SOUS SURVEILLANCE de Robert Redford (critique – thriller)

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120 SOUS SURVEILLANCE.inddMondo-mètre :
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : The Company you Keep
Père : Robert Redford
Livret de famille : Shia LaBoeuf (Ben Shepard), Robert Redford (Jim Grant), Brendan Gleeson (Henry Osbourne), Richard Jenkins (Jed), Julie Christie (Mimi), Susan Sarandon (Sharon), Nick Nolte (Donal), Chris Cooper (Daniel), Anna Kendrick (Diana), Stanley Tucci (Ray), Terrence Howard (Agent Cornelius)…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 2h01 – 25 millions $

Signes particuliers (+) : Un beau casting, un film propre, simple, sérieux, regardable.

Signes particuliers (-) : Manque d’âme, de caractère, de passion. Du vieux cinéma de papa lisse et poussiéreux sans grand intérêt.

 

ROBERT REDFORD IS WATCHING YOU

Résumé : L’enquête d’un jeune journaliste qui flaire le bon coup lorsqu’une vieille affaire remonte à la surface. Une militante activiste recherchée par le FBI depuis la fin des années 60 décide de se rendre. Le reste de son ancien groupe est menacé…

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Pour son neuvième long-métrage, Robert Redford adapte le roman éponyme signé Neil Gordon en 2003, The Company you Keep, une enquête journalistique déterminée pour découvrir la vérité derrière une affaire qui défraye la chronique, menée sur le ton du thriller. Un choix de sujet et une façon de le traiter qui rappelleront probablement à certains le postulat de l’un des plus célèbres films de l’acteur, Les Hommes du Président, classique réalisé par Alan J. Pakula en 1975. Ce cinéma américain là, celui des années soixante-dix marqué par sa concision, son style épuré, faisant de l’histoire et des personnages le premier argument d’attaque d’un sujet et d’un projet, Redford en est nostalgique et il ne cesse d’essayer de le retrouver sous sa seconde casquette, celle de réalisateur, casquette qu’il avait endossée pour la première fois en 1980 au début de façon occasionnelle et aujourd’hui, de façon plus régulière. Sauf que « grand acteur » (même si cela se discute, Redford ayant toujours bénéficié d’un certain aura du à un statut de « monstre sacré » un peu surcoté) ne rime pas forcément avec « grand metteur en scène » et tous n’ont pas réussi une « reconversion » aussi accalmée que celle d »un Clint Eastwood, par exemple. Et certainement pas Robert Redford.

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Si l’on scrute la filmographie du Redford cinéaste, il faut bien s’avouer qu’il n’y a rien de très exaltant dedans. Peut-être éventuellement le joli drame Et au Milieu Coule une Rivière, son troisième film en 1992. Dernier en date, La Conspiration sur l’assassinat de Lincoln et la chasse aux sorcières qui s’en est suivi. Un film resté inédit en salles chez nous, c’est dire. Sous-Surveillance-RedfordCet épisode en dit long sur un metteur en scène qui concède avoir de plus en plus de difficultés à monter financièrement ses projets. Et pour cause, Redford ne fait pas rêver en tant que cinéaste. Sous Surveillance, son petit nouveau, ne déroge pas à une habitude récurrente chez lui. Un casting de stars attractif (Shia Leboeuf, Redford lui-même, Brendan Gleeson, Richard Jenkins, Julie Christie, Susan Sarandon, Nick Nolte, Chris Cooper, Anna Kendrick, Stanley Tucci…), un sujet intéressant laissant entrevoir une histoire haletante, une mise en scène sérieuse et professionnelle mais… Mais cet éternel sentiment de platitude, de manque d’âme qui accompagne tous ses long-métrages depuis qu’il s’est lancé dans ce second défi. Là où un Eastwood arrive à soulever de l’émotion pour nourrir ses films, Redford continue sans cesse dans un cinéma conforme à sa personnalité d’homme rangé, propre sur lui, qui ne fait pas de vague. Américain jusqu’au bout des ongles mais appartenant à une ancienne Amérique, comme s’il sortait tout droit d’un No Country for Old Men, Redford s’est spécialisé dans un poussiéreux cinéma de papa aux ficelles généralement très apparentes. Cousu de fil blanc, Sous Surveillance est l’archétype de la veine dans laquelle l’acteur s’est engagé il y a plusieurs décennies maintenant, un cinéma ultra-classique dans le mauvais sens du terme. On ne s’y ennuie pas, non, mais on ne fait que le traverser sans passion, sans jamais voir notre curiosité et notre intérêt piqués au vif, sans jamais être surpris par quoique ce soit.

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S’il essaie dans l’idée de retrouver la qualité des films des années 70, Redford est sur la bonne route mais pas sur la bonne voie. Le cinéma a compris ce qu’il doit faire mais il semble malheureusement pour lui, incapable d’y arriver. Car à la nuance de son travail, le thriller des années 70 arrivait lui, à accrocher le spectateur, à la prendre dans ses filets pour le captiver le temps de films haletants, ne relâchant jamais leur emprise. Ces films-là avaient du caractère, ils étaient racés. C’est exactement ce que n’a jamais été et ne sera probablement jamais le cinéma redfordien. Papi est trop pépère dans son cinéma, mais surtout, grand-père Redford n’a été marqué par  un caractère bien trempé, finalement nécessaire à un artiste pour s’accomplir. Et cela se ressent de film en film, par cette mécanique sans vague, sans agitation, où la surface de l’eau ne fait que clapoter. Ce cinéma à l’ancienne sans fièvre ni incarnation, est peut-être trop « à l’ancienne ». On essaie vaguement de percevoir l’humanisme qui a toujours forgé son art (du choix de ses rôles aux films qu’il a réalisé) ou l’incarnation des valeurs d’antan tombant sous le poids de la vie qui coule, mais la morne tiédeur de ce Sous Surveillance finit par nous rattraper trop vite au point de nous faire décrocher avant même d’avoir pu y entrer, la faute à des enjeux finalement inintéressants. S’il fallait être attentif, l’esprit aux aguets, c’est râpé. La désinvolture désabusée de l’auteur, la façon dont le film évite son sujet et l’absence d’une flamme de vie à l’intérieur de cet essai vieillot, achèvent de nous rappeler que Redford n’est décidément pas un grand  cinéaste, tout respect du à sa carrière d’acteur.

Bande-annonce :

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