BY SIDNEY LUMET de Nancy Buirski : la critique (Cannes Classics 2015)

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note 8 -10
Carte d’identité :
Nom : By Sidney Lumet
Père : Nancy Buirski
Date de naissance : 2014
Majorité : Indéterminée
Type : Sélection Cannes Classics 2015
Nationalité : USA
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Documentaire

Livret de famille : Sidney Lumet, Daniel Anker (l’interviewer)…

Signes particuliers : Plus qu’un simple documentaire, un entretien avec le génie du cinéma virant à l’analyse de son oeuvre.

SIDNEY LUMET, CET IMMENSE ARTISTE HONNÊTE

LA CRITIQUE

Résumé : Une incroyable interview-confession réalisée quelques mois avant la mort de Lumet et restée jusqu’ici inédite. lumet071001_560L’INTRO :

En marge de la compétition officielle ultra-médiatisée avec ses films « de choix », son tapis rouge, ses stars et son beau jury, la sélection « Cannes Classics » est une célébration cinéphile revisitant l’histoire du septième art entre œuvres restaurées, soirées thématiques et documentaires. Alors que l’on a beaucoup parlé d’Ingrid Bergman (égérie de l’affiche de cette édition 2015) ou d’Orson Welles, dont on célèbre le centenaire de la naissance, un autre cinéaste majeur est à l’honneur cette année du côté de cette section parallèle, riche et hautement passionnante : Sidney Lumet. Il nous a quitté il y a quatre ans déjà et grâce à la documentariste Nancy Buirski, cet artiste dont le cinéma a irradié une grande partie de la deuxième moitié du XXème siècle, nous illumine encore un peu à travers By Sidney Lumet, un entretien réalisé trois ans avant sa mort et surtout, une rencontre formidable avec l’un des plus grands metteurs en scènes américains, trop souvent inconsidéré, mais dont l’impressionnante carrière le pousserait bien volontiers parmi les plus grands, parmi les génies trônant tout en haut. Sidney Lumet, c’est 50 ans de carrière, 44 longs-métrages, et beaucoup de chefs d’œuvre. Surtout des chefs d’œuvre.Capture d’écran 2015-05-16 à 01.07.21L’AVIS :

Loin des documentaires classiques, à la fois chronologiques et hagiographiques, By Sidney Lumet est un moment de choix intimiste partagé en compagnie d’un géant. Le metteur en scène s’y adresse à nous directement, comme si l’on était invité à venir à la rencontre de ce grand monsieur à la filmographie extraordinaire parlant pour lui, entre éclectisme et richesse pharamineuse. Le joyau Douze Hommes en Colère, son premier film, le saisissant L’Homme à la Peau de Serpent où la rencontre de Marlon Brando et d’Anna Magnani, Point Limite, l’un des films les plus tendus de l’histoire du cinéma, le puissant La Colline des Hommes Perdus avec Sean Connery, l’expérimentaliste Le Dossier Anderson, le cultissime Serpico, le non-moins culte et dévastateur Une Après-midi de Chien, le rageur Network, les épatants Stage Truck, The Kind of Women, Le Prince de la Ville, Le Verdict, A Bout de Course (l’un de ses meilleurs films) ou encore 7h58 ce samedi-là, son dernier. Et quel dernier film ! Sidney Lumet était un Dieu du septième art et Nancy Buirski vient nous le rappeler, si besoin en était encore.douze-hommes-en-colere(Douze Hommes en Colère)

