KNIGHT OF CUPS de Terrence Malick : la critique du film [Festival de Deauville – Sortie Cinéma]

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knight_of_cupsnote 2.5 -10
Nom : Knight of Cups
Père : Terrence Malick
Date de naissance : 2015
Majorité : 25 novembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h58 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Christian Bale (Rick), Cate Blanchett (Elizabeth), Jason Clarke (Johnny), Nathalie Portman (Nancy), Antonio Banderas (Tonio), Brian Dennehy (Joseph), Isabel Lucas (Isabel), Teresa Palmer (Karen), Wes Bentley (Barry), Joel Kinnaman (Errol), Freida Pinto (Helen), Imogen Poots (Helen), Ryan O’Neal (Ryan), Michael Wincott (Herb), Nick Offerman (Scott), Shea Whigham (Jim)…

Signes particuliers : Préparez les Dolipranes, Terrence Malick est dans une verve pompeuse exceptionnelle…

LES TURPITUDES DE LA VIE (encore et encore…)

LA CRITIQUE

Résumé : « Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil… » Le père de Rick lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick vit à Santa Monica et il est devenu auteur de comédies. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi. Il se demande quel chemin prendre.knight-of-cups_2L’INTRO :

C’est l’une des plus grandes icônes du cinéma américain qui est de retour avec Knight of Cups. Terrence Malick, ce poète du septième art au style enivrant, ce cinéaste adulé par les cinéphiles pour ses chefs d’œuvre d’antan, de La Balade Sauvage aux Moissons du Ciel en passant par La Ligne Rouge, ce metteur en scène que l’on a toujours cru rare avant qu’il ne sente porté par un néo-désir de productivité accrue (quatre films en 32 ans, puis bientôt 4 films en cinq ans)… Terrence Malick est un mythe américain, un artiste de génie, un esthète virtuose, mais aussi un réalisateur en perdition depuis quelques années, alors que ces dernières embardées philosophico-pompeuse l’ont coupé d’un bon nombre de ses admirateurs de la première heure. Pour son très attendu Knight Of Cups, présenté en grande pompe à la dernière Berlinale, Terrence Malick s’est offert peut-être l’un des plus beaux castings de sa carrière, avec La Ligne Rouge.Knight-of-CupsL’AVIS :

