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VOUS NE DÉSIREZ QUE MOI de Claire Simon : la critique du film

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Nom : Vous ne désirez que moi
Mère : Claire Simon
Date de naissance : 2021
Majorité : 09 février 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h35 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

Livret de Famille : Swann ArlaudEmmanuelle DevosChristophe Paou

Signes particuliers : L’intensité d’un échange quasi en temps réel magnifié par un regard soyeux et des acteurs formidables.

Synopsis : D’après Je voudrais parler de Duras, entretiens de Yann Andréa avec Michèle Manceaux, éditions Pauvert / Fayard. Compagnon de Marguerite Duras depuis deux ans, Yann Andréa éprouve le besoin de parler : sa relation passionnelle avec l’écrivaine ne lui laisse plus aucune liberté, il doit mettre les mots sur ce qui l’enchante et le torture. Il demande à une amie journaliste de l’interviewer pour y voir plus clair. Il va décrire, avec lucidité et sincérité, la complexité de son histoire, leur amour et les injonctions auxquelles il est soumis, celles que les femmes endurent depuis des millénaires…

 

L’AMANT DE DURAS

NOTRE AVIS SUR VOUS NE DESIREZ QUE MOI

1982, le jeune Yann Andréa, alors amant de Marguerite Duras depuis deux ans, demande à son amie, la journaliste et femme de lettres Michèle Manceaux, de recueillir ses confessions sur l’étrange passion destructrice qu’il vit aux côtés de l’une des plus grandes écrivains du XXème siècle. Bien des années plus tard, en 2016, l’échange deviendra un livre. Aujourd’hui, le recueil Je voudrais vous parler de Duras est mis en image par Claire Simon (Gare du Nord) avec Swann Arlaud et Emmanuelle Devos. Deux acteurs, une pièce, un entretien filmé en temps réel, tel est le dispositif d’un film que l’on pouvait craindre bavard et monacal et qui s’avère d’une puissance hypnotique.
De par son dispositif totalement statique et radicalement déconcertant (le film ne joue pas la carte habituelle du récit illustré en flash-back), Vous ne désirez que moi avait de quoi sérieusement inquiéter. Comment tenir plus d’une heure trente enfermé dans une pièce ou deux personnes discutent, enfin une surtout, l’autre se contentant de l’écouter et de la relancer de temps à autre ? Basiquement, Vous ne désirez que moi ne ressemble pas vraiment à un film mais plutôt à une interview filmée, fidèle au matériau originel qu’il adapte. Pourtant, et c’est bien là l’exploit de Claire Simon, voir cet homme raconter sa relation aussi passionnelle que torturée avec Marguerite Duras déploie un quelque chose d’inexplicablement fascinant. Très vite, on est saisit par l’histoire qu’il narre, par les mots qu’il choisit, par le mélange de bonheur et de douleur qui se dégage de son vécu. On est saisit par l’intense naturel avec lequel Swann Arlaud incarne ce Yann Andréa fan, amant, exposé, homosexuel… Pourtant très théâtral en soi, Vous ne désirez que moi étonne par sa capacité à faire oublier son austérité pour se charger d’un énorme pouvoir de cinéma. Il va puiser dans le naturalisme de Rohmer, il emprunte parfois le côté collage de la Nouvelle Vague, brisant ainsi son redouté immobilisme pour devenir extrêmement vivant.
Film sur la passion amoureuse dévorante qui peut détruire quand l’un a une emprise et un pouvoir ascendant total sur l’autre (ici la figure tutélaire Duras sur son jeune amant soumis par sa fascination), Vous ne désirez que moi est une splendeur crépusculaire chargée d’intensité. Une intensité qui se traduit non pas par des artifices cinématographiques mais par la capacité de Claire Simon à cristalliser l’essence de cet entretien à travers des plans-séquence langoureux, à travers des inserts de l’œuvre de Marguerite Duras (extraits de films, archives) pour faire exister dans le récit un personnage à la fois central et absent, à travers une volonté de contourner les codes du biopic classique pour proposer une approche différente convoquant des techniques mixtes entre la reconstitution documentaire, la mise en image épurée d’une interview passionnante et l’association raccrochant cet entretien à l’œuvre de Duras.
Vous ne désirez que moi relève de la poésie filmée, de l’étude humaine toute en nuances, de l’invention d’une archive manquante. C’est un film d’acteurs (Swann Arlaud impressionne et s’abandonne totalement à son personnage sans pour autant être performatif), c’est une confession bouleversante, c’est un bijou désarmant qui touche du doigt la quintessence du cinéma-réel.

 

Par Nicolas Rieux

One thought on “VOUS NE DÉSIREZ QUE MOI de Claire Simon : la critique du film

  1. Je partage totalement les critiques élogieuses de ce film, que j’ai eu la chance de voir hier au cinéma Eden de La Ciotat en présence de Claire Simon.
    Un petit bémol, tout petit : quelques séquences, heureusement courtes, filmées « à la Duras » – je ne suis pas fan du cinéma de M.D.
    Pour tout le reste : bravo à Claire Simon. Il fallait faire ce film, de cette façon-là.

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