DU SANG ET DES LARMES de Peter Berg
Critique (Test Blu-ray – guerre)

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21059262_20131119172933967.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 8.5
Carte d’identité :
Nom : Lone Survivor
Père : Peter Berg
Livret de famille : Mark Wahlberg (Marcus Luttrell), Taylor Kitsch (Mike Murphy), Emile Hirsch (Danny), Ben Foster (Axe), Yousuf Azami (Shah), Ali Suliman (Gulab), Eric Bana (Kristensen), Alexander Ludwig (Patton)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 1er janvier 2014 (en salles) / 26 mai 2014 (en Blu-ray/DVD)
Nationalité : USA
Taille : 2h01
Poids : 50 millions $

Signes particuliers (+) : Plus qu’un film, une expérience. On avait déjà dit cela de Gravity il y a quelques mois. Du Sang et des Larmes, le dernier film de Peter Berg, est à la guerre ce que Gravity était à l’espace : un film immersif, intense, rageur, poignant, désarçonnant le spectateur par un déluge dévastateur proche de l’enfer couché sur pellicule et lorgnant vers le survival dopé à l’adrénaline. Et en plus, il en a oublié d’être bête. Une réussite totale superbement interprétée et réalisée avec poigne, sincérité et puissance.

Signes particuliers (-) : x

 

FRIDAY NIGHT WAR : APOCALYPSE

LA CRITIQUE

Résumé : Le 28 juin 2005, un commando de quatre Navy Seals prend part à l’opération « Red Wing », qui a pour but de localiser et éliminer le leader taliban Ahmad Shah. Mais rapidement repérés et encerclés, les quatre soldats vont se retrouver pris au piège.

Du-sang-et-des-larmes_portrait_w858L’INTRO :

Mayday, mayday… On revient du front, c’est l’enfer là-bas ! Peter Berg nous assène la première baffe de l’année 2014 en adaptant avec force et férocité le roman Lone Survivor de l’officier Première Classe Marcus Luttrell, Navy Seal qui évoquait le traumatisme vécu par ses trois camarades et lui dans l’enfer afghan au cours d’une mission qui dérapa sévèrement après une simple et stupide mauvaise rencontre. Baptisée  » Red Wings », cette opération avait pour but de tuer un dangereux chef taliban repéré dans un petit village reculé niché près des montagnes. Après avoir découvert ce poignant ouvrage sur le tournage de Hancock (il y a cinq ans donc) envoyé à sa fidèle productrice par l’auteur lui-même, le cinéaste s’est immédiatement senti l’envie de porter à l’écran cette histoire forte, au point de partir dans une véritable base en Irak où il s’est attelé à l’écriture immergé dans un environnement des plus propices.

20633703.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPeter Berg retrouve tout le génie qui peut le caractériser quand il décide d’être grand et son quatuor d’acteurs monumentaux fait le reste du boulot. L’excellent Mark Walhberg en tête, entouré d’un impressionnant Ben Foster, d’Emile Hirsch et du fidèle Taylor Kitsch que Berg retrouve une fois de plus après l’avoir révélé dans la série Friday Night Lights puis fait jouer dans sa massive production décérébrée Battleship.

21023785_20130731235643656.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

Le cinéaste a toujours eu ce don ultime de savoir embarquer son public dans des histoires fortes conjuguant univers clos, dimension émotionnelle, intimisme et intelligence du discours de fond, dans des récits profondément enracinés dans un sentiment de vérité exacerbé nourri aux valeurs de fraternité, de sacrifice, de sens du devoir et de l’honneur et de justice. Avec Du Sang et des Larmes, Peter Berg est servi et nous livre ce qu’il y a de meilleur dans son cinéma, sa capacité à s’immerger dans les coulisses d’un univers avant de littéralement rouler sur le spectateur avec puissance et impact émotionnel saisissant. Il signe ici comme une sorte de Friday Night Lights de la guerre où s’entrechoquent récit profondément humain et expérience viscérale au centre d’une toile de fond capable de se mouvoir entre intimisme tragique et puissance sidérante d’une œuvre rageuse, immersive, bouleversante et à l’intensité aussi inouïe que terrifiante. Plus un hommage fondamental à la figure même du soldat qu’une véritable réflexion politisée ou patriotique, Du Sang et des Larmes assoie le spectateur poliment mais avec fermeté, et lui assène une claque magistrale ne cherchant dans le fond ni à être partisane, ni à être engagée en opposition, s’ancrant seulement dans l’illustration du mythe du combattant, avec ses idéaux et ses valeurs pris sans jugement, rendus sans ronflant plus que nécessaire, préférant rester dans une posture de détachement qui avec une humilité respectueuse, se veut être le vecteur d’un regard directement concerné et impliqué dont elle rend le propos sans le trahir ni le contraindre en le parasitant par sa propre opinion.