Tourner avec « Le Terrence Malick » semble être devenu un privilège dont tous les acteurs rêvent. A la porte de ce septième long-métrage, les talents se bousculent. Christian Bale, Cate Blanchett, Jason Clarke, Nathalie Portman, Antonio Banderas, Brian Dennehy, Isabel Lucas, Teresa Palmer, Wes Bentley, Joel Kinnaman, Freida Pinto, Ryan O’Neal, Michael Wincott, Imogen Poots… La liste est belle… Au moins autant que le film est un supplice de chaque seconde, longue et lente purge nombriliste devant laquelle, l’on croirait presque que Malick essaie de s’imposer en nouveau prince héritier de Jean-Luc (mais la sincérité de la démarche en moins), la beauté formelle en plus. Avec Knight of Cups, Terrence Malick suit l’errance et le cheminement (intérieur et extérieur) d’un auteur de scénario à la recherche d’un sens à sa vie (encore et toujours la même chose…). Il ne sait pas vraiment ce qu’il cherche, ça tombe bien, on ne sait pas vraiment ce qu’on regarde. Peut-être déambule t-il en quête d’une fin à son script ? Peut-être même, déambule t-il dans son script ? Ou peut-être déambule t-il dans sa vie, dont ledit script serait le reflet existentialiste à l’écran ? A deux doigts de l’auto-caricature risible si ce gâchis de talent n’était pas aussi énervant, Terrence Malick poursuit sa quête expérimentaliste d’un cinéma sensoriel absolu où le sens profond est à aller chercher de soi-même dans un vaste collage d’images planantes, de sons, de musiques, de réflexions existentialo-philosophiques pompeuses, et autres motifs en tout genre. Voix off, grandes tirades élégiaques, perfection du beau plan ultra-esthétisé, élégance sensorielle, montage métaphorique, déconstruction du récit, a-linéarité et narration pensée dans le symbolisme… Pas de doute, avec Knight Of Cups, on est bien chez le néo-Terrence Malick, celui post-Le Nouveau Monde, celui de Tree of Life ou A la Merveille. Sauf que le réalisateur pousse le bouchon encore plus loin dans un cinéma artistiquement extrême, à la prétention humble. L’oxymore peut paraître étonnant et pourtant, il vient parfaitement illustrer ce nouveau style d’un Malick qui semble humble et sincère dans sa démarche en laquelle il croit fermement, mais qui accouche d’efforts de plus en plus abscons, laissant transpirer une fausse-prétention peut-être pas voulue, mais belle et bien présente.knight of cupsLe cinéaste anticonformiste a définitivement abandonné tout ancrage au cinéma dit « traditionnel » (et en l’occurrence ici, au concept du fil narratif racontant quelque-chose de clairement intelligible), pour partir vers un style radical, d’inspiration profondément expérimentale, un cinéma de la rupture où le spectateur n’est plus considéré comme tel, mais comme acteur participatif de la démarche. Perdu quelque part entre le cinéma structurel, l’hyperréalisme, le post-modernisme, l’abstrait, le symbolisme, le romantisme poétique, voire le constructivisme (en gros, perdu dans une volonté de brasser tous les courants artistiques pour atteindre l’art total), en plus de paraître obsédé par sa néo-démarche créatrice visant le geste filmique absolu, Terrence Malick a perdu ce qui faisait la force de son art. La fluidité de son cinéma épris de pureté poético-existentielle a laissé place à un style poseur et pachydermique, écoeurant d’hermétisme et de lourdeur du trait. Enfermé dans sa radicalité, le génie livre une nouvelle œuvre complètement déconnectée du spectateur, un assommoir accompagné d’une fausse-fascination témoignant d’une pénibilité permanente de la démonstration.KoC-11098Formellement superbe, Knight of Cups est dans le même temps, viscéralement chiant, et son auteur devrait se méfier du risque d’irrémédiables cloques sur les mains, à force de se masturber de la sorte, avec ce genre de pensum boursoufflé et débordant d’une poésie cinématographique assujettie à des concepts philosophiques fumeux et adossés à rien. Avant, Terrence Malick racontait des histoires puissantes et poignantes, et élevait le spectateur dans un cinéma au lyrisme qui n’avait d’égal que sa richesse et sa profondeur fascinante, sondant l’existence, l’homme, sa place dans le monde. Aujourd’hui, il se regarde filmer, s’écoute philosopher, et reproduit mécaniquement un art de la fulgurance de plus en plus obscur, lassant, et tournant à vide sur lui-même sans jamais se saisir de quoique ce soit, préférant la facilité de la divagation flottant dans un poétique qui frise la posture et l’imposture. Car finalement, Malick ne fait que s’auto-plagier lui-même en allant sans cesse toujours plus loin dans l’abscons cérébral et le solennel maniéré, au point que l’on va finir par l’attendre sur le terrain des Jonas Mekas, des Peter Kubelka et autre Stan Brakhage, qui pratiquent cet art de la recherche cinématographique novatrice depuis des lustres. C’était peut-être mieux quand Malick tournait un film tous les dix ans, en fin de compte. Il nous manquait, mais au moins ses « retours » avaient de la gueule et ne se contentaient pas de faire dans l’emphase hyperbolique pédante où le sublime côtoie le sentencieux, avec une grandiloquence déclamatoire fumeuse sur de somptueuses images de la nature, du ciel ou des tulipes caressées par le vent. Bref, on va faire comme si l’on n’avait rien dit/vu car, de toute manière, critiquer Terrence Malick est coupable de blasphème. « C’est pas mauvais, c’est juste que tu n’as rien compris« . Voilà de toute manière, les limites du débat concernant Malick, de nos jours.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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4 commentaires à propos de “KNIGHT OF CUPS de Terrence Malick : la critique du film [Festival de Deauville – Sortie Cinéma]

  1. En relation avec vos derniers mots, Nicolas…

    Peut-être que finalement la prétention est chez vous… et non chez Malick
    Je veux dire par là: si (comme d’autres) je vois quelque chose en ce film, la prétention n’est-elle pas finalement de prétendre que parce que vous n’y voyez rien, il n’y a rien ?
    Et de faire de vos propres oeillères (dues aux circonstances de vision du film ou à votre âge ou votre expérience ou à votre culture ou que sais-je) la généralité, le maître étalon..

