DEMOLITION de Jean-Marc Vallée : la critique du film
Sortie cinéma

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Nom : Demolition
Père : Jean-Marc Vallée
Date de naissance : 2015
Majorité : 06 avril 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h41 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Chris Cooper, Judah Lewis, C.J. Wilson, Polly Draper…

Signes particuliers : Le réalisateur Jean-Marc Vallée emprunte le talent de Jake Gyllenhaal, pour observer le temps du deuil.

LE GOLDEN BOY QUI NE PLEURE PAS

LA CRITIQUE

Résumé : Banquier d’affaires ayant brillamment réussi, Davis a perdu le goût de vivre depuis que sa femme est décédée dans un tragique accident de voiture. Malgré son beau-père qui le pousse à se ressaisir, il sombre de plus en plus. Un jour, il envoie une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques, puis lui adresse d’autres courriers où il livre des souvenirs personnels. Jusqu’au moment où sa correspondance attire l’attention de Karen, la responsable du service clients. Peu à peu, une relation se noue entre eux. Entre Karen et son fils de 15 ans, Davis se reconstruit, commençant d’abord par faire table rase de sa vie passée …jake1L’INTRO :

Quand un cinéaste surdoué rencontre un comédien surdoué, on ne peut qu’espérer une alchimie magnifique et que l’écran s’embrase dans une envolée artistique mémorable. Jean-Marc Vallée est sans aucun doute, l’un des plus cinéastes canadiens les plus intéressants du moment (avec Denis Villeneuve et quelques autres). De son côté, Jake Gyllenhaal est probablement l’un des meilleurs acteurs américains de sa génération. Le simple fait de voir leur deux noms associés, pousse instantanément Demolition du côté de la barrière des films les plus attendus du printemps au cinéma. La présence de l’excellente Naomi Watts ou du toujours impeccable Chris Cooper en rajoute une couche, et savoir que le script figurait dans la célèbre Black List des meilleurs scénarios en attente d’un producteur, achève de conférer au film, tout le crédit qu’on voulait bien lui accorder. Très productif depuis trois ans, Jean-Marc Vallée est donc de retour après ses deux dernières réussites que furent Dallas Buyers Club et Wild. Le cinéaste capture cette fois-ci sous l’œil de sa caméra, un Jake Gyllenhaal en proie à une crise existentielle (une thématique récurrent chez Vallée) après le décès de sa femme dans un accident de voiture duquel il est sorti indemne. Ne parvenant pas à pleurer ni à éprouver le moindre sentiment d’empathie face au drame qui vient de le frapper, Davis Mitchell repense sa vie passée et aborde son processus de deuil d’une bien étrange façon.demolition_1L’AVIS :

