HOUSE OF TIME de Jonathan Helpert : la critique du film
Sortie cinéma

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note 6 -10
Carte d’identité :
Nom : House of Time
Père : Jonathan Helpert
Date de naissance : 2014
Majorité : 13 janvier 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h26 / Poids : NC
Genre : Fantastique

Livret de famille : David Atrakchi (Zach), Laura Boujenah (Catherine), Esther Coma (Mathilde), Maxime Dambri (Robert), Pierre Deladonchamps (Louis), Julie Judd (Elsa), Julia Piaton (Lynn), Benjamin Wangermee (Philippe), Jochen Hägele (Kammler), Pierre-Marie Rochefort-Schneider (Pupendorf)…

Signes particuliers : Une curiosité intéressante et audacieuse de la part du cinéma français.

LA MAISON AUX DEUX VISAGES

LA CRITIQUE

Résumé : Robert d’Eglantine, un créateur de jeux vidéo, spécialiste de physique quantique, invite des amis dans son château perdu dans la campagne afin de leur faire partager une expérience… Selon ses calculs, à 23h37, une faille s’ouvrira dans le continuum espace-temps, et les projettera 70 ans en arrière, en mai 1944, en pleine occupation allemande. Jeu de rôle savant ou véritable voyage dans le temps ? Les événements qui se dérouleront au cours de leur séjour pourraient changer le cours du temps…house of timeL’INTRO :

Jonathan Helpert a t-il vu l’excellent (et trop méconnu) Man From Earth de Richard Schenkman avant de réaliser son House of Time ? Honnêtement, on en sait fichtrement rien. Une chose est sûre, le cinéaste ne l’évoque pas dans les références cachées derrière son second long-métrage. Les deux œuvres ne partagent pas une histoire en commun, mais plutôt certaines intentions et une méthodologie narrative assez similaires. Un groupe de personnes enfermées dans un lieu clos, une idée incroyable exposée, et un jeu de doute permanent concernant sa véracité. Voilà à quoi tenait Man From Earth, et voilà à quoi tient ce français House of Time, sorte de thriller fantastico-SF rusé et pas inintéressant.house-of-timeL’AVIS :

La maison du temps de Jonathan Helpert a deux façades, avant et arrière. La première est belle, fleurie, plutôt séduisante, la seconde, moins entretenue et accueillante. Mais parce que son côté le moins reluisant est caché dans le jardin de derrière, alors il serait fort dommage de décliner l’invitation à entrer. Rares sont dans l’hexagone, les tentatives d’un cinéma français original et ambitieux, s’efforçant de proposer quelque-chose que l’on n’aurait pas déjà vu mille fois. Et cette année 2015 témoigne de quelques tentatives audacieuses dont on a envie de louer les démarches. On l’avait fait pour la science-fictionnel Le Grand Tout de Nicolas Bazz, de nouveau avec le polar hardore Dealer de Jean-Luc Herbulot, et c’est logiquement que l’on va faire de même avec le House of Time de Jonathan Helpert, film à deux visages donc, à la fois belle surprise et petite frustration née justement de son potentiel.house of time SS

House of Time nous plonge dans un manoir où un créateur de jeux vidéo passionné de physique quantique, vient de réunir quelques amis et connaissances. L’hurluberlu aux allures de professeur foldingue, a fait une découverte incroyable. Selon ses savants calculs, une faille dans le continuum espace-temps s’ouvrira à 23h27 précises. En l’empruntant, tous seront alors projetés en mai 1944, soit en plein dans une France occupée par les allemands. 23h27 arrive, rien ne se passe en apparence. Car House of Time n’a pas un gros budget pour balancer des effets spéciaux m’as-tu-vu ? Oui, bon, certes, c’est vrai, mais la raison n’est pas là. La vraie raison, c’est que House of Time va faire reposer son récit quelque part aux abords du thriller fantastique psychologique, s’amusant non sans ingéniosité, avec la véracité de son supposé voyage dans le temps. Le petit groupe est-il réellement en mai 1944 et les allemands aux abords de la propriété sont-ils de vrais nazis ? Ou tout ceci est-il juste une vaste blague sacrément bien organisée, voire une expérience à la limite du mauvais goût ? Et c’est là que réside l’enjeu le plus passionnant du film de Jonathan Helpert. Dans ce suspens savamment entretenu jouant de la crédulité du spectateur. Vrai ? Faux ? House of Time va alors s’amuser avec cette notion de doute pendant la totalité de sa trop courte durée (1h26). Et une chose est sûre, le suspense est captivant.house of time 3

