MARGIN CALL (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Margin Call
Parents : J.C. Chandor
Livret de famille : Kevin Spacey, Jeremy Irons, Paul Bettany, Zachary Quinto, Demi Moore, Paul Badgley, Simon Baker, Stanley Tucci, Mary McDonnell, Asif Mandvi…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h47 – 3,5 millions $

Signes particuliers (+) : Tristement d’actualité. Mené sur le ton du thriller. Passionnant. Et quel casting !

Signes particuliers (-) : Une finalité un peu difficile à cerner. Un résultat en demi-teinte, comme pas totalement abouti.

 

LA CRISE S’ÉTEND AU CINÉMA

Résumé : Une nuit. Une société de finance. Le krach approche avec la crise que l’on connaît depuis. Une équipe de traders tente d’éviter la catastrophe. Les seules solutions qui s’offrent sont de se laisser ruiner ou de ruiner les autres d’abord au risque de couler la boîte par ce coup tordu…

Fléau quasi mondial depuis maintenant près de quatre ans, la fameuse « crise », celle dont on parle sans cesse, celle qui alimente journaux écrits, télévisés, discours politiques ou sommets des puissantes nations, celle qui fait trembler le monde, n’a jusqu’à présent pas été un sujet visiblement digne d’intérêt pour le cinéma. En cause très certainement, la complexité de ses mécanismes la rendant difficilement abordable dans le cadre d’une intrigue cinématographique. Aussi, la peur de la lassitude, le public cherchant dans le septième art, l’évasion, le rêve, le divertissement, cherchant à voyager ailleurs que dans son quotidien, et qui n’a sans doute pas besoin que l’on vienne lui rappeler dans ses loisirs, ce qui le terrifie et le hante au jour le jour en ces temps de licenciements massifs et d’austérité financière. Pourtant, il est un fou qui ose, le cinéaste J.C. Chandor. Acceptant de mettre en scène le scénario de Margin Call, le jeune cinéaste, dont c’est le premier long-métrage après seulement un court précédemment, tente une aventure difficile et surtout risquée au vu des intentions portées par son film. Loin des Wall Street d’Oliver Stone ou Krach de Fabrice Genestal, Margin Call a pour but ambitieux d’évoquer comment tout a commencé ou plutôt comment tout s’est propagé, rendant la situation incontrôlable, d’une part en se plaçant au niveau des non-initiés recevant son film en ne maîtrisant pas forcément les rouages du monde de la finance, et d’autre part, sans diaboliser, comme ce fut le cas dans les rares tentatives précédentes, un milieu pris pour cible, rendu à tort ou à raison responsable des maux des sociétés et du monde actuels. Le projet était on ne peut plus casse-gueule du coup, le cinéaste se devant de composer sur un fil entre empathie et compréhension envers ses personnages sans pourtant les dédouaner et se mettre le public à dos dès lors que celui-ci aurait eu l’impression de voir en l’œuvre, une justification et une défense du monde des financiers.

C’est avec un micro-budget étonnant au regard de l’incroyable casting du film, que Chandor se lance. Avec seulement 3,5 millions en poche, il attire des noms tels que Kevin Spacey, Zachary Quinto, Jeremy Irons, la revenante Demi Moore ou encore Paul Bettany et Stanley Tucci. Tout bonnement incroyable. Chacun va pourtant donner le meilleur de lui-même dans un film aux allures de thriller sans l’être, de thriller économique pourrait-on dire, dépeignant, dans une pseudo unité de temps, une nuit cauchemardesque, une nuit où un monde va prendre fin. Cette nuit, c’est celle du krach deviné de l’automne 2008 consécutif à la pré-crise des subprimes. Un modeste trader sous l’impulsion d’un ancien salarié viré le jour même, va ouvrir la boîte de Pandore en mettant en exergue la fin prochaine de sa société selon des statistiques étudiées. Dans ce contexte de crise interne où tout le monde est convoqué par la direction la plus haute, une solution doit être trouvée. Une solution radicale se dessine : ruiner l’autre avant de l’être soi-même. Un projet qui marquerait bien sûr la fin de la société, le chômage pour ses employés et le ternissement irrémédiable d’une réputation.

