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MIDNIGHT RUNNER de Hannes Baumgartner : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Der Laüfer
Père : Hannes Baumgartner
Date de naissance : 2019
Majorité : Prochainement
Type : Sortie en salles
Nationalité : Suisse
Taille : 1h32 / Poids : NC
Genre : Biopic, Drame

Livret de famille : Max Hubacher, Annina Euling, Sylvie Rohrer…

Signes particuliers : Une plongée fascinante dans les tourments d’un criminel en série. Le premier film d’un cinéaste à suivre !

 

(Sortie initialement prévue le 18 mars – repoussée)

UN DOULOUREUX DÉSÉQUILIBRE

NOTRE AVIS SUR MIDNIGHT RUNNER

Synopsis : Jonas Widmer est l’un des meilleurs coureurs de fond en Suisse. Sa grande ambition est de courir le marathon aux Jeux Olympiques. En parallèle, il est cuisinier et s’apprête à emménager avec sa petite amie, Simone. Mais cette vie bien normée, Jonas la conduit méticuleusement et au prix d’efforts surhumains pour ne pas céder aux pulsions meurtrières qui l’envahissent. Incapable d’exprimer sa souffrance émotionnelle, la vie de Jonas se transforme progressivement en un parcours d’endurance pour ne pas sombrer.  

Pour son premier long-métrage, le Suisse Hannes Baumgartner a frappé fort et inscrit son nom dans la liste des jeunes cinéastes de demain très prometteurs et à suivre de près. Présenté dans de nombreux festivals, Midnight Runner a souvent fait parler de lui. Pourtant, l’affaire n’était pas gagnée sur le papier puisqu’en racontant l’histoire (vraie) d’un criminel en série, Baumgartner s’essaie au drame/thriller psychologique sur un thème mainte et mainte fois traité à l’écran. S’il change les noms, Midnight Runner est basé sur l’authentique histoire de Mischa Ebner, un coureur de fond helvète qui était en passe d’aller aux Jeux Olympiques quand il a été confondu. En effet, depuis quelques mois dans le canton de Berne, de jeunes femmes se faisaient agresser la nuit. Pendant la traque, l’agresseur avait été surnommé « l’assassin de minuit ».

Avec Midnight Runner, Hannes Baumgartner ne se contente pas de signer un simple portrait d’un tueur. Le cinéaste va creuser, creuser, encore et encore, jusqu’à extirper de son sujet toutes les couches qu’il était possible d’en tirer. L’intention était d’essayer de comprendre comment un sportif de haut niveau a pu basculer, comprendre son cheminement d’une violence latente et enfouie jusqu’à l’impossibilité de la contrôler, et la manière dont elle va grandir pas à pas pour envahir son hôte soumis et impuissant face à ses tourments destructeurs. Midnight Runner n’est pas un film sur un criminel en série, c’est un film sur comment s’est construit un criminel en série, allant chercher dans ses plus profonds recoins psychologiques pour expliquer un parcours sans tomber dans la superficialité de comptoir façon « psychologie magazine ». Le résultat est fascinant. Porté par un comédien (exceptionnel Max Hubacher) qui fait plus qu’endosser un rôle, qui l’incarne dans chacun de ses gestes, regards, respirations ou paroles, Midnight Runner impressionne par son intelligence, par sa sensibilité tragique, par la violence mentale qu’il sait mettre en exergue avec une justesse sidérante. Par le truchement d’une caméra toujours au bon endroit au bon moment, Hannes Baumgartner saisit parfaitement ce personnage complexe dévasté par une tempête. D’un côté, ses efforts pour se construire une vie stable et solide, avec carrière, petite-amie et famille. Mais cette stabilité est ébranlée par les vents violents d’une terrible colère enfouie, résultat de drame pas vraiment digérée. L’exemple même du jeune homme qui aurait besoin d’un suivi psychologique mais qui s’y refuse au point de s’abîmer dans son mal-être et de voir ses démons prendre le pas.

Comme un petit impact sur un pare-brise. Midnight Runner, c’est l’histoire d’une fêlure non entretenue qui grossit avant de se fissurer puis de craquer. Hannes Baumgartner filme ce déclin post-latence, l’impuissante résistance d’un homme contre lui-même, en déployant une atmosphère lourde, froide, mais étonnamment jamais anxiogène car la sensibilité psychologique du film rattrape ce qui devient non pas une œuvre de jugement mais une tentative d’explication distancée. Ainsi, le cinéaste insiste sur les appels au secours indirects de cet homme malade et conscient de son vacillement. C’est peut-être ce qui rend Midnight Runner et l’histoire de Mischa Ebner si fascinante, cette conscience d’être en train de vriller sans savoir comment stopper l’inéluctable.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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