Avec Demolition, Jean-Marc Vallée s’attaque à un sujet mainte et mainte fois traité au cinéma. Pourtant, le metteur en scène essaie de ne pas s’enfermer dans les sempiternels clichés sur l’illustration du travail de deuil et, non sans audace, tente une autre approche via un scénario (signé du nouveau venu Bryan Sipe) proposant un regard différent, tant sur son histoire que sur son personnage central incarné par un fabuleux Jake Gyllenhaal, comme toujours aurait-on envie de dire. Dans Demolition, il n’est pas question d’élans d’affect mélodramatiques visant à user du kleenex pour éviter d’inonder la salle de chaudes larmes impossibles à contenir. De l’émotion, il y en a dans le nouveau Jean-Marc Vallée, mais le cinéaste ne cherche jamais à établir son film sur ces bases faciles, préférant opérer à rebours dans le sens inverse, laissant cette émotion venir d’elle-même si le spectateur en ressent le besoin. A contrario de la plupart des histoires déjà contées, son personnage n’est pas dans l’affliction tragique, s’étonnant même de ne pas ressentir de douleur, de ne pas s’effondrer face au drame. Davis Mitchell semblerait presque traverser son processus de deuil de manière apathique, en contemplant à distance, la douleur les autres. Et si c’était finalement là, un autre moyen de vivre son propre deuil ? En tout cas, le pari narratif était osé. Et Demolition de plutôt se pencher sur le travail de reconstruction à travers un processus de déconstruction de tout. Comme si tout détruire/démolir (au sens littéral) pouvait être un moyen de se relancer dans la vie après pareille épreuve.demolition_3L’idée était bonne sur le papier, d’autant qu’elle bénéficie à l’écran, de tout le talent de Jean-Marc Vallée pour incarner l’humain dans toute sa complexité au centre d’un récit. Et comme avec Wild auparavant, le réalisateur de surtout réussir à restituer le cheminement intérieur de son protagoniste en lui offrant dans sa mise en scène, la possibilité de s’exprimer au sommet de tout. Film de ressentis plus que d’écriture, que Vallée présente d’ailleurs comme une expérience sensorielle plus qu’intellectuelle, Demolition est un voyage intimiste au plus profond des sentiments et de la psyché d’un homme, visant à élaborer pour mieux comprendre, les différentes phases d’un processus quasi ré-initiatique, dans une démarche tutoyant l’extrême pour mieux saisir des choses finalement simples et universelles. La traversée émotionnelle chaotique de Davis Mitchell n’est plus ni moins qu’un moyen de symboliser par des actes concrets, un parcours personnel plutôt abstrait. Et sur ce point, Demolition est brillant, parvenant à matérialiser des émotions presque inintelligibles.demolition_5Sur la foi d’un héros passionnant, Jean-Marc Vallée parle de la vie à travers le deuil. Quelque-part, Demolition porte bien son titre. C’est à travers la perte puis la destruction physique, que son personnage va finalement chercher à renouer avec une vie dont il était déconnecté depuis bien plus longtemps qu’il ne l’imaginait. Et Demolition de mettre en avant les choses essentielles que l’on oublie, ou quand se bâtir une vie de réussite finit par nous faire passer à côté de cette même vie et des plaisirs de son instantanéité. Tout est intelligent dans le fond de Demolition et c’est alors d’autant plus curieux de voir que l’œuvre ambitieuse de Jean-Marc Vallée, ne fonctionne pourtant qu’à moitié, comme si le cinéaste réussissait le plus compliqué pour mieux échouer sur le plus simple. Le meilleur exemple étant à aller chercher dans la très étrange première impression que laisse derrière lui, ce Demolition, écartelée entre le formidable et l’inabouti, comme si l’ensemble parvenait à tenir la distance alors que le contenu se grippait curieusement dans la progression d’un résultat à deux visages. A l’image d’un récit qui peine à faire vraiment ressortir son propos alors qu’il l’illustre pourtant souvent par une démonstration métaphorique à la mécanique un peu lourde. Remettre sa vie à plat s’y traduit par démonter des objets pour les coucher en pièces sur le sol. Faire table du passé s’y traduit par tout détruire de manière concrète. Se reconstruire passe par un abandon total des liens à l’ancien vécu. Demolition illustre ses idées pourtant sans avoir recours à une subtilité sur-intellectualisée mais c’est peut-être parce que le script de Bryan Sipe parasite le cœur de son histoire par quantité d’à-côtés périphériques (toute la partie avec Naomi Watts et son fils paumé) détournant l’attention du centre de l’histoire, que l’on a autant de mal à s’attacher réellement à la pureté de ce qu’il souhaite mettre en exergue.demolition_4Néanmoins, et malgré ce sentiment de réussite en demi-teinte et pas pleinement convaincante, Demolition reste un exercice relevant du « bon ». Un peu comme avec son compatriote Denis Villeneuve, même un « petit » Jean-Marc Vallée restera toujours au-dessus d’une grande partie du cinéma américain actuel. Et le talent de Jake Gyllenhaal, littéralement habité par son personnage, n’est sans doute pas étranger au pouvoir de fascination qui opère par intermittence dans ce Demolition, qui a également le mérite de se bonifier dans l’esprit avec le temps. La marque des vrais films de « ressentis » justement.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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