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GLORIA MUNDI de Robert Guédiguian : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Gloria Mundi
Père : Robert Guédiguian
Date de naissance : 2019
Majorité : 27 novembre 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h47 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark, Grégoire Leprince-ringuet…

Signes particuliers : Magnifique.

DU GRAND GUÉDIGUIAN

NOTRE AVIS SUR GLORIA MUNDI

Synopsis : Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider. 

Deux ans après le magnifique La Villa, Robert Guédiguian est de retour avec une nouvelle proposition prête à s’imposer comme l’un des grands faits de sa belle filmographie, tant par sa notoriété que par ce qu’elle représente au sein de l’œuvre du cinéaste marseillais. Gloria Mundi, c’est d’abord une prestigieuse consécration vénitienne avec ce prix d’interprétation glané par Ariane Ascaride à la Mostra. C’est ensuite un long-métrage qui marque quelque chose dans la continuité du cinéma de Guédiguian, comme une sorte de négatif de ses films précédents. Quand le metteur en scène a pu se montrer noir, il l’a souvent fait en utilisant le genre (Lady Jane, L’année du crime). Cette fois, il ne prend pas de détour, ne s’enferme dans rien. Il s’expose totalement et signe un drame social ancré dans une réalité qu’il ne travestit pas. Ce retour à Marseille, avec sa bande habituelle (Ascaride, Meylan, Darroussin) à laquelle vient s’ajouter Anaïs Demoustier, conduit le spectateur sur le chemin d’un film magistral et profondément marquant.

Robert Guédiguian ne nous avait pas habitué à un tel cinéma aussi sombre. S’il y a toujours eu une forme de tendre mélancolie au fil de son œuvre, Gloria Mundi surprend par sa terrible noirceur, par sa douleur émotionnelle, par son implacable constat sur la nature humaine d’aujourd’hui. Pour quelques-uns prêts à se sacrifier, combien sont individualistes, impitoyables, autocentrés ? C’est ce qui ressort principalement de ce bouleversant portrait familial peuplé d’âmes écorchées. Le tableau d’une société moderne carnassière, où écraser les autres est devenu presque le chemin logique et tristement banal pour survivre. Avec comme excuse désarmante que, si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place. Dans Gloria Mundi, l’arrivée de la vie va entraîner le chaos. Un moyen de dire que de nos jours, les plus beaux bonheurs sont parasités et broyés par la dureté des temps modernes. Par cette association entre joie et malheur, Guédiguian signe un constat désabusé où les particules de lumière se font de plus en plus rares dans l’obscurité sociale. Témoin, ce couple qui accueille un enfant, qui irradie de bonheur à la maternité… avant de s’abîmer dans des lendemains désenchantés. Difficulté à joindre les deux bouts, tensions et disputes causées par les galères perpétuelles, ternissement du couple usé par la réalité… Tel est le programme de l’après, avec ce sentiment de lassitude face à cette course épuisante pour s’en sortir et surnager. Car aujourd’hui, beaucoup ne vivent plus, ils surnagent, ils survivent. Et quand l’homme est acculé, désespéré, humilié par la société, que lui reste t-il ? A part devenir lui-même un loup pour se défendre contre les autres loups qui l’assaillent ?

Profondément amer et d’une émotion transperçante, Gloria Mundi paraît sans espoir. Mais Guédiguian n’aime pas aller si loin, n’aime pas être aussi radical et catégorique. Ce n’est sûrement pas sa conception de l’humanité et son idéal de l’être humain. Ainsi, il trouve toujours un chemin vers le beau. Et ce beau jaillit dans son final absolument dévastateur. Porté par des comédiens tous aussi exceptionnels les uns que les autres et qui incarnent le cinéma « guédiguiesque » et cette tragédie puissante, Gloria Mundi est une flèche en plein cœur, une partition qui alterne une émouvante tristesse et une luminosité solaire. Seules petites fausses notes, un ralenti maladroit sur une scène clé (un détail) et un triangle amoureux cohérent dans l’histoire mais très mal amené dans l’élaboration du récit. C’est peu de reproches pour un si beau film.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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