7 PSYCHOPATHES (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Seven Psychopaths
Père : Martin McDonagh
Livret de famille : Colin Farrell (Marty), Woody Harrelson (Charlie), Christopher Walken (Hans), Sam Rockwell (Billy), Olga Kurylenko (Angela), Abbie Cornish (Kaya), Zelko Ivanek (Paulo), Gabourey Sidibe (Sharice), Tom Waits (Zacharia), Harry Dean Stanton (le mormon), Michael Pitt (un tueur du début), Michael Stuhlbarg (l’autre tueur)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : Angleterre
Taille/Poids : 1h50 – 15 millions $

Signes particuliers (+) : Des personnages typiques, des dialogues percutants, une ambiance tarantinesque, voilà ce qui permet au film de tenir debout sans ennuyer.

Signes particuliers (-) : Un manque de rigueur dans l’écriture erratique et bordélique qui ne mène nulle part, doublé d’un grand manque d’inspiration et d’un faux rythme permanent.

 

SEPT À LA MAISON

Résumé : Un scénariste américain est à la peine dans l’écriture de son nouveau script intitulé 7 psychopaths, qu’il souhaiterait non-violent. Son ami Billy, un comédien looser doublé d’un kidnappeur de chien, décide de l’aider en passant une petite-annonce pour lui faire rencontrer de vrais psychopathes. Parallèlement, son dernier kidnapping canin était celui de trop…

Il n’y a pas que les psychopathes qui soient au nombre de 7 dans l’entreprise de nouveau film de Martin McDonagh, réalisateur du férocement drôle Bons Baisers de Bruges. Il y aussi le nombre d’années où le script aura été mis de côté dans l’attente de voir le jour sur grand écran. Le cinéaste irlandais avait rédigé l’histoire de cette délirante virée dans les coulisses d’Hollywood en même temps que celle de son premier film mais l’avait mis de côté pour se focaliser sur Bons Baisers de Bruges. Il faut dire que 7 Psychopathes n’est pas le film le plus facile du monde à monter. Prenant pour cadre un scénariste essayant d’écrire un film d’action, 7 Psychopathes est en quelque sorte une mise en abime du cinéma se racontant lui-même et plus particulièrement, son processus de création. Ambitieuse, cette œuvre aux allures « chorale », prend des risques à vouloir épouser l’aspect de ce qu’elle raconte, prenant forme au fur et à mesure du douloureux processus créatif qu’elle narre par l’entremise d’un scénariste en panne d’inspiration, chouette « héros » de cette nouvelle farce, campé encore une fois par le fidèle compatriote irlandais Colin Farrell. Et qui dit « œuvre chorale », dit grosse distribution. Woody Harrelson sera un psychopathe, une espèce de chef taré d’un groupe de gangsters pouvant tout sacrifier par amour pour son chien, un ridicule mais mignon Shih Tzu. Christopher Walken est une sorte de psychopathes, un du genre inoffensif et apaisé qui se retrouve à déclamer des dialogues ciselés et percutants dont on se souviendra longtemps ! Sam Rockwell est lui aussi un fêlé de psychopathe, pote sans condition ni concession de Colin Farrell, complètement barré et hilarant. Tom Waits est aussi un psychopathe. Harry Dean Stanton est aussi un psychopathe. Et autour de ces fous, Martin McDonagh réunit un impressionnant casting de petits rôles incroyables, comme si tourner avec lui était une sorte de truc à la mode comme il y a quelques années, il était de bon ton d’apparaître dans la série Entourage. Michael Pitt et Michael Stuhlbarg (A Serious Men) ouvrent le bal en duo de tueurs, la bellissima Olga Kurylenko fait office de petite amie passagère, Gabourey Sidibe (Precious) de femme de ménage, Abbie Cornish de petite-amie, Zelko Ivanek d’homme de main et McDonagh se paye même un caméo de luxe sympa avec l’apparition de Crispin Glover alias George McFly de Retour vers le Futur dans une scène de tribunal !