Face caméra, en gros plan, dans un échange privilégié aux allures de masterclass bouleversante, l’artisan Sidney Lumet survole sa carrière, se pose sur certains aspects, repart, se repose à nouveau, évoque, souligne, se remémore et ainsi de suite. La construction anachronique de cet entretien illustré par de nombreux extraits de films (en longueur, chose rare) pourra en perturber certains. D’autant que l’on peine au départ à saisir sa mécanique pas des plus fluide ni adroite. Mais on finit par comprendre la noblesse des intentions. Avec une profonde humilité, une sagesse bienveillante, une sincérité touchante qui n’a d’égale que sa drôlerie et un abandon total au dialogue, le cinéaste, via Buirski, dessine sa vie et sa carrière à travers ses œuvres magnifiques. C’est toute l’intelligence de By Sidney Lumet, ne pas se contenter d’un énième documentaire didactique, mais d’essayer de jouer l’art de la perspective. Ou comment fondre littéralement un auteur dans son propre cinéma.Capture d’écran 2015-05-16 à 01.32.25Dans sa globalité, By Sidney Lumet retrace 83 ans d’une vie bien remplie. De son enfance pauvre à ses débuts de comédiens sur les planches des théâtres yiddish new-yorkais alors qu’il n’était qu’un enfant. Ses débuts de réalisateur pour la télévision, son premier film Douze Hommes en Colère, ses origines juives, le maccarthysme, son service militaire, son admiration ressentie pour le talent d’Al Pacino ou de Philip Seymour Hoffman, son amitié avec Yul Brunner, sa carrière prolifique, ses films les plus marquants, Daniel, son favori tourné en 1983. By Sidney Lumet, c’est Sidney Lumet sous toutes ses coutures, par un voyage dans son œuvre conté par l’artiste lui-même.un apres-midi de chien(Un Après-midi de chien)

Le véritable défi à la pertinence remarquable de By Sidney Lumet, est sans nul doute de vouloir proposer plus qu’une simple retranscription de la vie de l’auteur via une présentation de son œuvre. Nancy Biurski souhaitait aller plus loin, au-delà du récit factuel, au-delà du « récit » tout court. Avec une habileté épatante, son jeu d’associations transcende cet échange avec ce maître au cinéma si varié, si profond, si foisonnant. Par une mécanique rusée et intelligente faite de ponts entre ses films où résonnent sa vie en écho, chaque pan de l’artiste fait l’objet du remise en perspective dans son cinéma. Mieux, ses films eux-mêmes sont remis en perspective dans son œuvre toute entière. Et l’histoire de devenir une analyse magistrale de l’héritage formidable de l’œuvre de Sidney Lumet. Son service militaire et La Colline des Hommes Perdus, ses années théâtre et Les Feux du Théâtre, la période trouble du maccarthysme, sa convocation (qu’il évoque avec une profonde honnêteté), sa politisation à gauche ou encore l’affaire Rosenberg avec Daniel, la figure paternelle avec A Bout de Course ou 7h58, ce samedi-là, la figure maternelle avec Long Voyage vers la Nuit, ses origines juives subtilement glissées ça et là dans quelques-uns de ses films, sa vision métaphorique de l’Amérique, son amour des anti-héros ou sa manière de questionner l’autorité entre Network, Le Verdict, Point Limite, La Colline des hommes Perdus, Douze Hommes en Colère, Serpico etc… Plus qu’une succession de 44 longs-métrages hétéroclites mais tous aussi passionnants les uns que les autres, l’œuvre de Lumet est un tout traversé de connexions que Nancy Buirski met en lumière, avec le concours de la verve de l’artiste.Capture d’écran 2015-05-16 à 01.31.45On a souvent reproché à Lumet, son absence de ligne thématique dans l’ensemble de son œuvre. By Sidney Lumet répare cette fausse interprétation. « Ce qui est juste ». Voilà comment il voit l’ensemble de son travail. Un inlassable questionnement prédominant autour de « ce qui est juste ». Toujours attiré par le radical, par le questionneur, avec une volonté de ne jamais émettre de messages moraux, préférant raconter son histoire du mieux possible sans dirigisme avec l’envie de bien faire, car si c’est bien fait, « alors le message moral viendra naître de lui-même chez le spectateur », Lumet se met à parler de sa façon de travailler, de concevoir un film, expliquant pourquoi il a toujours été si prolifique, s’attardant sur ses œuvres les plus emblématiques ou les plus méconnues, passant sur son cinéma du « dialogue socratique » et sur tout un tas de choses… Et on écoute, tel un élève abreuvé par les paroles d’un professeur iconique. « Bye Sidney Lumet. Et merci« 

Par Nicolas Rieux

2 commentaires à propos de “BY SIDNEY LUMET de Nancy Buirski : la critique (Cannes Classics 2015)

    • Bonjour Ariane,

      En effet, il n’est pas disponible pour l’instant. Nous pensons qu’il finira par sortir en DVD mais cela risque de prendre un moment avant qu’un distributeur se penche sur son cas. A suivre. Pour l’instant, rien n’est prévu mais fort à parier que cela viendra.

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