JAMES WHITE de Josh Mond : la critique du film [Festival de Deauville]

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james_whitenote 5.5 -10
Nom : James White
Père : Josh Mond
Date de naissance : 2014
Majorité : indéterminée
Type : indéterminée
Nationalité : USA
Taille : 1h28 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Christopher Abbott (James White), David Call (Elliot), Jeanette Dilone (Irene), David Harris (Joe), Ron Livingston (Ben)…

Signes particuliers : Un premier film aussi difficile qu’énergique, Prix de la Révélation au dernier festival de Deauville.

JAMES WHITE IN THE DARK

LA CRITIQUE

Résumé : James White a une vingtaine d’années et mène une vie dissolue le jour comme la nuit à New York. Mais lorsque sa mère tombe gravement malade, il doit alors affronter la réalité et trouver l’énergie nécessaire pour faire face à ses nouvelles responsabilités.james-whiteL’INTRO :

Si James White est son premier long-métrage en tant que metteur en scène après deux courts, le nom de Josh Mond ne nous était pas inconnu avant son arrivée sur les planches de Deauville. Producteur officiant dans le métier depuis une dizaine d’années, Josh Mond s’était surtout illustré derrière le projet Martha Marcy May Marlene, petit chef-d’œuvre ayant lancé la carrière de la talentueuse Elizabeth Olsen, en laquelle il aura cru dès le début. Aujourd’hui, Josh Mond se lance dans l’aventure du long-métrage, et avec réussite puisque son James White est reparti du festival de Deauville avec la prestigieuse distinction du Prix de la Révélation.festivals_jameswhite__article-house-780x440L’AVIS :

Avec James White, difficile de se dire que l’on se lance dans un moment de joie et d’allégresse puisque le premier film de Josh Mond, est un drame particulièrement difficile. Dans un style très épuré et dépourvu de tout artifice stylistique, le néo-réalisateur narre le parcours, sur quelques mois, d’un jeune homme un brin paumé, qui doit faire face au cancer généralisé frappant sa mère agonisante. Tout ça, peu de temps après avoir perdu son père. James White se range dans la catégorie de ces œuvres laissant traîner dans leurs sillages, des avis radicaux. Dans le meilleur des cas, on ressort totalement bouleversé de cette tragédie tristement « banale » mais qui fait toujours un effet choc. Dans le pire, on fera un rejet absolu de ce portrait terriblement réaliste de l’horreur de la maladie et tout ce qu’elle implique. Par l’entremise de ce fils accompagnant impuissamment sa mère tout au long de son calvaire, le spectateur assiste, terrifié, à l’histoire d’un cauchemar du quotidien. Comment soutenir ? Comment être là ? Comment accompagner ? Comment se battre ? Mais aussi, et c’est là toute l’originalité de la démarche de Josh Mond, comment continuer de vivre et d’exister pour soi et non seulement à travers cette fonction de soutien, tout au long d’un processus douloureux ? En somme, James White parlerait presque plus de vie que de mort, malgré son lourd sujet flirtant avec l’austère.james_white_2S’il a beau être crédible et valeureux dans son registre, évitant notamment l’écueil du misérabilisme et du pathos facile, le problème de James White est bien plus profond que ça. Il est à aller chercher dans son postulat de départ, dans sa proposition de fond, un peu comme le Amour de Michael Haneke, il y a trois ans. Même si le cinéaste ne nous force à rien, son effort nécessairement voyeuriste par la force des choses, car scrutant l’enfer de la maladie au plus près, pose un problème majeur : celui de son intérêt ? Au fond, pourquoi s’infliger la contemplation inconfortable de cet accompagnement horrifiant vers la mort ? À t-on vraiment envie/besoin de voir ça sur un écran de cinéma ? Dans le même temps, a t-on besoin d’en être épargné et le cinéma doit-il esquiver un sujet terriblement vrai ? Les opinions seront finalement personnelles et propres à chacun. Une chose est sûre, avec son souci d’authenticité, on sait pertinemment ce à quoi James White va nous confronter, et c’est mal à l’aise, que l’on sera témoin de ses scènes les plus effroyables. Balancé entre ses qualités et ses défauts, James White est le genre de film que l’on a du mal à situer. On lui reconnaîtra bien volontiers, une immense maîtrise cinématographique, une exigence narrative qui soumet admirablement le projet à sa vision, et surtout, on lui reconnaîtra le talent de Christopher Abbott, son interprète principal, qui porte l’entier long-métrage, sur ses épaules.maxresdefaultSuffisant pour louer les mérites du film ? Quelque part, oui. Quelque part, non. James White s’applique à proposer plus que de la peinture désespérée des mois les plus atroces de la maladie d’une victime en phase terminale. Josh Mond essaie d’aborder son sujet selon un angle intéressant et nouveau dans l’idée, il essaie de dégager le regard non de la victime, mais de celui qui l’accompagne, en songeant à la difficulté que représente la conjugaison de ce rôle ô combien exigeant et castrateur, et le besoin de vivre en dehors de l’étouffement de l’assistanat. Ainsi, James White ne quitte jamais le visage de son protagoniste, auquel la caméra se fixe irrémédiablement sans le lâcher une seule seconde, scrutant la pression incessante qui l’habite et qui l’oppresse au point de l’emmener au bord de l’explosion. Le souci, c’est que le film ne parvient jamais pour autant, à créer un attachement particulier qui le lierait au spectateur. James White souffre, pour lui et par procuration, et alors que le film fait tout son possible pour nous accrocher à son quotidien sombre et exténuant, il n’a de cesse de nous en éloigner par son incapacité à créer de l’empathie, malgré sa proximité viscérale, malgré son sujet lourd et pesant, malgré ses intentions. Peut-être un effet de blocage psychologique résultant d’un refus personnel de se confronter à cette réalité désespérée. Reste l’histoire d’un homme confronté au cancer de sa mère. C’est bien, mais encore une fois, l’intérêt de cette entreprise empêtrée dans l’horreur de son sujet sera le point épineux des débats. James White n’est pas un mauvais film sur le principe, c’est juste un cinéma de la douleur dont on se passerait bien, la vie se suffisant à elle-même pour nous balancer trop fréquemment cette douleur à la figure. Josh Mond s’appuie sur sa propre expérience et signe une sorte de catharsis cinématographique personnelle. Au moins, ça lui aura servi à lui, c’est déjà ça.

LA BANDE-ANNONCE EN VO :

Par Nicolas Rieux

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