crimes odieux, et d’une toile de fond mettant en exergue l’austérité du climat de la Russie d’après-guerre en proie à la terreur permanente du régime stalinien, nous promettait une plongée doublement terrifiante et suffocante. A l’arrivée, Espinosa semble complètement largué par les ramifications de son récit au point de ne pas savoir comment les gérer. Et Enfant 44 de partir dans tous les sens, dans la confusion la plus totale.Enfant_44_3

Brouillon de la première à la dernière minute, que ce soit sur le plan formel ou narratif, Enfant 44 est un film sans cesse en perdition, échappant au contrôle de son faiseur noyé jusqu’à l’agonie. En cloisonnant séparément ses (trop) nombreuses intrigues et sous-intrigues, on décèle pourtant du bon dans cette sorte de polar historique. Le contexte de l’URSS totalitariste à la population paranoïaque où la peur est un mode de vie quotidien, notamment. L’enquête sur ce tueur abominable, aussi, mais dans une moindre mesure alors qu’il s’agissait là pourtant du sujet principal. Une chose est sûre, le mélange requérait beaucoup de talent pour évoluer avec grâce entre toutes ces directions et thématiques, et Espinosa devient vite comme la pire erreur de casting pour diriger une telle affaire. Son récit se charge à outrance en micro-intrigues complètement inutiles et parasitant la narration générale, son canevas devient foutraque voire parfois incompréhensible, le film se perd dans les incohérences les plus agaçantes, chaque rebondissement apparaît comme autant de portes de sortie pour débloquer un scénario coincé par sa propre direction et l’ensemble se meut dans la douleur, toujours poussif, jamais méthodique, subtil, soigné ou gracieux. Et planant au-dessus de tout cela, la mise en scène de Daniel Espinosa, tour à tour illisible (la scène d’introduction en pleine bataille de Berlin en 1945), hideuse (le reste du film) quand elle ne bascule pas dans la mollesse pesante. Devant sa caméra, son riche casting s’efforce d’assurer le job (à l’image de Tom Hardy qui porte son rôle avec conviction) mais l’absence de toute direction d’acteur, oblige les talents en présence à cabotiner pour compenser la piteuse tenue de la chose. Enfant_44_5Capable par à-coups d’une bêtise incroyablement frappante, en plus d’être terriblement long (2h20 quand même !) et souvent couillon et improbable, Enfant 44 est sans doute l’un des plus beaux gâchis du mois, ne rendant certainement pas justice au réputé excellent roman de son auteur. Peut-être serait-il -déjà- temps d’interdire l’accès à un plateau de cinéma à Daniel Espinosa (il a de la chance cela dit le gaillard, sous l’URSS de l’époque, ç’aurait été direct au goulag pour un film pareil). Car pour le coup, il avait de l’or entre les mains, il a su le transformer en étron. Un étron plutôt efficace et rondement mené, avec quelques très bonnes idées à la clé (merci à l’écrivain Tom Rob Smith, plus qu’au scénariste spécialisé dans les histoires de crimes Richard Price), mais un étron quand même, laminant inlassablement ce qu’il pouvait tenir de valeureux. Enfant 44 a ce tort de vouloir être deux films en un, et c’est précisément ce qui le met en échec.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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