AMOURS CANNIBALES de Manuel Martin Cuenca : la critique du film [Sortie DVD]

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amours_cannibalesMondo-mètre
note 5.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Caníbal
Père : Manuel M. Cuenca
Date de naissance : 2014
Majorité : 03 juin 2015
Type : Sortie DVD
(Éditeur : Luminor Films)
Nationalité : Espagne etc…
Taille : 1h56 / Poids : NC
Genre : Drame, Thriller

Livret de famille : Antonio de la Torre (Carlos), Olimpia Melinte (Alexandra / Nina), María Alfonsa Rosso (Aurora), Florin Fildan (Bogdan)

Signes particuliers : Très représenté aux derniers Goyas (l’équivalent des César espagnols), Amours Cannibales nous entraîne quelque part à la frontière du drame et de l’horreur, dans un espace réduit aussi inconfortable que troublant.

L’ÉTRANGE TAILLEUR CANNIBALE DE GRENADE

LA CRITIQUE

Résumé : Carlos, prestigieux tailleur vivant à Grenade, est également un meurtrier à la monomanie singulière. Lorsque Nina, une jeune Roumaine à la recherche de sa soeur jumelle, apparaît dans sa vie, il tombe pour la première fois amoureux… Un sentiment qui met en péril son éprouvant secret. amours_cannibales_4L’INTRO :

On a coutume de dire que les tueurs en série sont la personnification absolue et extrême de la violence physique et morale d’une société défaillante en train de sombrer. Et s’il y a bien un pays défiguré par une crise majeure mais qui tente encore de faire bonne figure aux yeux des regards extérieurs, c’est bien l’Espagne et le gouffre économico-social qui la menace. Au pays où le cinéma de genre est souverain, la thématique d’un tueur en série cannibale n’est pas sans cultiver quelques beaux souvenirs de cinéphile. 22 ans séparent l’incontournable La Semaine d’un Assassin d’Eloy de la Iglesia et Amours Cannibales de Manuel Martin Cuenca, film nommé aux Goyas et passé par quelques prestigieux festivals (Toronto, Cannes, San Sebastian, Strasbourg). Un fossé qui n’est pas que temporel, artistique aussi, les deux œuvres étant aussi opposées qu’elles peuvent se réunir autour de leur sujet commun. L’une était une série B radicale dissimulant une parabole sociale, l’autre, un film d’auteur qui semble complètement détaché de toute ambition métaphorique.

amours_cannibales_2L’AVIS :

