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DARK WATERS de Todd Haynes : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Dark Waters
Père : Todd Haynes
Date de naissance : 2019
Majorité : 19 février 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h07 / Poids : NC
Genre : Drame, biopic, thriller

Livret de famille : Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins, Victor Garber…

Signes particuliers : Propre, efficace.

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NOTRE AVIS SUR DARK WATERS

Synopsis : Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie… 

C’est l’un des cinéastes les plus intéressants du paysage cinématographique américain actuel et la noblesse de sa filmographie n’a d’égale que la subtilité avec laquelle il creuse incessamment ses sujets en profondeur, pour explorer les tourments et contradictions morales ou politiques de l’âme américaine. Passée la déception de son loupé Le Musée des Merveilles, Todd Haynes plonge à corps perdu dans l’un des plus gros scandales sanitaires de ces dernières décennies. Appelé à l’aide par un fermier de Virginie Occidentale qui imputait la soudaine mauvaise santé de ses vaches à l’entreprise de produits chimiques DuPont venue installer une usine à proximité, l’avocat Robert Billot s’était lancé dans une interminable croisade judiciaire pour prouver l’extrême dangerosité du Téflon. Sous les traits de Mark Ruffalo, Dark Waters retrace son parcours du combattant.

Avec Dark Waters, le sur-talentueux Todd Haynes s’essaie au thriller judiciaire en faisant dans l’hommage affiché (et appuyé) aux thrillers d’enquête paranoïaques des années 70. En premier lieu de ses références assumées, le cinéaste cite les films d’Alan J. Pakula, des Hommes du Président à Klute, exemples auxquels on pourrait rajouter quelques autres classiques plus récents tels que L’Affaire Pélican, Erin Brockovich (sujet similaire) ou Spotlight (même scénariste). Comme chez Soderbergh, il est aussi question d’un combat contre une pollution environnementale des eaux par un grand groupe pétrochimique, ayant eu des conséquences sanitaires graves sur des populations. Dans Dark Waters, Todd Haynes revient sur l’affaire du Téflon qui avait ébranlé la firme DuPont, alors que la dangerosité cancérogène du matériau omniprésent dans nos quotidiens (cuisine, médecine, plomberie…), avait été au cœur d’une gigantesque bataille judiciaire entre un petit David et un puissant Goliath. C’est un paradoxe que tend à montrer le film. Les États-Unis ont des leviers pour défendre ses concitoyens mais dès que des histoires de gros sous sont en jeu, ces leviers se bloquent et des stratagèmes inimaginables se mettent en branle pour étouffer des vérités, contraindre la parole et anéantir la justice. L’affaire du Téflon fut une lutte sur de très nombreuses années. Pourtant, il était question de santé publique nationale (et mondiale). Avec toute la finesse et la qualité supérieure de son art qu’on lui connaît, Todd Haynes nous plonge dans un espace sombre, celui où la justice, la dignité et l’humanité sont mises à mal par des manœuvres impitoyables pour préserver des intérêts économiques.

L’ennui avec tout cela, c’est que Todd Haynes s’enferme un peu trop dans le carcan de sa dialectique judiciaire. Le cinéaste a du mal à s’extirper de ses modèles et flirte avec la limite entre l’hommage et l’imitation peu inspirée, peinant à trouver son propre style au milieu de codes écrasants. Intéressant par son sujet et suffisamment bien charpenté pour tenir en haleine, Dark Waters ne démérite pas et adhère bien à sa route proprement balisée, mais il lui manque un souffle qui le tirerait plus haut que la simple chronique factuelle. Là où Haynes rate son embranchement, c’est dans l’aspect humain qu’il voulait fort pour épauler et étoffer son récit d’enquête. Mais celui-ci peine à exister, noyé dans l’ampleur politique du sujet. Et Dark Waters de finir par se résumer à un exposé critique propre et argumenté, mais dénué d’étoffe narrative en dehors de celui-ci. Malgré d’évidentes qualités formelles comme ce travail sur la photo pour naviguer dans des teintes gris-bleues en accord avec l’austérité de l’histoire, malgré un sujet pertinent et d’actualité et malgré un excellent Mark Ruffalo, Dark Waters laisse un peu sur sa faim, comme une copie sérieuse et appliquée mais manquant de personnalité.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

3 thoughts on “DARK WATERS de Todd Haynes : la critique du film

  1. n’ai pas vu le film, une maladie m’empêche d’aller au cinéma comme je voudrais. mais je vois enfin Tim Robbins à la Une d’un film. Quel personnage joue t’il ? est-il toujours aussi épatant ??

Répondre à meynard David Annuler la réponse

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