SILVIO ET LES AUTRES de Paolo Sorrentino : la critique du film
Sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Loro
Père : Paolo Sorrentino
Date de naissance : 2018
Majorité : 31 octobre 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : Italie
Taille : 2h38 / Poids : NC
Genre
: Biopic, Comédie

Livret de famille : Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio…

Signes particuliers : Un « biopic » à la démesure de son personnage.

BERLUSCONI, LE BOUFFON DE SORRENTINO

LA CRITIQUE DE SILVIO ET LES AUTRES

Synopsis : Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

Chez Mondociné, on aime Paolo Sorrentino, depuis toujours et on espère pour toujours. De L’ami de la famille à La Grande Bellezza en passant par Il Divo ou le magnifique Youth, le réalisateur italien a toujours su nous fasciner par la richesse de ses univers couplée à un formalisme étincelant. Après trois ans d’absence, Sorrentino est de retour avec Silvio et les Autres, une œuvre fleuve autour de la figure bouffonne et grandiloquente de Silvio Berlusconi, campé par le toujours excellent Toni Servillo, le comédien fétiche du metteur en scène. De base, le film est composé de deux parties d’environ 1h40 chacune. Mais à l’international, ce sera sous une version unique réduite à 2h30 environ qu’il sera à découvrir.

Ce n’est pas avec Silvio et les autres que les détracteurs de Sorrentino se réconcilieront avec le cinéaste italien. Comme à son habitude et dans l’esprit de Il DivoLa Grande Bellezza, le metteur en scène livre une œuvre cinématographiquement baroque, chargée et clinquante dans le style comme dans l’écriture, le montage ou la musique. Cet esprit d’exagération artistique permanent risquera d’en rebuter plus d’un à la découverte de Silvio et les Autres, d’autant que Sorrentino en vient presque à parfois surdoser son art jusqu’à l’excès boulimique au risque de caricaturer les codes de son cinéma démonstratif en flirtant avec le trop-plein indigeste. Mais ce serait oublier que plus que jamais, ce parti pris formel est à mettre en adéquation avec le personnage dont il parle. Silvio et les Autres est à l’image de Berlusconi lui-même, excessif, imposant et tape-à-l’œil. Le film est bruyant, comme Berlusconi est envahissant, il est harassant, comme Berlusconi est fatiguant, il est boursouflé et outrancier, comme Berlusconi peut l’être aussi. Et parce que l’homme a toujours semblé incontrôlable et sans limites, Silvio et les Autres ne s’en impose aucune, s’autorisant toutes les dérives pour épouser la personnalité de son sujet. En quelque sorte, on pourrait presque dire que Silvio est un film aussi mal-aimable que son « héros ». Était-ce la meilleure façon de procéder pour en tirer un portrait satirique à la verve grinçante ? Difficile à dire et chacun aura son avis sur la question, mais une chose est sûre, Sorrentino fait une proposition forte, que l’on aimera ou détestera.

Derrière le regard purement formel où les musiques s’enchainent et répondent aux nombreuses images de femmes à poil dans un gigantesque tourbillon pop, il y a le fond. Dans l’esprit d’un Nanni Moretti de la grande époque mais en plus ostentatoire dans le geste (Silvio est ainsi très différent de Caïman par exemple), Sorrentino se montre corrosif, très acerbe et virulent, sans toutefois pousser le bouchon jusqu’à ce point de non-retour où l’on ferait un rejet total du personnage. Car curieusement, le Berlusconi de Silvio amuse, séduit, et s’attirerait presque de l’empathie par son côté trivialement pathétique. Mais attention, Sorrentino ne cherche pas à excuser son sujet, ni à le rendre sympathique. Du moins peut-être sur la forme mais certainement pas dans le fond. Son portrait « fictif mais documenté » reste une charge hardie à l’encontre de l’ancien leader de l’Italie, et une charge hardie à l’encontre de l’Italie elle-même qui l’a adoubé, séduite comme des moutons par son bagou légendaire. A ce titre, la séquence d’ouverture très fellinienne dans l’âme montrant un mouton dans un salon, givré sur place par une climatisation défectueuse car trop happé par les émissions débilitantes de la télé berlusconienne, est une métaphore qui annonce d’emblée la couleur. Dans Silvio et les Autres, Berlusconi y est montré comme un vendeur, qui a bâti empire médiatique et carrière politique sur la foi de sa tchatche et de son pouvoir de persuasion pour vendre de l’air, en hypnotisant les masses faibles. Berlusconi se vendait lui et ses idées comme il aurait vendu des télés ou des appartements. Seul le résultat comptait, au mépris de la sincérité, seul le pouvoir importait, au mépris des intérêts de ses concitoyens. Celui que l’on surnomme toujours « Lui » dans le film histoire de le placer sur un piédestal distingué, est dépeint comme une sorte de monarque christique autour duquel gravite une petite cour de gens insignifiants désireux de croquer un peu de son pouvoir en zonant dans son ombre. C’est d’ailleurs sur eux que se concentre la première moitié du film, cette fourmilière aux insectes fascinés gravitant dans le sillage du « Roi Silvio ». Alors oui, Silvio et les Autres est une œuvre difficile à digérer car portée par une démesure à l’image de son protagoniste. Une démesure à double tranchant, logique dans la démarche artistique mais qui peut-être parfois pénible à regarder sur la durée, d’autant que la narration imprévisible participe à noyer un peu le spectateur à l’image de cette construction à deux temps pas forcément dès mieux maîtrisée. Possible que la version intégrale de 3h30 donne un peu plus d’air au (très) long-métrage. On le saura si elle sort un jour en vidéo et on ne manquera pas d’en reparler mais dans l’état, Silvio et les Autres est une œuvre complexe, tantôt fascinante, tantôt agaçante. Comme Berlusconi encore une fois.


BANDE-ANNONCE :

Par David Huxley

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