WONDERSTRUCK de Todd Haynes : la critique du film
Sortie cinéma / Festival de Cannes

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Carte d’identité :
Nom : Wonderstruck
Père : Todd Haynes
Date de naissance : 2017
Majorité : 15 novembre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h57 / Poids : NC
Genre
: Drame

Livret de famille : Oakes Fegley, Millicent Simmonds, Julianne Moore, Michelle Williams, Amy Hargreaves, Cory Michael Smith…

Signes particuliers : Un « petit » Todd Haynes, anecdotique et bourré de défauts.

LA MIGNARDISE DE TODD HAYNES

LA CRITIQUE DE WONDERSTRUCK

Résumé : Sur deux époques distinctes, les parcours de Ben et Rose. Ces deux enfants souhaitent secrètement que leur vie soit différente ; Ben rêve du père qu’il n’a jamais connu, tandis que Rose, isolée par sa surdité, se passionne pour la carrière d’une mystérieuse actrice. Lorsque Ben découvre dans les affaires de sa mère l’indice qui pourrait le conduire à son père et que Rose apprend que son idole sera bientôt sur scène, les deux enfants se lancent dans une quête à la symétrie fascinante qui va les mener à New York. 

WonderStruck

Moins de deux ans seulement après le succès critique de son excellent Carol, tout bonnement l’un des meilleurs films de l’année 2015-2016, Todd Haynes est déjà de retour avec une nouvelle adaptation, cette fois-ci d’un roman graphique de Brian Selznick originellement intitulé Black Out. Conte doux-amer à mi-chemin entre Roald Dahl et Dickens, Le Musée des Merveilles s’offrait au spectateur comme une œuvre où Haynes venait marcher sur les plates-bandes de Spielberg, mais en amenant avec lui, son style si personnel et son pouvoir de fascination. L’attente était énorme du côté de la Croisette où il a été à la Compétition Officielle, et la déception n’en fut que plus grande.

WonderStruck

Passé le choc formel face à une esthétique sidérante de virtuosité alors que le cinéaste alterne un noir et blanc sur-travaillé et une couleur finement étudiée selon les époques du récit, le tout assemblé dans un montage parallèle envoûtant et conduit avec une intelligence rare, Le Musée des Merveilles s’effrite sous le poids de ses carences. Et aussi fou que cela puisse paraître, le génial Todd Haynes de signer une œuvre mineure, pour ne pas dire anecdotique. On n’ira pas jusqu’à cet extrême tant un Todd Haynes plus faible reste un Todd Haynes, mais avouons que le cinéaste loupe un peu le coche de ce qui aurait pu être un chef d’œuvre du genre. Pourtant, tout partait bien. Avec beaucoup de finesse et de savoir-faire, Haynes nous attache vite à ses personnages, l’une des qualités premières de son cinéma. Ainsi, on se prend d’affection pour ce gamin dévasté par la récente disparition de sa mère et en quête de réponses quant à l’identité de son père. Puis on se prend ensuite d’affection pour cette petite fille malentendante dont la vie se déroule un demi-siècle plus tôt. En 1927, alors que le cinéma muet est sur le déclin dévoré par l’avènement du parlant, la jeune Rose fugue le domicile familial sur lequel règne en maître son père tyrannique. Elle part pour New-York, à la recherche de sa mère, une vedette du septième art que Todd Haynes formule en clin d’œil à Lilian Gish. Parallèlement, les deux enfants fuient pour la Grosse Pomme, parallèlement, ils sont à la recherche d’un parent, parallèlement, ils doivent affronter leur surdité (de toujours pour Rose, récente pour Ben) et parallèlement, ils se sentent seuls et cherchent à combler ce vide existentiel.WonderStruck

Mais voilà, d’un bout à l’autre, Le Musée des Merveilles semble manquer de quelque chose. Pas forcément d’émotion car Todd Haynes arrive à en insuffler un peu à travers ce double récit initiatique où le charme et la naïveté de l’enfance opère. L’émotion est donc bien là, même si elle paraît un peu artificielle et superficielle. Et voilà, le terme est lâché. C’est de ça dont souffre vraiment Wonderstruck (son titre original). On a beau s’émerveiller devant une œuvre quasi onirique à la beauté enchanteresse, on a beau s’attendrir devant ces deux récits plein de charme, on a beau être séduit par les interprétations héroïques de ces deux jeunes acteurs (dont Millicent Simmons réellement malentendante dans le vie) et on a beau être fasciné par les expérimentations plastiques et auditives orchestrées par Todd Haynes, tout sonne un peu creux, tout semble un peu manufacturé, tout sonne un peu toc et artificiel. Au fond, en voulant plaire au jeune public, Todd Haynes a tellement balisé le parcours de son film en lui enlevant tout parfum de mystère, qu’il lui a ôté au passage, subtilité et profondeur. Et l’édifice manquera de peu de s’écrouler quand, sur la fin au moment de dévoiler son twist attendu, on se rend compte que Le Musée des Merveilles ne tient tout simplement pas debout, que son histoire toute entière repose sur un trou béant de scénario, comme si Todd Haynes avait oublié de tourner une partie de son film et s’en était rendu compte trop tard. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le ressort bien préservé, mais reste que cette aberration laisse dubitatif. Et au final, de se dire que ce Musée des Merveilles est un joli film, aléatoirement bien ficelé, touchant et efficace, mais incapable de dépasser ce simple stade, où l’on n’avait pas l’habitude de voir Todd Haynes se reposer. De sa part, on attendait plus, on attendait mieux, on attendait plus magistral et moins simpliste en dehors d’une forme très élaborée. Reconnaissons lui au moins cela.

EXTRAIT :

Par Nicolas Rieux

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