À le voir comme ça, Amours Cannibales aurait pu être un premier film révélant un talentueux cinéaste en devenir balbutiant une première œuvre noble mais très perfectible. Sauf que Manuel Martin Cuenca n’est pas un nouveau venu et que son long-métrage n’est pas un premier film. Ce que l’on aurait pu aisément excuser en parlant de maladresses d’un néophyte soucieux d’être appliqué mais tâtonnant, est en réalité un assemblage de choix assumés dessinant une vision personnelle et forte mais dont on n’hésitera pas à pointer du doigt les défauts déformant le beau visage qu’elle essaie de renvoyer dans le miroir.516938Avec une sincérité qui n’est pas questionnable, Manuel Martin Cuenca dirige son film dans la zone inconfortable et périlleuse de l’entre-deux, sillonnant un sentier séparant deux registres que nombreux avant lui ont marié ensemble, avec ou sans réussite. Amours Cannibales évolue quelque-part entre le drame psychologique et le film de genre, entre le thriller contemplatif et le portrait antinomiquement clinique et envoûtant d’un tueur en série caché derrière une vie de tailleur en apparence normale mais trahissant de nombreuses petites failles, névroses ou obsessions. À l’image de son absence d’ancrage clair à un registre spécifique, Amours Cannibales va en tout point, se montrer insaisissable, toujours dans la demi-mesure, n’affirmant ou ne s’affirmant jamais pour rester plutôt dans les eaux troubles de la fascination distante et de la curiosité teintée d’étrangeté. Une œuvre contemplative et pourtant horrifiante, un personnage dont on perce la carapace pour scruter sa plus personnelle intimité mais qui demeure toujours très mystérieux et énigmatique, le lent récit d’un quotidien mais dont l’apparent rythme apathique essaie seulement de souligner la violence morale, psychologique et physique des meurtres… Amours Cannibales est animé d’intentions passionnantes mais il ne réussit pas toujours à les marier avec adresse. Sa sensibilité intimiste est à la peine face à son comportement trop hermétique, son pouvoir sulfureux est limité par sa pudeur excessive, son empathie délicate affronte dans la douleur une confusion entre sobriété et retenue trop extrême, la chronique réaliste narrée est contrariée par un déroulé monocorde, la répétition mécanique des gestes se confronte à une certaine redondance pesante… Et ainsi de suite. Comme l’expressivité du ressenti qui se fait dominer par cette manie agaçante qu’à le cinéaste de ne jamais terminer ses scènes, comme la volonté d’immersion barrée par les trop nombreuses ellipses qui rendent le personnage trop fuyant malgré une étrange empathique qui fonctionne alors que paradoxalement, on peine à éprouver des émotions, Cuenca nous maintenant sans cesse à distance de son histoire.canibalExposé aux pertes d’équilibre à évoluer sur un filin fragile, entre le drame magnétique, l’étude psychologique et le film de genre suffocant, les intentions de Cuenca exigeaient l’implication d’une démarche placée sans cesse sous couvert d’une extrême finesse, ralliant à sa cause subtilité, intelligence et adresse, pour que prenne vie ce portrait complexe. Le cinéaste n’a pas toujours cette adresse et ne parvient pas toujours à toucher du doigt la justesse qui aurait dû encadrer son travail délicat. Un peu aveuglé par l’éclat de ce qu’il vise, Cuenca cumule les erreurs qui cultivent des paradoxes préjudiciables à son film pourtant formidable d’ascétisme, proposant ainsi une lecture nouvelle sur une thématique vidée de tout sensationnalisme pour privilégier la captation élégamment pure et frissonnante d’une vision d’horreur abordée sans jugement. Sans point de vue non plus. Un effacement du metteur en scène qui ne fait que renforcer le côté dérangeant de son œuvre. En cela, Amours Cannibales est une œuvre d’autant plus frustrante, qu’elle recèle en son sein une grandeur cinématographique s’approchant d’une virtuosité sourde sans jamais la saisir vraiment, comme glissant inlassablement sur la pente de la montagne qu’elle essaie d’escalader. Mais malgré ces défauts relevant souvent d’une question de savant dosage que le film peine à embrasser, Amours Cannibales demeure une incursion fascinante, dans le monde fou d’un tueur en série cannibale qui tue pour manger sans avoir aucunement conscience de l’horreur de ses actions.urlN’attendez pas des torrents d’hémoglobine et des plans gores très graphiques, le film de Manuel Cuenca n’est pas un film d’horreur mais un drame, à sa manière romantico-tragique. Un film d’une épure radicale, visant une atmosphère lourde et pesante en lieu et place du spectacle voyeuriste d’un meurtrier à l’œuvre. Et si les partis pris du metteur en scène, ainsi que le manque de substance et de profondeur d’un scénario finalement replié sur lui-même, atténuent la puissance qu’aurait pu revêtir cette belle œuvre dramatique, elle n’en reste pas moins à certains égards fort intéressante. Inaboutie mais intéressante quand même, en plus d’être portée par une beauté formelle admirable et des comédiens impeccables. amours cannibales DVD

LE DVD & LES SUPPLÉMENTS

Pas de sortie Blu-ray pour Amours Cannibales. Les amateurs du thriller dramatique espagnol devront se rabattre sur l’édition DVD éditée par Luminor, et qui est tout sauf déméritante. Techniquement assez propre avec une image soignée et travaillée et un audio correct à défaut d’être particulièrement pointu, la galette proposée de défend et essaie de faire oublier l’absence de HD comme elle peut. Côté bonus, Luminor a joint trois suppléments en parallèle du film. D’abord, un making of de 11 minutes qui survole un peu la production du film et les intentions de Cuenca mais qui manque de profondeur. Suivent une dizaine de minutes de scènes coupées (toutes dispensables, force est de l’avouer) et la traditionnelle bande-annonce du film. Un livret accompagne cette édition bien fagotée. 

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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