VIVA RIVA ! (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Viva Riva !
Parents : Djo Tunda Wa Munga
Livret de famille : Patsha Bay (Riva), Manie Malone (Nora), Hoji Fortuna (César), Marlene Longange (La commandante), Alex Herabo…
Date de naissance : 2010
Nationalité : Congo, France, Belgique
Taille/Poids : 1h38 – 1,8 million €

Signes particuliers (+) : Une tentative très courageuse. Une belle mise en parallèle de la situation sociale du Congo par le biais du thriller.

Signes particuliers (-) : Une intrigue pas assez palpitante, qui peine à soutenir les qualités du film.

 

CHASSE À FRIC

Résumé : Dans la nuit fiévreuse de Kinshasa, Riva, tout juste revenu au pays plein aux as, est subjugué par la charme de la belle Nora, jeune et sensuelle femme mais appartenant à un caïd local. Riva va tout faire pour la revoir sans savoir que son ex-patron, un truand angolais, est à sa recherche…

Faire un thriller ambitieux narrativement, se réclamant du polar moderne sous forme de traque hargneuse entre truands dans une industrie aussi sinistrée que celle du cinéma d’Afrique noire, peu voire inexistant selon les pays, est une tentative plus que louable en plus de réclamer une volonté de fer. Démarchant pour trouver des fonds au Congo et en Europe pour mener à bien son projet, le cinéaste Djo Tunda Wa Munga a réussi l’exploit de faire voir le jour à son Viva Riva, fresque criminelle locale et authentiquement congolaise et de le porter pour une sortie dans plusieurs pays dans le monde où jusque là, il est très favorablement reçu. Multi-primé aux African Awards, Viva Riva aura pourtant connu un processus de gestation compliqué et un tournage qui le fut tout autant. Ce premier film au Congo depuis plus de vingt ans, est donc plus qu’une œuvre vivante, c’est une survivante. Budget minime, acteurs non professionnels pour la majorité, difficulté de réaliser certaines scènes (notamment celles de nudité dans un pays coincé par les tabous visuels) Viva Riva, que le cinéaste aime à comparer à une sorte de Scarface africain tout en se réclamant de Sergio Leone ou de Kurosawa, est une occasion inespérée de faire revivre un pays sur le plan artistique, la République Démocratique du Congo étant plus habituée à faire parler d’elle pour ses frasques géopolitiques et ses troubles de société.

Avec Viva Riva, Djo Tunda Wa Munga ambitionnait un polar à la fois sombre et à la fois lumineux, empreint de forts relents sociaux tout en étant une histoire de course-poursuite revancharde et rugueuse. Sombre pour sa peinture d’une société en proie à la corruption et à la désolation, lumineux pour toute la vie qui se dégage des nuits kinshasiennes fiévreuses et sensuelles, Viva Riva n’oublie pas, au-delà de son récit fictionnalisé mais pourtant empruntant à des faits divers réels, de se doter d’un fort aspect social, parlant de la société congolaise, de la corruption de ses instances dirigeantes et de ses institutions à la pauvreté qui mine la vie des congolais, les poussant à se débattre pour vivre où plutôt pour survivre dans un pays presque sans espoir mais duquel se dégage pourtant tant de vie, d’envie, de gaieté malgré les conditions. Viva Riva parle du Congo, parle de la vie qu’il abrite, des difficultés, de ses qualités et ses défauts, il refuse en tout cas de se résumer à une simple traque entre criminels où les enjeux ne seraient que purement futiles.

On sent poindre le manque d’argent mais le cinéaste essaie de combler ses carences par une ambition narrative déguisée, par des idées malines et surtout par un fort caractère, assumant l’originalité de son projet et cherchant à ce qu’elle fasse la différence. En résulte une œuvre bouillonnante multipliant les angles de lecture. Le jeune Riva revient au pays avec de l’argent. On sent rapidement l’importance des billets dans un pays outrageusement et outrancièrement pauvre où le fric est omniprésent. Cet argent, il en profite pour avoir tout ce qu’il n’a jamais eu, pour essayer de s’insérer dans une classe sociale qu’il a toujours regardé de loin. Le voilà déambulant dans les nuits chaudes de Kinshasa que Munga filme avec avec un érotisme enivrant. Mais son passé le rattrape et ce caïd angolais, son ancien patron à qui Riva aurait subtilisé de l’argent, est lancé à ses trousses et c’est par lui, dans une vision dichotomique, que l’autre Congo se révèle. Manichéen dans le sous-texte plus que dans le récit premier, Viva Riva met en exergue la dualité du pays par le prisme de deux personnages, Riva permet de découvrir la douceur d’un pays solidaire, chaleureux, aux longues nuits électriques et électrisantes faites de fêtes, de danse, d’alcool, de sensualité suave et de musique où chacun essaie de s’en sortir tant bien que mal, alors que le puissant caïd riche et impitoyable, souligne les difficultés d’un pays qui a beaucoup à régler en interne à commencer par ses soucis de corruption et de misère.

Dans l’esprit et dans la volonté, l’œuvre douloureuse de Munga est une tentative courageuse, en plus de faire preuve d’indéniables qualités. Et on aurait envie de la porter, de l’aimer. Mais elle est aussi trahie en retour par ses handicaps à commencer par ceux budgétaires et par un certain amateurisme qui ne se distingue pas tout de suite. Problèmes d’écriture, de rythme, Viva Riva n’a pas la maîtrise d’un film ambitieux, ce dont il se réclame. Incontestablement, il l’est à son échelle mais peine au marché international, face à des homologues du genre. Chaque scène n’est pas sans rappeler des mélodies connues, en faisant un film cousu de fil blanc, affichant une fraîcheur que l’on devine mais qui finalement, est plus à aller chercher dans le fond que dans la forme. Un fond qui compense la maladresse de l’ensemble, complexifiant de trop sa narration en essayant d’allier de multiples niveaux de lecture (du film de genre à la chronique sociale et le portrait de société) qui s’emboîtent difficilement dans un tout peu homogène n’évitant pas les ralentissements narratifs.

Confus au premier regard, Viva Riva, tourné en français et en lingala, est une œuvre iconoclaste trouvant son propre ton malgré les inspirations dont elle se réclame et de laquelle on retient plus sa riche présentation d’un contexte politique et social, son énergie débordante à montrer les multiples facettes du Congo, des bonnes aux mauvaises, que son récit assez classique estampillé série B américaine. Grisant dans l’idée, il l’est un peu moins faute d’être palpitant dans son intrigue de sorte à soutenir ses qualités.

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