KILL YOUR DARLINGS – OBSESSION MEURTRIÈRE de John Krokidas : la critique du film [Sortie DVD/Blu-ray]

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Nom : Kill your Darlings
Père : John krokidas
Date de naissance : 2013
Majorité : 28 septembre 2015
Type : Sortie Blu-ray/DVD
(Editeur : Metropolitan)
Nationalité : USA
Taille : 1h43 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

 Livret de famille : Daniel Radcliffe (Allen Ginsberg), Dane DeHaan (Lucien Carr), Jack Huston (Jack Kerouac), Ben Foster (William S. Burroughs), Michael C. Hall (David Kammerer), Jennifer Jason Leigh (Naomi), Elizabeth Olsen (Edie)…

Signes particuliers : Méfiance devant les arguments marketing mis en œuvre, vendant un thriller à connotation quasi-horrifique, entre une affiche digne d’un film de genre ou son sous-titre de série B (Obsession Meurtrière) tout droit importé des années 90’s. Kill your Darlings est un biopic dramatique, plongée intéressante dans l’ombre de la rencontre de trois des plus grands auteurs de la littérature américaine du XXeme siècle.

TROIS AUTEURS POUR UN MEURTRE

LA CRITIQUE

Résumé : Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs… ils sont les plus grands écrivains américains du 20ème siècle. Kill your Darlings retrace l’histoire de leur rencontre et de leur révolte contre la société américaine. Au milieu d’une frénésie de fêtes, d’alcool et de passions interdites, tous ces jeunes gens enflammés perdent peu à peu leurs repères… jusqu’au meurtre.kill-your-darlings-3L’INTRO :

Kill your Darlings revient de loin. C’est même un tout autre film que l’on a d’ailleurs failli avoir. En 2008, le réalisateur John Krokidas se lance dans la production de son tout premier long-métrage. Daniel Radcliffe doit y tenir le rôle-titre. Mais un conflit d’agenda avec le tournage des derniers volets de la saga Harry Potter, contraint l’acteur a abandonné ce projet qui lui tenait à cœur. Le film se monte quand même sans son concours, autour de Chris Evans, Jesse Eisenberg et Ben Wishaw. Un autre beau casting, mais qui tombera à l’eau avec l’effondrement du financement prévu. Lorsque quelques années plus tard, Krokidas reprend en mains son projet avorté, Radcliffe est enfin libre. Le comédien retrouve alors son rôle (Allen Ginsberg), Dane DeHaan s’est révélé au grand public et rejoint l’aventure, Jack Huston et Ben Foster intègre le casting (dans les rôles de Jack Kerouac et William Burroughs). Enfin, Michael C. Hall, Jennifer Jason Leigh et Elizabeth Olsen prennent part au projet. Et Kill your Darlings se met alors à faire les beaux jours de plusieurs festivals parmi les plus réputés au monde. Toronto, Sundance, Venise, auront eu l’occasion d’acclamer ce biopic partiel tournant autour de la rencontre de trois des plus grands auteurs de la littérature américaine du XXème siècle. Ils s’appelaient Allen Ginsberg, William S. Burroughs et Jack Kerouac, et leur histoire commune a pris racine sur les bancs de l’Université Columbia, dans le New York des années 1940, là où naîtront les bases de la Beat Generation, sur fond de remise en question de la littérature contemporaine, et de quête de l’ivresse physique et créatrice.

Daniel Radcliffe as Allen Ginsberg, Dane DeHaan as Lucien Carr and Elizabeth Olsen as Edie ParkerL’AVIS :

