CORNICHE KENNEDY de Dominique Cabrera : la critique du film
Sortie cinéma

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note 3.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Corniche Kennedy
Mère : Dominique Cabrera
Date de naissance : 2016
Majorité : 18 janvier 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h34 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Lola Creton, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Kamel Kadri, Alain Demaria…

Signes particuliers : Une belle chronique sur les minots de Marseille, les rêves d’envol et de liberté.

PLONGE, ET JE TE DIRAI QUI TU ES

LA CRITIQUE DE CORNICHE KENNEDY

Résumé : Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s’envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être. corniche-kennedy-3

La chaleur de Marseille, les hauteurs de la corniche John Fitzgerald Kennedy qui dévale la côte en plongeant vers la Méditerranée, l’enivrante sensation de vertige qui règne sur ce bout de bitume à flanc de montagne, surplombant l’immensité de la mer comme un face à face avec la liberté… et quelques jeunes des cités qui y zonent. Ils ont colonisé ce coin niché chez les « Bourges », ils se sont appropriés ce « spot » devenu plus qu’un simple lieu de plongée, devenu un carrefour de rendez-vous, devenu leur monde, l’endroit où tous les rêves sont permis. De son aveu, cela faisait longtemps que la réalisatrice Dominique Cabrera rêvait de tourner un film à Marseille, ville qu’elle affectionne tout particulièrement pour l’extrême richesse qui la façonne. Car derrière l’image médiatiquement réductrice de la « violente Marseille » alimentant les faits divers, il y a la réelle citée phocéenne, splendide et si fascinante, pour son vécu, pour son brassage ethnique, pour son métissage culturel, pour sa ferveur populaire et pour les mille et une histoires qui composent son quotidien et font battre son cœur.corniche-kennedy-1

Avec Corniche Kennedy, Dominique Cabrera adapte le roman éponyme de Maylis de Karangal (l’auteur de Réparer les Vivants, récemment porté à l’écran par Katell Quillevéré). Corniche Kennedy, c’est l’histoire de quelques jeunes qui plongent dans la mer depuis la corniche en prenant leur élan sur la route. C’est l’histoire de Marco, grand brun au physique sec, qui de temps à autre, fait le chauffeur pour un caïd local. C’est l’histoire de Mehdi, blond enrobé qui s’occupe de sa mère pendant que son frère est en taule. C’est l’histoire des uns et des autres, et aussi celle de Suzanne, gamine issue d’une famille fliquée. Depuis sa villa aux allures de forteresse à flanc de mer, elle observe de loin ce groupe d’anges libres qui plongent éperdument dans la Grande Bleue. Ils n’ont pas le vertige, si ce n’est celui de leurs sensations, ils sont désentravés, ils vont et viennent à leur guise et défient les lois de la gravité. Ils vivent, tout ce qu’elle n’a pas l’impression de faire. Alors elle tournera le dos à sa morne existence protégée, au Bac ou à sa mère, pour tenter de pénétrer dans leur monde, et partager leur ivresse.corniche-kennedy-4

Avec Corniche Kennedy, Dominique Cabrera signe un film solaire, porté par une fascination et un amour inconditionnel pour des personnages authentiques, composés après quelques mois passés à Marseille et avec le concours de quelques vrais jeunes du coin, s’amusant à plonger depuis la Corniche. Dominique Cabrera les a approchés, elle a su gagner leur confiance, et c’est avec des bouts de leurs histoires, qu’a pu fièrement germer Corniche Kennedy, objet cinématographique marginal qui traverse l’écran avec une magnificence boostée par la fraîcheur qui souffle sur ce petit coin de cinéma fragile et précieux. Drame vibrant d’un beau sens du romanesque intimiste, Corniche Kennedy transpire la véracité et la verticalité, avec ses moments parsemés de justesse et sa démarche adoptant le ton de la chronique simple et épurée, en prise directe avec l’authenticité d’une réalité intelligemment observée.corniche-kennedy-2

Le résultat est une sorte d’étourdissement magnifique brassé au naturel, une ode à la liberté de l’instant et aux rêves du lendemain, visant plus le partage émotionnel que la dramatisation artificielle. Dans Corniche Kennedy, l’intrigue secondaire ajoutée à ce portrait d’une certaine jeunesse, tournant autour une enquête policière cherchant à serrer un trafiquant, est finalement le moins intéressant. A l’image d’un final très maladroit, écornant un peu la belle image de cette parenthèse inspirante. On lui préféra le reste du film, celui scrutant ce groupe avide de sensations et d’envol, trouvant dans l’attachement les uns aux autres, le contrepoint d’une existence désespérée. Quand ils sont là, en bande, prêt à dévorer les hauteurs, leur inconscience est superbe, tant elle incarne leur plongée en avant, en apesanteur dans la vie, leur vie. Ils viennent tous de quelque part, ils vont tous quelque part, mais l’espace d’un instant, ils sont là, vivants et libres, face au vertige de leurs idéaux.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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