EXPERIMENTER de Michael Almereyda : la critique du film [Festival de Deauville – Sortie Cinéma]

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Nom : Experimenter
Père : Michael Almereyda
Date de naissance : 2015
Majorité : 27 janvier 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h37 / Poids : NC
Genre : Biopic

 

 

Livret de famille : Peter Sarsgaard (David Milgram), Winona Ryder (Sasha), Jim Gaffigan (James), Edoardo Ballerin (Paul), John Palladino (John), Taryn Manning (Madmae), Anthony Edwards (Miller), Anton Yelchin (Rensaleer), Dennis Haysbert (Ossie Davis), Kellan Lutz (William Shatner), John Leguizamo (Taylor), Lori Singer (Florence)…

Signes particuliers : Un biopic passionnant, à la fois ludique, intelligent et créatif, revenant sur les célèbres expériences du sociologue/psychologue David Milgram.

UNE ÉTUDE DU COMPORTEMENT HUMAIN

LA CRITIQUE

Résumé : Université Yale, en 1961. Stanley Milgram conduit une expérience de psychologie – considérée comme d’une importance majeure encore aujourd’hui – dans laquelle des volontaires croient qu’ils administrent des décharges électriques douloureuses à un parfait inconnu, attaché à une chaise dans une autre pièce. La victime a beau leur demander d’arrêter, la majorité des volontaires poursuivent l’expérience, en infligeant ce qu’ils croient être des décharges pourtant presque mortelles, simplement parce qu’on leur dit de le faire. Par cette expérience, Milgram souligne la propension qu’a tout homme à se soumettre à l’autorité, au moment précis où le procès du nazi Adolf Eichmann est diffusé à la télévision à travers toute l’Amérique. L’opinion populaire comme la communauté scientifique en sont bouleversées. Célébré dans certains cercles ou accusé d’être un monstre manipulateur dans certains autres, Milgram parvient pourtant à traverser les épreuves grâce au soutien de son épouse Sasha.experimenter_photosL’INTRO :

Réalisateur transgenre, aussi à l’aise dans le documentaire que dans la série, le court ou le long-métrage, le cinéaste Michael Almereyda s’était épris de fascination il y a presque dix ans, pour les travaux du psychologue/sociologue David Milgram, dont les désormais célèbres expériences, controversées à l’époque dans les années 60, n’en finissent plus d’inspirer aujourd’hui les réflexions sur la conception du libre-arbitre ou de la responsabilité personnelle. Soumission à l’autorité, le livre phare de Milgram, est aujourd’hui mondialement réputé et c’est sa découverte qui fut à l’origine de l’envie d’Almereyda, de réaliser un film sur ce scientifique qui aura marqué son temps, et la sociologie en général. Aujourd’hui, s’il y a une possibilité pour que le nom de David Milgram ne vous dise rien, ses travaux vous parleront à coup sûr. Deux hommes, séparés chacun dans une pièce. On demande au premier de poser des questions au second dans le cadre d’un test de mémoire. En cas de mauvaise réponse, le « maître » doit lui envoyer des décharges électriques à « l’élève », sans savoir qu’en réalité, ce dernier est complice de la « supercherie », les dites décharges étant factices. L’objectif de ces tests était d’étudier la capacité d’obéissance d’un individu à un ordre donné par une « autorité », ici scientifique, quitte à infliger une forte souffrance à parfait inconnu. David Milgram entendait ainsi, analyser cet aspect du comportement humain relatif à la soumission à un « supérieur », au lendemain d’une Seconde Guerre Mondiale où les pires atrocités avaient été commises car « des ordres avaient été donnés ». Présenté en avant-première au dernier festival de Deauville, Experimenter est un biopic emmené par le toujours excellent Peter Sarsgaard, entouré d’une longue lignée de talents aux rôles plus ou moins mineurs, Winona Ryder, Anton Yelchin, John Leguizamo, Kellan Lutz, Anthony Edwards, Denis Haysbert, Tarin Maning…experimenter_photos2L’AVIS :

Sans nul doute l’un des gros coups de cœur de la 41eme édition de la manifestation normande, au point que l’on pouvait presque regretter de ne pas l’avoir vu figurer dans la compétition officielle, Experimenter est l’un des biopics les plus fascinants de l’année, en cela que son auteur se concentre davantage sur le fond de son sujet au lieu de se contenter de narrer sans profondeur, la vie d’un homme, aussi intéressant soit-il et aussi intéressante soit-elle. Avec une habileté sans faille et armé d’un script à la conduite rédactionnelle captivante, Experimenter nous emmène au-delà de David Milgram, il s’immerge pleinement dans ses travaux, avec d’en extraire et de mettre en exergue, la moelle épinière du propos qui s’était dégagé de ces recherches. En l’occurrence, cette faculté profondément humaine, de laisser l’autorité prendre le pas sur notre propre morale, de toujours se soumettre au conformisme d’une manière ou d’une autre, de lâcher notre libre-arbitre du moment qu’un autre assume l’entière responsabilité des actes commis.experimenter_photos3Michael Almereyda déroule son récit authentique avec une maîtrise cinématographique formidable, avec une créativité épatante, et avec une intelligence de chaque instant, permettant à son film de trotter dans les têtes, longtemps encore après la fin de la projection. Soucieux de ne pas s’enfermer dans la reconstitution théorique poussiéreuse et assommante, le réalisateur use d’une rhétorique lardée de motifs artistiques (héros qui s’adresse au spectateur, jeu avec les décors, métaphores visuelles) permettant à son biopic d’être vivant, de communiquer en permanence avec le spectateur, de l’impliquer, de l’inviter dans son décor théâtral, pour déployer une œuvre à la fois haletante et participative. A la fois sociologique, psychologique et philosophique, Experimenter est à découvrir de toute urgence, plus qu’un film, une véritable « expérience » de cinéma qui traverse l’écran pour nous inviter à réfléchir sur nous-mêmes, sur notre vie, sur notre connexion au monde environnant. Passionnant.

LA BANDE-ANNONCE EN VO :

Par Nicolas Rieux

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