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MISSION PARADIS de Richard Wong : la critique du film

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Carte d’identité :
Nom : Come as you are
Père : Richard Wong
Date de naissance : 2019
Majorité : 27 janvier 2021
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h46 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de Famille : Grant Rosenmeyer, Ravi Patel, Hayden Szeto, Gabourey Sidibe…

Signes particuliers : Ne vous fiez pas à son (piètre) titre français, Mission Paradis est un chouette feel good movie, parfait pour bien commencer 2021 !

 

 

LE ROAD TRIP D’UN TRIO D’INTOUCHABLES

NOTRE AVIS SUR MISSION PARADIS

Synopsis : Trois jeunes adultes décident de partir dans une aventure rocambolesque pour connaitre leur première fois dans une maison close de Montréal. Rien ne pourra faire capoter la mission, pas même leur handicap…

Il y aurait des acteurs ronflants, un réalisateur connu, le logo d’un gros studio au début, et l’on pourrait croire que Mission Paradis (Come As You Are en V.Orien à voir avec Nirvana) est un feel good movie tout droit expédié depuis les collines ensoleillées d’Hollywood. Mais comme il n’y a rien de tout cela, que la vedette la plus célèbre est Gabourey Sidibe (Precious), que le réalisateur n’a même pas sa fiche Wikipédia et que c’est du cinéma indépendant, Mission Paradis risquerait de passer sous le radar du grand public. A nous de tout faire pour que ce ne soit pas le cas, ce serait fort dommage tant le détour en vaut vraiment la peine !

Remake américain du film belge Hasta la Vista sorti chez nous en 2012 et tiré d’une histoire vraie, Mission Paradis raconte les folles péripéties d’un trio de jeunes adultes encore vierges, en quête d’une première expérience sexuelle. Ils vont se lancer dans un road trip mouvementé direction Montréal où une Maison Close accepterait les « gens comme eux ». Ah oui, parce qu’il est utile à ce stade de préciser que l’un est quasi non-voyant et que les deux autres sont en fauteuil roulant, dont un paraplégique ! Tout de suite le « road trip » prend une autre dimension. On n’est plus vraiment dans un délire graveleux-neuneu à la American Pie mais dans une comédie qui questionne sur un sujet de société presque tabou, la sexualité chez les personnes en situation de handicap.

Le truculent film belge Hasta la Vista avait été réalisé sensiblement au même moment qu’Intouchables mais le carton absolu du Nakache/Toledano avait totalement éclipsé la concurrence. Pourtant, il défendait lui-aussi le droit à poser un regard différent sur le handicap, un regard plus léger, plus rieur, plus décomplexé, pas moqueur mais plus authentique, loin des clichés aseptisés généralement véhiculés par le cinéma glamourisé. Oui dans la phrase « être un jeune en situation de handicap » il y a le mot « handicap ». Mais il y a aussi le mot « jeune » aussi, et sur ça que se concentre Mission Paradis. Comme bien des gens de leur âge, notre savoureux trio tout aussi déglingué soit-il, rêve de choses simples et concrètes… comme les femmes. Car « handicapé » ne veut pas dire « asexué ». Sauf qu’il est difficile d’imaginer à quel point draguer, séduire, emballer (appelez ça comme vous voulez) est plus compliqué quand on n’a aucune confiance en soi, que l’on est affublé de lunettes spéciales pas loin des télescopes de la NASA ou que l’on est cloué dans des fauteuils électriques avec les jambes mortes ou une main qui dit merde à l’autre.

Au cœur de Mission Paradis, il y a la question de la dignité. La dignité de jeunes qui voudraient eux-aussi avoir le droit de connaître ce que tout le monde connaît, sans être jugés pour les méthodes employées ni pour ce qu’ils sont. Par extension, il y a aussi la question de la dignité du regard. Les personnes en situation de handicap ne sont pas des parias, ils sont besoin de plein de choses mais certainement pas de notre pitié et qu’on les réduise ou ramène constamment à leur infirmité. Parce que le vrai respect serait de les considérer comme tout le monde, Mission Paradis est une comédie. Une comédie qui ne se moque pas du handicap mais qui rit avec le handicap, une comédie inclusive et non excluante, parce que le handicap est là et que l’on ne peut rien y faire si ce n’est décomplexer le tabou et intégrer les victimes à cet élan salvateur qu’est le rire.

Hilarant d’un bout à l’autre grâce à une fantaisie rafraîchissante, une écriture inspirée, des dialogues incisifs et des personnages savoureusement antinomiques (leurs différences sont créatrices d’une délicieuse verve comique), Mission Paradis est une vraie bonne comédie de potes, un vrai road movie farfelu qui taille la route de l’humour pied au plancher et aussi une satire vitriolée dynamitant les regards affligés sur le handicap. Car oui, pour que ce soit vraiment réussi, il fallait que la comédie de Richard Wong ne carbure pas à vide ou à la gratuité. Jamais pris en défaut, le cinéaste défend avec conviction sa cause sur la dignité des personnes physiquement diminuées en posant souvent les bonnes questions au détour d’un éclat de rire.

Et pour compléter le tableau d’un film très drôle et plutôt intelligent, Richard Wong ajoute une composante dramatique qui va venir napper tout cela d’une bonne grosse dose d’émotion non contenue. Certes, la recette est très classique (surtout dans son mélange des ingrédients qui a fait ses preuves depuis des lustres) et certes l’effet ne sera peut-être pas le même sur ceux qui ont eu l’occasion de voir précédemment le (bon) film belge originel de Geoffrey Enthoven, mais globalement, Mission Paradis est l’une des bonnes petites surprises de la rentrée 2021, histoire de démarrer l’année ciné en beauté après tant de mois si compliqués. Cerise sur le gâteau, c’est excellemment interprété par des comédiens hyper-attachants, Grant Rosenmeyer en tête (l’un des enfants Tenenbaum de Wes Anderson, qui a bien grandi depuis) lequel campe le « paraplégique connard », mais aussi Ravi Patel en malvoyant ascendant loser, Hayden Szeto (le miteux Action ou Vérité) en ex-musclor désormais cloué sur roues et Gabourey Sidibe en ex-infirmière un peu déjantée. Bref, un petit régal.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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