Porté par son récit débordant d’imagination et de malice, House of Time passe à côté de l’excellence à cause d’une ribambelle de petits défauts ou de mauvaises idées, alors que dans le même temps, on se plaît à reconnaître la roublardise de son histoire prenante et (presque) idéalement menée. Ces défauts, ce sont le petit baluchon d’incohérences que se traîne cette sorte de conte angoissant et mystérieux, incohérences dans sa trame, dans certaines situations, dialogues ou réactions des personnages, qui viendront souvent troubler la probabilité d’une histoire manquant sans doute d’un peu d’exigence dans son écriture. Ensuite, vient la qualité de l’interprétation générale de comédiens aussi peu doués que mal dirigés. Enfin, plus embêtant et impactant d’ailleurs les autres points, c’est ce ton gentiment comique apposé en toile de fond qui posera problème. House of Time semble ne pas se prendre au sérieux et il a tort. Peut-être que Jonathan Helpert a voulu pallier à d’éventuelles critiques sur la question, mais malheureusement, on aurait justement bien aimé voir son œuvre se débarrasser un peu de cet éternel second degré (volontairement ou involontaire) qui semble habiter les lieux, seyant fort mal à son projet perdant ainsi en densité et en intensité. House of Time aurait gagné à se montrer plus épuré, plus sombre, plus grave, plus dramatique et inquiétant. Ce ton un brin humoristique désamorce trop souvent la tension, la crédibilité ou le potentiel effrayant des enjeux nés de la situation en présence. D’autant plus curieux que, pourtant, House of Time ne semble pas se réclamer de la comédie. Avec un script davantage bétonné et tangible, fort à parier que le film de Jonathan Helpert aurait gravi encore quelques échelons dans l’escalier de la qualité.house of time 4

Mais malgré des défauts semblables aux menus vices cachés d’une belle demeure récemment bâtie, House of Time parvient à faire son petit effet surprise, en amenant le spectateur sur un terrain dont on se délecte. Croire ou ne pas croire, telle est la question. On regrettera seulement que le cinéaste ne se soit pas davantage concentré sur cet élément (le meilleur visage du film) pour en faire son enjeu prioritaire, au lieu de fréquemment digresser vers l’humour, comme quand il s’amuse à disserter sur les codes du cinéma à la manière d’un Scream, évoquant dans le film lui-même, les quasi-impératifs inhérents à tout récit de cinéma (la romance, passage obligée devenant un moteur forcé de l’intrigue). Des motifs au final peu utiles brisant le naturel de la narration. Prendre le pari d’un huis-clos captant l’attention du spectateur en jouant essentiellement sur l’idée forte de la véracité de son histoire, était une gageure passionnante. Un pari qui nécessitait toutefois, une rigueur et une maîtrise énormes. Richard Schenkman y était parvenu avec Man from Earth, huis clos statique impressionnant dans son pouvoir accrocheur. Jonathan Helpert y parvient un peu moins brillamment, mais voilà, au-delà de ses faiblesses évidentes, House of Time fonctionne quand même par et pour ses qualités, et tient en haleine grâce à la quête qu’il propose au spectateur, celle de découvrir le fin mot de l’histoire. De ce côté là, le cinéaste réussit globalement son affaire, distillant d’excellentes idées cohérentes pour maintenir à flot, le doute dans l’esprit du spectateur. Alors n’hésitez pas, laissez-vous tenter. L’astucieuse balade est suffisamment maligne pour que les défauts bordant sa route, s’effacent un peu devant l’ingéniosité de sa démarche.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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