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NOMADLAND de Chloé Zhao : la critique du film

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Carte d’identité :

Nom : Nomadland
Mère : Chloé Zhao
Date de naissance : 2020
Majorité : 09 juin 2021
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h48 / Poids : NC
Genre : Drame, road-movie

Livret de Famille : Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest…

Signes particuliers : Pas forcément le meilleur Chloé Zhao mais qu’est-ce que c’est beau !

 

 

SUR LES ROUTES DE L’AMÉRIQUE PROFONDE…

NOTRE AVIS SUR NOMADLAND

Synopsis : Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, Fern décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. De vrais nomades incarnent les camarades et mentors de Fern et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain.

Chloé Zhao est une cinéaste dont le nom se conjugue au plus-que-parfait. En trois longs-métrages, la réalisatrice d’origine chinoise a imposé un talent qui n’a d’égal que la beauté de ses œuvres. Chapitre 1, Les Chansons que mes frères m’ont apprises, son premier film en 2015, d’emblée porté aux nues à Sundance puis à Cannes. Un accueil mérité pour un film qui allait dessiner son style à mi-chemin entre la fiction et le documentaire. Chapitre 2, The Rider, deux ans plus tard. Cannes à nouveau, Deauville ensuite et à nouveau un coup de cœur confirmant que Chloé Zhao n’a pas son pareil pour arracher des émotions extirpées de l’authenticité de ce qu’elle filme. Chapitre 3, Nomadland, couronné à Toronto et à Venise (un doublé inédit). Cette fois, Chloé Zhao laisse un peu de côté l’aspect très documentarisé de ses deux précédents longs-métrages et signe une pure fiction quoique basée sur un livre (Surviving America in Twenty-First Century de Jessica Bruder) et sur du concret. On ne se refait pas. Si Nomadland est une histoire imaginée, ce qu’elle raconte puise ses racines dans une réalité américaine, celle que Zhao radiographie depuis six ans maintenant avec son cinéma clairvoyant.

Dans Nomadland, Fern une sexagénaire du Nevada, a tout perdu durant la crise économique de 2008. Veuve, elle décide de partir sur les routes avec une camionnette aménagée comme domicile de fortune. Au volant de son vieux coucou à quatre roues, elle va sillonner l’Ouest, telle une nomade des temps modernes. Une expérience qui, au gré de ses rencontres avec d’autres nomades comme elle, va lui (et nous) offrir un regard sur l’état d’un pays peuplé de laissés-pour-compte. Comme toujours, le cinéma de Chloé Zhao transpire l’authentique, le vrai, le tangible. Comme d’habitude, il épouse un regard social et sociétal à la fois fort et pertinent. Et comme d’habitude, la cinéaste délivre une œuvre poignante, profondément humaine et d’une justesse à toute épreuve. Porté par une exceptionnelle Frances McDormand (comme toujours à vrai dire) oscarisée pour sa prestation, Nomadland n’est pas qu’un voyage façon road-movie existentiel teinté d’un parfum de western contemporain. S’il prend ce chemin et use de ses codes, l’intérêt de Chloé Zhao n’est pas l’aventure en soi mais ce qui se trouve sur les chemins qu’elle emprunte. A savoir un portrait de l’Amérique, son pays d’adoption, qui vit dans une espèce de désenchantement mélancolique où les maux infligés par la crise économique de 2008 n’ont jamais cicatrisé. Mais dans cet étrange état qui pourrait en appeler à une ambiance de post-apocalypse sociale, il reste des gens vrais, de la solidarité, des mains tendues. C’est comme ça que vivent les laissés-pour-compte, les oubliés, dans l’entraide car il ne reste plus que ça du glorieux passé révolu d’une Amérique désormais effritée.

Ode à la liberté et au renouveau, Nomadland est souvent magnifique même si la partition de Chloé Zhao n’est peut-être pas aussi « plus-que-parfaite » que d’ordinaire. La faute à un récit qui pioche un peu par moments et qui se laisse emporter par ce qu’il veut mettre en lumière (excès de positivisme en réaction au désespoir). Et puis il y a cette musique, tellement reconnaissable qu’elle en devient une « marque de fabrique » trop dominante. Cette musique, c’est celle de Ludovico Einaudi, monsieur « j’ai fait le thème d’Intouchables et depuis je recycle inlassablement les mêmes accords au piano« . Mais bon, on peut pardonner quelques fausses notes (sans mauvais jeu de mot) car même avec 2-3 petits défauts, le cinéma de Chloé Zhao reste bien au-dessus de la majorité du cinéma américain actuel. On n’a franchement pas hâte de la voir aller s’empêtrer dans le moule formaté de l’écurie Marvel (changement de registre drastique, son quatrième film sera le super-héroïque The Eternels) car c’est certainement pas là qu’est le cœur du cinéma « zhaoien ». Mais on ne demande qu’à être surpris.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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