TWO LOVERS (critique – drame/romance)

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two_lovers_xlgMondo-mètre :
note 7.5
Carte d’identité :
Nom : Two Lovers
Père : James Gray
Livret de famille : Joaquin Phoenix (Leonard), Gwyneth Paltrow (Michelle), Vinessa Shaw (Sandra), Isabella Rossellini (Ruth), Moni Moshonov (Reuben), Elias Koteas (Ronald), John Ortiz (Jose)…
Date de naissance : 2008
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h50 – 12 millions $

Signes particuliers (+) : Une délicate romance dramatique épidermique portée par des acteurs en état de grâce, le tout sous l’oeil sensible d’un James Gray décidément à l’aise dans tout et toujours capable de donner une charge terrassante de puissance émotionnelle à ses récits.

Signes particuliers (-) : x

 

DE L’INDÉLICATESSE D’AVOIR LE CHOIX…

Résumé : Leonard, un jeune homme un peu paumé, voit se profiler une vie toute tracée avec une femme, Sandra, quasiment choisie et imposée par ses parents. C’est alors qu’il fait la connaissance de sa belle voisine, Michelle. Leonard en tombe éperdument amoureux et va devoir faire un choix…

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Cinéaste adulé par beaucoup pour son univers sombre au sein duquel il développe des histoires fortes impliquant souvent mafia et flics ripoux, James Gray délaisse étonnement son domaine de prédilection et revient sur le devant de la scène bien plus vite que prévu. Lui qui nous avait habitué (à la manière d’un mini Terrence Malik) à laisser passer beaucoup de temps entre ses œuvres, prenant le soin de les penser et de bien choisir ses projets, Gray change radicalement de registre pour aborder celui du film du romantique. Mais attention, à sa manière bien sûr. Ecrit pour son comédien fétiche Joaquim Phoenix et pour la belle Gwyneth Paltrow, qui souhaitait collaborer depuis longtemps avec ce génie moderne, Two Lovers sera une œuvre plus intimiste que ses précédents travaux sans pour autant se délester de la part inéluctable de noirceur tragique chère au cinéma du cinéaste. Et comme à son habitude, James Gray parvient une fois de plus à transfigurer un simple récit, en l’occurrence ici une histoire d’amour, en quelque chose de bien plus profond et torturé.

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D’un simple triangle amoureux, Gray complexifie ses personnages pour hisser son film au rang de puissante et poignante histoire sur des âmes écorchées. En tête, Joaquim Phoenix, tout d’abord, qui interprète tout en retenue, un jeune homme paumé en proie à de légers troubles psychologiques pas toujours perceptibles mais intrinsèquement là. Sa rencontre avec une belle et nouvelle voisine va apporter davantage de complication à une vie qui en avait déjà suffisamment. Coincé entre la pression familiale et les traditions et ce nouvel amour vif et intense lui faisant ressentir pour la première fois des émotions qu’il ne soupçonnait pas par habitude d’un quotidien ennuyeux, facile et linéaire, Leonard plonge dans un vacillement personnel à la fois exaltant et douloureux le menant à une crise existentielle lui imposant un choix déterminant pour le reste de sa vie, entre bonheur possible et fragile ou conformisme tranquille mais dénué de sensations faisant de la vie, une aventure forte, peut-être dangereuse mais potentiellement belle. Ces deux chemins impliquant deux types de vie diamétralement opposées, sont personnifiés par deux femmes lui offrant deux possibilités de construction identitaire. Michelle (Gwyneth Paltrow), sorte d’ange déchu venu de nulle part, est jeune femme paumée, perdue et limite dépressive, dont les émotions insouciantes vont s’entrechoquer avec celles de notre héros à fleur de peau. Avec elle, c’est la découverte de l’amour librement choisi, de la passion insaisissable, du souffle revigorant faisant battre un cœur comme jamais auparavant. C’est tout simplement la vie qui s’éclaire et s’illumine de mille feux. Mais c’est aussi le risque d’une relation fragile, déjà fragilisée par les errements psychologiques de deux êtres peu stables, trop entiers. Avec Sandra (Vinessa Shaw) c’est l’opposé même de la passion. C’est la possibilité d’un amour sûr, tranquille, qui n’atteindra jamais une intensité vibrante mais qui ne souffrira par ailleurs d’aucun remous, d’aucun soubresaut. Entre le fleuve calme et lent et la rivière remuante et tempétueuse aux courants vifs et sinueux, Leonard doit choisir plus qu’une relation, il doit décider de qui il sera, de quoi sera faite sa vie, de comment il va la vivre.

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Joaquim Phoenix vient prêter tout son charisme énigmatique au personnage de Leonard, être à la profondeur résonnante, à la fragilité désarmante, perdu dans un tourbillon auquel il ne s’attendait et bousculant des contrevérités de vie qu’il avait accepté. Gwyneth Paltrow, quant à elle, bouscule ce drame romantique tragique par son interprétation tout en sensibilité criante. En retrait et très sobre dans son jeu, Vinessa Shaw vient compléter ce trio en apportant la caution stabilité à cette histoire entièrement basée sur l’émotion pure et sur ses personnages remarquablement écrits. Et pour quelques moments de magie, Elias Koteas ou encore Isabella Rossellini viennent parachever ce casting cinq étoiles.

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Si le choix du sujet abordé par James Gray aura pu étonner à l’annonce du projet, le brillant cinéaste montre une fois de plus ses talents d’écriture en transfigurant ce drame romantique à un niveau rarement atteint par le genre. Touché par la grâce d’un auteur ayant la faculté d’apporter profondeur et exploration des sombres aspects de la fragilité humaine, Two Lovers tend vers le magnifiquement subtil, enfonce les portes du mélodrame pour se nourrir d’une humanité poétique portant ce drame bouleversant vers des sommets amers, loin de toute légèreté frivole et ancré dans le tragique de l’existence où les émotions fortes sont aussi précieuses et utiles que destructrices.

Bande-annonce :

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