    Ou pour le dire autrement…
    Si moi ou un autre pouvons longuement argumenter sur la richesse de ce film (et je veux bien volontiers le faire), crier à la nullité n’est-ce pas l’attitude la plus prétentieuse?

    Tout cela me fait songer à La Couleur de la Grenade de Paradjanov… A double titre.. D’abord parce que je crois que Knight of Cups est un geste artistique similaire à celui de Paradjanov pour Sayat Nova..
    Mais aussi parce que, lui aussi reçut pour une part de tels jugements expéditifs quant au vide de son film, vide qui n’était en fait que chez ses contempteurs.. Et pourtant, dans le chef d’oeuvre de Paradjanov, quelle richesse et quelle transe…

    • Votre commentaire donne de l’eau à mon moulin. Merci. Les ayatollah « malickiens » acharnés ont décidément bien du mal à accepter qu’autrui puisse ne pas aimer un film de ce (feu ?) génie qu’est Terrence Malick, voire même trouver sombrement mauvais ce dernier effort qu’est Knight of Cups. Vous voyez de la prétention dans ma critique, soit. Elle reste un avis personnel, comme toute critique d’ailleurs. Mais un avis argumenté.

      Et concernant les derniers mots de mon article, je ne dis nulle part qu’il n’y a « rien » dans le film (d’ailleurs, dans le reste de la chronique, je m’applique à souligner ce qu’il peut y avoir dedans). Je pointais seulement du doigt une réaction agaçante de plus en plus répandue, qui fait que l’on n’a quasiment plus le droit de dire fermement ce que l’on pense d’un film de Malick, sous peine de ce genre de commentaires horripilants. D’ailleurs, vos réactions « enflammées » sur Twitter et sur un peu tous les sites/blog etc… (oui, nous les avons tous remarqués) ne font que confirmer cette constatation bien triste. A propos, ce petit commentaire de fin d’article, un brin provoc je vous l’accorde, vous visait en partie vous justement, car, comme d’autres, nous avons bien noté votre acharnement à traquer le moindre papier disponible sur la toile, pour encenser ceux qui disent du bien du film, et descendre en flèche, ceux qui en disent du mal. J’espère que vous toucherez une commission sur les entrées du film pour tout ce temps passé à répéter inlassablement les mêmes tirades à droite à gauche. Un conseil, prenez du recul, et posez-vous la question du bien-fondé de votre entreprise d’attaques systématiques de tous les papiers ou articles ne vantant pas les mérites du film. Vous comprendrez peut-être ce que j’entends par ce commentaire final… Car c’est exactement ce que vous faites : « Les autres ne comprennent rien au film, contrairement à moi, et je vais leur faire savoir à tous, un par un. De toute façon, ceux qui ne l’aiment pas sont des critiques imbéciles » (pour reprendre vos mots à l’attention de certains confrères sur Twitter).

      A bon entendeur. Et bon courage, prenez un peu de repos, car vous allez avoir du travail pour répondre à tout le monde sur Allociné, Facebook et Twitter quand le film sortira. Mais si vous le faites comme vous l’avez fait jusqu’ici sur les réseaux sociaux, ça promet.

    • Ah mais oui, je vois très (trop ?) bien qui vous êtes. Sur twitter et facebook. C’est ce sacré monsieur Fournier. L’homme qui défends corps et âme le film alors qu’il avait fait les sous-titres en français pour la bande annonce (avant d’être retiré pour droit d’auteur, faut pas déconner non plus).
      Vous vous répètez un peu mais à chaque fois que je vous lis, j’suis mort de rire.
      Vous êtes sur tout les sites en train de dire les mêmes idioties et partager votre vidéo sous-titrée. Il est rigolo et tout mignon. On dirait un toutou qui refuse de lâcher son nonos. Je sais si c’est vraiment mignon ou si c’est pathétique. Je crois que je dirais que c’est admirablement pathétique.
      Bon, comme j’suis gentil, je fais un p’tit bisous à ce bon vieux monsieur Fournier et encore merci de m’avoir fait rire (tout comme le nouveau film de Mr. Malick, tristement drôle malgré lui).

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