CHRONICLE (critique)

Partagez cet article

Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Chronicle
Parents : Josh Trank
Livret de famille : Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly, Ashley Hinshaw, Bo Peterson, Anna Wood, Rudi Malcolm…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h23 – 12 millions $

Signes particuliers (+) : Du bon divertissement conjugué au drame plus intimiste. Un arc narratif intelligent et plein de sens avec de vrais thèmes de fond. Spectaculaire sans jamais l’être trop. Peu de moyens mais un film brillant qui damne le pion aux friqués blockbusters.

Signes particuliers (-) : x

 

THE MISFITS AU CINÉMA

Résumé : Trois lycéens découvrent un mystérieux trou aux abords d’un vieux hangar abandonné dans lequel se déroule une grosse soirée étudiante. Après avoir en contact avec une étrange matière, ils développent des pouvoirs dont de grandes habilités télékinésiques…

Attention, grosse claque en vue. Attention, grosse claque reçue. Premier film de l’inconnu Josh Trank ayant officié sur la série The Kill Point et écrit par Max Landis, fils de son père John, Chronicle faisait le buzz sur la toile depuis plusieurs semaines et confirment tout le bien que l’on en attendait désormais en salles.

Probablement quelque part inspiré de la série britannique à succès The Misfits, ce premier exercice est une indéniable réussite, peut-être l’un des films les plus originaux que le cinéma de super-héros nous ait offert ces dernières années, aux côtés des novateurs Defendor, Super et autres Kick-Ass et bien loin, dieu merci, des bouses infâmes façon The Green Lantern et autres Thor ou Captain America. Tout est affaire ici d’intelligence du récit, de profondeur des personnages ne s’effaçant jamais derrière leurs nouvelles habilités mais existant en premier lieu par eux-mêmes. Chronicle est d’ailleurs avant d’être un récit supranaturel, un pur drame intimiste centré sur l’humain avant de se focaliser sur les super pouvoirs dont ils disposent.

Fable sur les difficultés et les joies de l’adolescence, Chronicle tourne en grande partie autour d’Andrew Detmer, jeune garçon introverti brimé à l’école par ses camarades, brimé à la maison par un père alcoolique brisé par un handicap et par une femme gravement malade et mourante mais aussi brimé par une société davantage centrée sur l’argent en lieu de et place de l’humain. Seul, isolé, écrasé de toutes parts, Andrew va voir sa vie changer du tout au tout. Grâce à ses nouvelles habilités, il va se découvrir des compagnons dont un cousin, Matt, duquel il n’a jamais été vraiment proche et une star du lycée, Steve (campé par l’excellent Michael B. Jordan découvert dans la dernière saison de la sublime série Friday Night Lights). Ces nouveaux pouvoirs vont lui apporter confiance et surtout justification. Désormais, Andrew est différent, comme avant, mais même s’il ne peut le partager qu’avec ses deux compagnons de fortune ou d’infortune, il sait à partir d’aujourd’hui au fond de lui que sa différence n’est pas subie mais assumée. Car différent, il l’est désormais. Et comme un animal battu et encaissant depuis trop longtemps, Andrew va finir par réagir, par exploser, par prendre sa revanche en montrant les crocs qu’il n’a jamais pu montrer avant. Chaque humain a sa limite, celle d’Andrew est dépassée depuis longtemps. Le temps des conséquences est donc arrivé.

Chronicle apporte enfin une relecture à la fois innovante et intelligente à un genre qui commençait à sérieusement être à bout de souffle. Sorte de pendant cinématographique à la série évoquée ci-dessus, il va surtout se montrer d’une grande délicatesse et d’une grande finesse dans sa construction et sa gestion des genres en présence. Du drame quasi-social sur les affres de l’adolescence traumatisante, période pouvant être vécue comme intense et réjouissante (Matt et Steve) ou comme un long cauchemar à traverser où la différence est mal acceptée (Andrew) au modeste blockbuster spectaculaire post-apocalyptique, le film de Josh Trank reste sans cesse sur un fil, celui de l’émotion, de l’empathie, de l’intelligence d’esprit, cernant des sujets forts avec une grande finesse. Fort d’un casting d’exception, d’effets spéciaux aussi malins que somptueusement réalisés et d’une grande ingéniosité dans la mise en scène (le film est en partie filmé en caméra subjective mais par un petit coup astucieux, Josh Trank va s’ouvrir les portes d’une réalisation aux possibilités illimitées en terme de mouvements de caméra) ce Chronicle nous offre ce que le genre nous a pondu de meilleur depuis des lustres. Toujours simple, sans jamais tomber dans la facilité extravagante d’un spectaculaire indigeste, privilégiant sans cesse les émotions, les ressentis et la puissance de son arc narratif fort, il est une ode à l’amitié, à la singularité et à la compassion envers autrui tout en gardant une construction grandiloquente digne d’une tragédie shakespearienne que magnifient un trio de comédiens exceptionnels avec en tête Dane DeHaan et Michael B. Jordan.

Teen movie à fleur de peau, comédie réjouissante, drame poignant de super-héros, film d’action spectaculaire, Chronicle est à l’aise dans tous les genres qu’il aborde, sublime aussi bien dans l’écriture que dans la technique. Un vent d’air frais souffle sur Hollywood, la jeunesse prend le pouvoir. Josh Trank n’a que 26 ans et il vole la vedette à tant de réalisateurs se la jouant facile et consensuel, que ce soit sur la qualité du résultat ou en termes de production. Car Chronicle, c’est environ 15 millions de dollars. Quand on pense qu’un Cowboys vs Envahisseurs plafonnent à 150 millions… Voilà qui laisse à réfléchir tant avec ses quinze petites billes, Trank scotche à son fauteuil. Dans tous les cas, Chronicle est une petite merveille qui redonne foi dans un cinéma efficace et intelligent, gracieux et léger mais non sans profondeur conjuguant la délicatesse, la sensibilité et l’émerveillement avec la réjouissance d’un spectacle pop corn dont on trouve du sens au fond du pot.

Bande-annonce :

AVEZ-VOUS VU ? :

Un commentaire à propos de “CHRONICLE (critique)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.