DU+SANG+ET+DES+LARMES+PHOTO1On a le goût du sang dans la bouche, on sent la poussière collée au fond de la gorge, on ressent la sueur sur la tempe et les larmes dans les yeux. On a mal, on en bave, on passe un sale quart d’heure. Et parce qu’on est le séant confortablement installé dans notre fauteuil de cinéma, on ne peut s’empêcher de se dire que ce n’est rien comparé à l’épouvantable odyssée hallucinée vécue par ces hommes à l’écran. Plus qu’un film, une expérience saisissante et dévastatrice à ranger aux côtés des récents Gravity et All is Lost pour cette capacité à nous happer pleinement pour non pas nous montrer un film mais nous le faire vivre au plus profond de nos tripes.

21023777_20130731235642375.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxSi le film carbure à un américanisme fort et à un patriotisme mis en avant, ils n’en sont jamais primaires pour autant. Bien au contraire. On reconnaît bien là Peter Berg, cinéaste intelligent capable de transcender ses sujets avec une vision alliant finesse d’approche et rugosité barbare. Histoire de balayer d’emblée les éventuelles critiques qui pourraient hurler à la réduction binaire dénuée de nuance et au manichéisme exagéré, il est évident qu’il fallait s’attendre avec Du Sang et des Larmes à tout sauf un film tendre sur la vision de la guerre contre les talibans en ce sens que, fidèle à l’histoire qu’il porte à l’écran, Peter Berg épouse avec sincérité et respect le récit de son matériau source et surtout, le regard porté par le prisme de ces Navy Seals pour qui l’ennemi taliban est le mal fondamental selon ce qui leur a été de toujours inculqué. Pendant plus d’une heure, Du Sang et des Larmes sera un récit de guerre furieux, bourrin, déchirant, et prenant comme rarement il nous a été donné de voir, avant que l’intelligence du propos ne se manifeste et avec un brio caché derrière les apparences, qui frôle le chef d’œuvre. Non. Au diable l’avarice, qui entre de plein pied dans le chef d’œuvre absolument grandiose. Au point que même le générique de fin, parmi les plus bouleversants vus depuis un bon moment, forcera tout le monde à rester le cul fermement vissé sur son fauteuil.

du-sang-et-des-larmes-explosionDésarçonnant, on ne sait même plus où l’on ni où l’on habite après l’expérience qu’est Du Sang et des Larmes, grande œuvre hommage qui nous retourne comme des crêpes en nous balançant sans ménagement au front aux cotés de ces soldats de l’extrême plongés eux-mêmes et frontalement en plein cauchemar dans un enfer foudroyant et déchaîné tel un brasier ardent et destructeur. Spectaculaire sans pour autant être bas du front, cette décharge d’adrénaline touchant du bout des doigts le cinéma apocalyptique, est une barbarie badass sans borne (le film est classé R et se révèle très très violent) qui en a oublié au passage d’être bête. Les cyniques se contenteront d’un premier degré réducteur voyant là un simple hommage sur-appuyé à l’armée américaine, les autres seront touchés par ce parcours transformateur d’un homme qui bien que rôdé et façonné à une idéologie, découvrira une réalité qu’il ne soupçonnait certainement pas. Redoutablement efficace et absolument bouleversant, Du Sang et des Larmes inaugure en beauté une année 2014 lancée en grande pompe par un film dont il est difficile de se remettre. Et en guise de belle récompense pour Peter Berg, l’auteur lui-même rendra un vibrant hommage au travail accompli en expliquant qu’il aura beau raconter son histoire encore et encore, rien n’aura plus d’impact que ce film qui lui donne enfin le sentiment d’avoir fait son boulot, son devoir de témoignage de ce qu’il s’est passé ce triste 28 juin 2005, quelque part en Afghanistan.

