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LETTRE À FRANCO d’Alejandro Amenábar : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Mientras Dure la Guerra
Père : Alejandro Amenabar
Date de naissance : 2019
Majorité : 19 février 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : Espagne
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Drame, Historique

Livret de famille : Karra Elejalde, Eduard Fernández, Santi Prego…

Signes particuliers : Un sujet intéressant plombé par un traitement ronflant.

FACE À LA MONTÉE DU FASCISME

NOTRE AVIS SUR LETTRE À FRANCO

Synopsis : Espagne, été 1936. Le célèbre écrivain Miguel de Unamuno décide de soutenir publiquement la rébellion militaire avec la conviction qu’elle va rétablir l’ordre. Pendant ce temps, fort de ses succès militaires, le général Francisco Franco prend les rênes de l’insurrection. Alors que les incarcérations d’opposants se multiplient, Miguel de Unamuno se rend compte que l’ascension de Franco au pouvoir est devenue inéluctable.

On se demandait où était passé Alejandro Amenábar ces temps-ci. Depuis son (mauvais) Régression en 2015, le cinéaste avait disparu des écrans radars. Il est réapparu l’an passé avec Lettre à Franco, un drame historique revenant sur la destinée de Miguel de Unamuno, grand écrivain/poète/philosophe espagnol et figure controversée qui avait accueilli favorablement la révolution franquiste avant de revenir tardivement sur son jugement et de s’opposer au régime dictatorial qui se mettra en place.

Dans ses intentions les plus profondes, le projet d’Alejandro Amenábar était très intéressant. A travers ce drame historique, le metteur en scène ibérique signe un film bien plus d’actualité qu’on ne pourrait le croire de prime abord. Parce qu’aux contours du seul portrait d’un homme représentatif de la période trouble de l’histoire espagnole, Amenábar développe un commentaire pertinent qui regarde autant vers hier qu’il ne parle d’aujourd’hui ou met en garde pour demain. En creux, Lettre à Franco s’intéresse à la montée en puissance d’un mouvement ou d’une idéologie fasciste et surtout, à la manière dont sa formulation peut être appréhendée par les gens. Miguel de Unamuno est ainsi emblématique d’une évolution, de pensée comme de position. Au départ, le célèbre écrivain et philosophe se range en faveur du coup d’État de Franco parce qu’il y voit l’occasion de mettre fin à la dictature du général Primo de Rivera. Pour lui, Franco incarne un soulèvement révolutionnaire, incarne l’avenir, incarne une nouvelle Espagne. Comme beaucoup, il sera berné par un Franco ayant bien caché ses intentions derrière une image presque inoffensive. Quand il réalisera qu’une nouvelle Dictature, probablement bien pire, est en train de se mettre en place, Miguel de Unamuno réagira et prononcera un discours légendaire lors d’une assemblée franquiste, où il se positionnait contre tout pouvoir dictatorial. A travers sa trajectoire, Amenábar décrypte la manière dont une idéologie peut être trompeuse et vante la nécessité de se méfier, d’évoluer voire de se rebeller quand on prend conscience. A l’heure des résurgences de mouvements fascistes en Europe et ailleurs, Lettre à Franco prend les accents d’un drame historique aux résonances très actuelles.

Malheureusement, tout aussi intéressant soit-il dans le fond, Lettre à Franco est un pénible tunnel sur la forme. Parce qu’Amenábar signe un film très ancré dans les spécificités de l’histoire espagnole, tellement qu’il peine à s’adresser au public au-delà de ses frontières. Le cinéaste ne prend pas vraiment le temps de rendre son long-métrage accessible aux non -ou peu- initiés. Très difficile à suivre si l’on n’a pas les clés du contexte et repères des évènements, Lettre à Franco prend vite la forme d’une thèse de doctorat ronflante, passionnante pour un certain public mais d’un profond ennui pour les autres. Une impression pas aidée par la facture d’ensemble d’un film totalement désincarné, vide d’émotion, certes très propre et soignée mais terriblement scolaire et figé.

BANDE-ANNONCE :

Par David Huxley

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