REGRESSION d’Alejandro Amenabar : la critique du film [sortie cinéma]

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RegressionMondo-mètre
note 4 -10
Carte d’identité :
Nom : Regression
Père : Alejandro Amenabar
Date de naissance : 2015
Majorité : 28 octobre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Canada
Taille : 1h47 / Poids : 20 M$
Genre : Thriller

Livret de famille : Emma Watson (Angela), Ethan Hawke (Bruce), David Thewlis (Raines), Devon Bostick (Roy), Dale Dickey (Rose), Aaron Ashmore (Nesbitt), Lothaire Bluteau (Révérend), David Dencik (John)…

Signes particuliers : Alejandro Amenabar est de retour après six ans d’absence et adapte une histoire terrifiante tirée de faits réels qui ont défrayé la chronique américaine.

LA RÉGRESSION D’AMENABAR

LA CRITIQUE

Résumé : Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…regression_2L’INTRO :

Regression, c’est l’histoire d’un double-retour. D’abord, celui du cinéaste ibérique Alejandro Amenabar, qui avait disparu des sonars depuis six ans, et son drame historique poussif Agora avec Rachel Weisz. Ensuite, c’est le retour de l’enfant prodigue du cinéma espagnol au thriller de genre, celui-là même qui l’avait révélé puis imposé à ses débuts avec Tesis, Ouvre les Yeux ou Les Autres. Compte tenu de l’activité peu soutenue d’Amenabar (deux films en 14 ans), on pouvait espérer beaucoup de Regression, d’autant que le cinéaste se plonge au cœur d’histoires vraies à la fois terrifiantes et fascinantes, qui ont défrayé la chronique américaine dans les années 1980 : l’inquiétante vague d’affaires liées à des rituels sataniques avec viols collectif, messes noires et bébé sacrifiés sur l’autel d’illuminés par leur dévotion au Malin. En s’inspirant de films à atmosphère tels que L’Exorciste ou Rosemary’s Baby et en adoptant le mode du thriller policier, Alejandro Amenabar revient sur cette période de psychose religieuse trouble, en plongeant le spectateur dans les recoins sombres d’une petite ville américaine du Minnesota où le scandale éclate par l’entremise d’une jeune fille traumatisée (Emma Watson) lançant ainsi l’enquête d’un flic asocial (Ethan Hawke).regressionL’AVIS :

A ses grandes heures, Alejandro Amenabar a su s’imposer comme un maître dans l’art de la manipulation, de l’illusion et du pouvoir de suggestion, jouant sans cesse avec le regard du spectateur à travers des œuvres où tout était question de perspectives d’appréhension du récit. Avec Regression, le cinéaste ne se contente plus de seulement de jouer avec ces artifices narratifs, il les propulse au cœur même de son nouveau film, et en fait les thématiques motrices au centre de son histoire. « Croire ou ne pas croire », telle est la question. Voilà en somme comment Amenabar résume Regression, qui s’impose en définitive comme une œuvre ambitieuse et emblématique de son cinéma. L’agnostique convaincu qu’il est, semble se régaler à s’immiscer dans les eaux troubles de la croyance, à disserter sur la psychologie et la foi, tout en menant le spectateur en bateau, pour mieux le diriger vers une dénonciation aiguisée du pouvoir d’emprise que la manipulation peut avoir sur les plus faibles. Et le réalisateur de flirter sans cesse avec le genre pour mieux le désacraliser ensuite.Regression-main-body

Le sujet était passionnant, le cadre de cette petite ville de l’Amérique profonde avait de quoi renforcer le sentiment d’angoisse sourd né de ces mystères de couloirs mis au grand jour, les intentions de soutenir davantage une atmosphère plutôt que de céder à la facilité du démonstratif étaient louables, et la malice et l’audace d’Amenabar paraissaient intactes sur le papier, pouvant ainsi servir un scénario naviguant habilement dans des méandres retorses. Pourtant, Régression ne convainc pas, au contraire, il se dégonfle comme un ballon de baudruche au fil des minutes. Alejandro Amenabar livre un thriller policier certes appliqué, mais inapte à soutenir ses velléités. En cause, cette impression de monotonie filmique qui se dégage d’une œuvre impersonnelle, déroulant son histoire sans jamais lui conférer l’intensité qu’elle méritait. De l’incapacité du metteur en scène à donner un peu de rythme à son histoire engluée dans une neurasthénie fatale, à cette espèce de sensation de prétention qui se dégage d’un film voulu troublant, mais qui en réalité, s’enlise dans sa facture scolaire et surannée, Regression plombe sans cesse ses bonnes idées alors qu’Amenabar nous balade dans un récit à la fois confus et maniéré, mais à n’en pas douter, cousu de fil blanc et sur-écrit. Alternant quelques motifs de terreur qui ne terrifient personne, et enquête redondante se traînant des boulets de plomb aux jambes pour n’aboutir qu’à un feu de paille, la réelle régression de l’affaire, est celle d’un Amenabar qui ferait mieux d’arrêter les grosses coproductions internationales, et de retourner faire de plus petits films en Espagne, là où il était finalement bien meilleur.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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