Ovationné tout au long de sa balade festivalière, Kill your Darlings est une œuvre à deux visages, attractive à certains égards, mais dont les défauts l’amènent à perdre (trop vite) de sa superbe au fil des minutes. Heureusement pour lui (et pour nous), la somme de ses qualités parvient tant bien que mal, à empêcher ses nombreux points de frustration de l’entraîner dans les abîmes, et l’on en retiendra au final, un effort très maladroit, sans être inintéressant. Dans un mélange d’intentions éparpillées, allant du biopic ludique proprement manufacturé au drame psychologique aléatoirement inspiré, en passant par la tragédie romanesque ou le thriller sous tension, dont les oripeaux sont apposés en fond de toile, John Krokidas signe un premier long-métrage erratique, où l’on devine aisément les qualités d’un auteur à suivre, mais encore immature et naïf dans son cinéma. Suffisamment instructif pour accrocher le spectateur à défaut de le captiver et de le séduire pleinement, ce « Cercle des Poètes Disparus » d’un autre genre, s’applique à présenter une petite histoire cachée derrière la grande, mettant en scène une période fondatrice de la jeunesse de ces futurs grands auteurs qui ambitionnaient de révolutionner la littérature de leur temps. En livrant le récit méconnu de leur rencontre au cœur des années 40, alors que l’Europe était à feu et à sang, et que la vie en Amérique semblait suivre son cours, engluée dans un traditionalisme neurasthénique et un puritanisme mortuaire, les conventions artistiques vieillottes et l’absence d’hardiesse créatrice de leurs contemporains, vont fédérer les Ginsberg, Burroughs et autre Kerouac, autour d’une révolte commune. Ils deviendront poètes, romanciers ou écrivains, et leur regard sur l’écriture changera la face du monde littéraire. Démarrant sur des images sombrement léchées et élégantes, Kill your Darlings pose son contexte, avant d’adopter le regard d’Allen Ginsberg, jeune homme plein de rêves lorsqu’il intègre Columbia. La beauté de son entame onirique, va radicalement changer lorsque le film déploiera ses enjeux et le cœur de son histoire. Cette élégante sagesse n’est finalement que le reflet d’un conformisme, que ses protagonistes vont entreprendre combattre viscéralement. Et le film de se diriger vers un ton plus « chaotique », plus « trash », mettant la pellicule dans le cambouis entre nudité, cuites et prises de drogues. Kill your Darlings prenait presque la bonne direction.Kill-Your-Darlings-2013-DannielMais voilà, John Krokidas oublie bien vite ses louables intentions. le réalisateur illustre la naissance de la Beat Generation, ce courant né d’une volonté de briser des codes, de revendiquer l’altérité, d’affronter le conformisme, de s’abandonner aux sens. Et c’est probablement là que le travail du cinéaste se délite sous ses pieds. Un tel sujet requérait une œuvre en adéquation formelle et narrative, avec ce qu’il s’appliquait à raconter. Et Krokidas passe à côté de ce parti pris qui aurait dû soutenir son effort. Car c’est l’emprise qu’il a sur son sujet et le traitement qu’il lui accorde, qui font défaut. Kill your Darlings semble être abandonné dans une perpétuelle hésitation artistique, et quand il tranche en faisant des choix, il part dans la mauvaise direction. Toujours trop sage, restant à la surface des choses, semblant se retenir et s’auto-freiner au point de virer vers un classicisme aux aspérités limitées malvenu (un comble pour un film relatant le récit de trois jeunes idéalistes voulant le réfuter en s’abandonnant totalement à l’ivresse de leur idéologie), l’illustration faite par Kill your Darlings des origines de l’essence de la Beat Generation, ne bénéficie jamais du traitement qu’elle aurait méritée. Quelque-chose de moins lisse, quelque-chose d’articulé à l’ivresse vécue par ses protagonistes, abandonnés à leur étourdissante dérive noyée dans l’alcool, les drogues, les expériences, l’effervescence idéologique bouillonnante décuplant la créativité, voilà ce que réclamait le projet. Or, Kill your Darlings manque de caractère, manque d’énergie, et ne parvient jamais à illustrer son sujet par sa mise en scène ou son histoire hésitante, coincée à un carrefour sans trop savoir quelle direction emprunter.kill-your-darlings-image01Les erreurs de discernement formels et d’intentions, sont ensuite doublées par d’autres mauvais choix, de l’ordre du narratif et du thématique. Errant entre les genres, racontant un peu tout et finalement un peu rien, Krokidas perd de vue son angle moteur et signe une cacophonie dramatique, certes instructive, mais trop disparate dans ce qu’elle raconte, survolant plusieurs choses sans en embrasser aucune avec conviction. Sa conduite narrative manquant de maîtrise, d’exigence et de volonté d’immersion, autant que d’abnégation à saisir la folie de son univers, ne réussit pas à s’extirper du conventionnalisme que son histoire dénonce. Sans doute le tort le plus majeur du film. Krokidas brode autour du récit d’une anecdote au point d’en oublier l’essence même de son récit, délaisse sans cesse les pistes les plus intéressantes de son histoire, alors que le scénario de Kill your Darlings se voit contraint à plusieurs reprises, de sortir les rames pour avancer, autant qu’il se voit obligé d’ajouter des digressions pour se donner de la consistance et s’étoffer un peu, habillant ainsi la pauvreté cachée de son idée conductrice mal ciblée car passant à côté de son propos. Au final, on se retrouve face à un résultat étrange, partition un peu confuse effleurant des idées, caressant seulement ce que l’on aurait voulu voir creusé en profondeur, survolant des directions entrevues mais aussi vite oubliées, ouvrant des portes au final, peu ou mal, explorées. Que raconte vraiment Kill your Darlings ? C’est tout là, le problème. On ne sait pas bien. Visiblement, Krokidas souhaitait se focaliser sur la naissance de la Beat Generation, mais son film dérive, dévie, tourne autour de la question, sans l’embrasser avec force et panache.darling1Côté interprétation, de Daniel Radcliffe à Dane DeHaan, en passant par Michael C. Hall, c’est une galerie de comédiens impliqués qui met du cœur à l’ouvrage dans des rôles forts et exigeants (Daniel Radcliffe n’aura jamais autant cassé son image potter-esque, allant jusqu’à se montrer nu). Mais un brin de surjeu généralisé au détour de quelques séquences disséminées çà et là, fait l’effet de quelques fausses notes glissées au milieu d’une splendide représentation d’un opéra de Verdi par un Grand Orchestre viennois.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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