Bande-annonce :

Le Test Blu-ray :

Nom d’une balayette ! Du Sang et Des Larmes avait été une véritable expérience en salles, rentre-dedans et déboussolante. Un moment de cinéma prenant aux tripes que l’on pensait ne jamais revivre ailleurs que sur grand écran. Et pourtant… C’était sans compter sur la qualité du Blu-ray pondu par M6 Vidéo qui permet de se reprendre une seconde claque bien cinglante. L’image magnifiquement travaillée du film de Peter Berg ne perd rien au change une fois couchée sur galette numérique. Splendide, minutieuse, chirurgicale, aidée par une photo exceptionnelle, elle conserve toutes ses nuances de couleurs et son piqué séduisant mêlé à une perfection visuelle soutenant à merveille la rugosité de l’histoire. Visuellement, Du Sang et des Larmes est toujours aussi énorme. Mais c’est surtout côté son qu’il impressionne. Le rendu des balles filant au-dessus des têtes, des explosions, des roquettes tirées, des coups et blessures meurtrissant les corps de ces pauvres soldats livrés en pâture, des cavales dans cette forêt devenue un terrain de chasse, tout cela s’exprime pleinement et puissamment, à plus forte raison si vous bénéficiez d’un bon système sonore. En 5.1 et sur un bel écran, Du Sang et des Larmes est tout simplement une tuerie au réalisme impressionnant. 5lonesurvivor03_600_600x450_c076f4d871

Côté bonus, le DVD est plutôt fourni mais le Blu-ray (capacité et valeur ajoutée supplémentaire obligent) en délivre davantage. Outre la bande-annonce, ils sont au nombre de 6 sur l’édition Blu-ray dont 2 absent de la version DVD. Ils apportent un éclairage riche tant sur le film que sur ce qui l’entoure, de l’histoire réelle au code militaire des Navy Seals. Le passionnant module « Recréer la fusillade » tout d’abord (10′), peut-être l’un des meilleurs, est fait d’interviews, d’images de making off et d’extraits, revenant sur le défi technique de la réalisation de l’immense fusillade qui constitue le cœur du film, tournée en décors naturels dans des lieux escarpés et dangereux. « La Détermination du Combattant » ensuite, est un documentaire de 28′ sur les Navy Seals, raconté par le prisme de Marcus Luttrell. De son engagement à la philosophie et les idéaux de cette « force spéciale » de l’armée US, ce mini-documentaire très patriotique dans l’âme, est intéressant pour en apprendre plus sur ces soldats de l’extrême.Capture d’écran 2014-05-22 à 22.58.44

En commun, DVD et Blu-ray partagent quatre modules. « Adapter l’histoire à l’écran » revient sur la façon dont Peter Berg s’y est pris pour transposer le livre du soldat Marcus Luttrell, témoignant au passage de sa volonté personnelle de réaliser ce film. « Apprendre les bases » détaille l’entraînement auquel se sont livrés les comédiens pour être crédibles en Seals, images à l’appui. « Le Patchounwali » fait parti des moments forts de ces bonus, avec une superbe interview de l’afghan venu en aide au soldat Luttrell, expliquant la philosophie de son clan et pourquoi cette main tendue à ce soldat américain perdu. Enfin, « Hommage aux héros de l’opération Red Wings » (9′) porte bien son nom, un hommage aux 4 soldats impliqués avec documents personnels et entretiens avec leurs parents. En somme, d’excellents bonus passionnant à regarder.

Par Nicolas Rieux

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