Ecrire un film est un processus délicat, un travail de construction, déconstruction, reconstruction incessant, un travail de mise en forme laborieux, décousu,  confus qui pend du temps et de l’énergie. C’est un peu ce à quoi ressemble 7 Psychopathes, deuxième film donc de Martin McDonagh. Et c’est bien dommage. Concrètement, le cinéaste joue dans le registre de l’exercice de style très appuyé avec un film qui se mue en parabole sur le cinéma en général au fur et à mesure de son déroulement, analysant sa nature intrinsèque en racontant ce qu’il est, comment il est, d’où il vient, vers où il va. Il faut souvent être un grand génie de l’écriture comme de la mise en scène pour s’aventurer sur ce genre de terrain glissant et délicat et même s’il s’est montré doué dans le sens de la rythmique, de l’humour qui tombe à pic et de l’écriture de personnages savoureux pour Bons Baisers de Bruges, c’est insuffisant cette fois pour pouvoir prétendre à venir titiller quelque chose d’aussi difficile, même pour le talentueux irlandais qui échoue sur les récifs de l’ambition. Car 7 Psychopathes était bourré d’ambition. Trop peut-être.

Comme le personnage principal de ce délirium un peu barré sur les bords, le film de Martin McDonagh tâtonne, cherche, se triture le méninges et peine à accoucher de quelque chose de construit. Narrativement, le cinéaste en vient presque à être quelque part irrespectueux vis-à-vis de son audience et du cinéma en général, en lui parlant de construction d’une histoire là où son film est incapable d’en établir une clairement, en échafaudant des théories narratives là où son film manque cruellement de rigueur pour tenir la route. 7 Psychopathes est le récit d’une laborieuse tentative d’écriture qui prend forme progressivement à force d’égarements mais le film prend la même direction, à la ramasse dès qu’il s’agit d’avoir un peu de tenue, de concision et de rigueur. Peut-être trop appliqué dans sa volonté de calquer la forme sur le fond, McDonagh accouche d’une œuvre qui elle-aussi, comme son personnage, tâtonne, se cherche, essaie de prendre forme mais douloureusement. Et malheureusement pour lui, son « idée », son exercice de style, ne fonctionne pas. 7 Psychopathes manque de rythme, manque surtout  d’une gestion du rythme. Sur un ton relativement égal de part en part, sans hausse ni baisse d’intensité, au contraire sans cesse monocorde, c’est une nouvelle fois les qualités premières du metteur en scène qui viennent sauver le film du naufrage absolu.

On sait McDonagh doué pour bâtir des personnages, pour leur donner corps et vie, pour les faire exister. On le sait également très talentueux pour écrire des dialogues venus d’ailleurs, tordants et efficaces. En fait, McDonagh est comme une sorte de Tarantino irlandais et avec 7 Psychopathes, c’est désormais clair. Tout nous rappelle l’univers du génial et cool geek américain. Les références abondent, les réparties jubilatoires sont envoyées avec impact dans des joutes verbales délicieuses, les personnages sont tous très caractérisés et typiques, l’ambiance générale pleine de folie mêle humour et violence sèche… 7 Psychopathes joue avec les codes de son genre et s’amuse beaucoup dans une débauche d’idées mais qui trop désorganisées dans un film vite très décousu.

Pourtant, on ne se sent pas mal dans 7 Psychopathes, on n’est ni fatigué, ni excédé, ni ennuyé au contraire. En fait, la galerie de personnages déglingués, tous interprétés par une brochette de comédiens exceptionnels qui cabotinent à fond pour donner le change et l’humour qui se dégage de ce joyeux bordel, assure l’essentiel et permettent à McDonagh de se tirer sans trop de dégâts d’un film pourtant maladroit et pas vraiment abouti, ramant pour trouver une direction et ne racontant finalement pas grand-chose, ce que le cinéaste camoufle avec beaucoup de bruit pour rien.

Cette nouvelle comédie noire de Martin McDonagh a le cul assis entre deux chaises, à la fois petit délire amusant qui nous emporte par sa folie incontrôlée limite nonsensique et déception de voir le metteur en scène ne pas transformer l’essai, cinq ans après Bons Baisers de Bruges. Parfois indigeste, régulièrement un peu trop bordélique et toujours avec une forme d’absence de rigueur dans l’écriture fine comme générale, 7 Psychopathes croise les Frères Coen et Tarantino non sans talent mais sans réussir à toucher du doigt ce que le film essayait de faire, échouant de peu, comme au pied de la dernière falaise d’un immense massif après en avoir escalader des centaines de mètres. On prend quand même un peu de plaisir dans cette comédie décalée mais dommage qu’il n’en reste quasiment rien après coup…

Bande-annonce :

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