Chandor va se concentrer sur l’humain plutôt que d’entrer dans de nébuleuses explications incompréhensibles pour le grand public à base de langage spécialisé. Margin Call va s’attarder sur les décisions et les positions que chacun va prendre dans cette nuit décisive, déterminante. Les employés qui ne comprennent pas tous les tenants et les aboutissants, les directeurs écœurés par ce qui se trame, les résignés qui se contentent de faire le job jusqu’au bout, ceux qui se font ironiquement avoir, ceux qui s’en tirent, ceux qui commandent. Chandor réussit son pari de ne pas diaboliser ses personnages, de leur attirer pour certains même, une forme d’empathie. Ceux qui ne sont que des rouages d’une chaîne qu’ils ne maîtrisent pas. Il ne prend pas pour autant leur défense à l’image de certains face auxquels on ne peut qu’avoir du ressentiment. Mais coûte que coûte, Margin Call s’acharne et s’affaire à garder la plus haute neutralité possible même si parfois, il sera amené à vaciller dans un sens ou dans l’autre, par trop d’empathie ou trop de négativité. Mais l’exploit de l’évitement du manichéisme fort est admirable.

Hypnotique par moments, captivant à d’autres sans que pourtant on ne comprenne tout ce qui se trame sous nos yeux, Margin Call arrive à avoir un petit quelque chose d’envoutant dans la façon dont il présente cette longue nuit harassante, stressante, tendue où la peur est palpable, où le drame est présent, sans cesse tapi dans l’ombre comme planant avant son inéluctable descente tragique. Il se dégage une sensation de drame imminent de ce Margin Call. Le drame du chômage pour certains (que l’on voudrait ne pas plaindre car ayant participé à tout cela et pourtant), le drame d’une action menée à contrecœur pour d’autres, le drame de l’impuissance et de la résignation fataliste pour une poignée. En cela, le film pourrait presque se revendiquer plus du drame crépusculaire financier que du thriller trépidant. Dans tous les cas, il est une fascinante plongée en immersion dans un monde qui nourrit tous les sentiments. Pour autant, Chandor ne signe pas le film parfait. Peut-être par justement trop de fascination pour ce dont il traite en critiquant sans critiquer, dans une posture un brin hypocrite, le cinéaste reste finalement bien en surface de son sujet. Souhaitant être abordable par tous, déjà que commercialement son film est casse-gueule, il finit par le devenir de trop, ne rentrant pas suffisamment en profondeur dans son histoire à trop vouloir placer l’humain au centre, au-delà du sujet de fond. Drame humain sur fond de finance, on aurait peut-être préféré l’inverse finalement. Et Margin Call d’être une peinture d’une nuit résumant un écosystème, ses diversités, ses tenants et aboutissants, ses principes, philosophies et son fonctionnement mais dont on ressort avec une sensation de faim, comme si l’encas n’avait pas suffit à caler l’estomac dont l’appétit a été aiguisé. « Et ? » serait-on tenté de dire en se demandant la finalité de l’entreprise. Une finalité qui se dégage à la réflexion mais qui est en demi-teinte et qui soulève plus de questions qu’elle ne donne de réponses ou des pistes. Margin Call a du coup ce petit goût d’inachevé dommageable qui lui dénie une richesse qu’aurait pu revêtir cette passionnante introspection d’un milieu obscur et mystérieux. La crise pour les nuls, peut-être, mais soit trop, soit pas assez, dans tous les cas, il manque quelque chose pour que Margin Call ne soit plein et complet. Pourtant, J.C. Chandor boucle la boucle qu’il a commencé à dessiner avec une fin pleine de sens. Elle doit s’entortiller quelque part à vouloir multiplier les angles (entre son sujet passionnant et la place de l’humain dedans), peinant ainsi à happer passionnément le spectateur balloté entre les thématiques et leurs traitements. Ce petit quelque chose ? Il est peut-être à allé chercher dans le manque que le film a à se replacer dans un contexte plus général, dans une universalité du phénomène. Margin Call dépeint un microcosme sur une nuit charnière mais peine à insérer son épisode dans une globalité qui le surplombe. Mais le coup n’en est pas moins intéressant, dominé par son superbe casting et son ambiance lourde.

Bande-annonce :


MARGIN CALL : BANDE ANNONCE OFFICIELLE VOSTF HD par ARPSELECTION

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2 commentaires à propos de “MARGIN CALL (critique)

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