Mondociné

UNE BALLE DANS LA TÊTE de John Woo : critique et test de l’édition collector

Partagez cet article

Nom : Dip huet gaai tau
Père : John Woo
Date de naissance : 15 mai 2026
Type : sortie en coffret collector Blu-ray 4k 
Nationalité : Hong Kong
Taille : 2h16 / Poids : NC
Genre : Thriller

Livret de Famille : Tony Leung Chiu-WaiJacky CheungWaise Lee

Signes particuliers : Un classique dont on se lasse pas.

Synopsis : Hong Kong 1967. Tandis que les manifestations pro-communistes secouent la colonie britannique, trois amis, Ben, Frank et Paul tentent de subsister malgré leur condition sociale précaire. Devenu assassin malgré-lui le jour même de son mariage, Ben se voit contraint de fuir au Vietnam, accompagné de ses deux camarades. Projetés dans la guerre qui fait rage, les 3 jeunes hommes vont subir les pires revers et humiliations, jusqu’à ce que leur amitié explose…

L’UN DES CHEFS-D’OEUVRE DE JOHN WOO

NOTRE AVIS SUR UNE BALLE DANS LA TÊTE

Si l’ensemble de sa carrière est jalonnée de réussites majeures, John Woo a quand connu un sommet artistique du milieu des années 80 au début des années 90. Une période de grâce où le cinéaste a enchaîné ses plus grands chefs-d’œuvres, Le Syndicat du Crime, The Killer ou À Toute Épreuve. Et au milieu de ces élans de grâce, Une Balle dans la tête en 1990, un film qu’il devait cosigné avec Tsui Hark avant que les deux cinéastes ne se brouillent. Emmené par Tony Leung Chiu-wai, Waise Lee et Jacky Cheung, Une balle dans la tête est même considéré par certains comme le plus grand John Woo. Ça peut se discuter mais c’est recevable tant cette fresque mêlant drame, polar et film d’action est d’une maîtrise inouïe.

On entend parfois parler d’Une Balle dans la tête comme le Voyage au bout de l’enfer de John Woo. Il y a un peu de cela. Il partage avec le film de Cimino le côté fresque intense, le sujet de la guerre du Vietnam, le récit d’une histoire d’amitié qui se fissure. Mais ce qui caractérise le film et lui confère toute sa singularité propre, c’est sa capacité à naviguer d’un genre à l’autre et de changer continuellement de ton sans que l’ensemble puisse paraître désordonné. Au contraire, Une Balle dans la tête est d’une homogénéité saisissante, fruit d’une maîtrise d’écriture et de mise en scène virtuose. Tout commence comme un actioner pas loin du comique. Une fausse piste puisque assez rapidement, le film s’enfonce dans le drame sombre, dans la violence opératique, dans un miroir socio-politique du Hong Kong de la fin des 80’s miné par le spectre de la rétrocession, dans un regard sur les horreurs de la guerre qui défigurent des âmes et révèlent des natures humaines.

Tout le cinéma de John Woo semble se cristalliser dans ce bijou à l’ampleur insondable, comme si les marqueurs de son art de l’emphase trouvaient leur plus parfaite place et justification. Film constamment en mouvement dans son élan artistique, Une Balle dans la tête est autant capable d’une drôlerie un peu bêta que d’une poésie tragique déchirante, d’une violence spectaculaire ou d’une dimension quasi philosophique. Comme son film, John Woo semble toujours sur le fil du rasoir. Mais il se produit quelque chose de puissamment fabuleux dans cette course effrénée vers les abysses où l’amitié indéfectible affronte les dents du pouvoir et de l’argent. Une balle dans la tête est peut-être le film le plus profond, personnel et sincère de son auteur.

L’ÉDITION COLLECTOR DE UNE BALLE DANS LA TÊTE

Quelle édition XXL les enfants ! C’est bien simple, le coffret collector édité par Metropolitan est tellement vertigineux qu’on ne sait même pas par où commencer pour sonder tout ce qu’il offre. Une chose est sûre, la marque « HK Video » est toujours aussi vibrante pour les cinéphiles en général, et les asiatophiles en particulier. Après celles déjà fastueuses de The Killer et A Toute Epreuve sorties récemment, on tient encore une nouvelle pièce de choix pour les collectionneurs amoureux de supports physiques.

D’abord, la technique. Scanné en 4k d’après un négatif original 35mm venu de Hong Kong, le chef-d’oeuvre de John Woo trouve là une nouvelle jeunesse, fruit d’un formidable travail de restauration. Une Balle dans la tête a plus de 30 ans au compteur mais cette nouvelle image est d’une splendeur magistrale. Le grain et le piqué de l’époque sont présents mais soyeux et homogènes, conférant au film un vrai caractère parfaitement équilibré entre respect des textures et netteté moderne. Jamais le film sonne trop numérique, tout comme il ne fait jamais daté non plus. Superbement étalonnée de sorte à respecter les différentes teintes du film (les noirs sont beaux sans être écrasants, les couleurs sont dynamiques sans être saturées), cette édition 4k est en tout point parfaite visuellement.

Côté son, Metropolitan propose deux pistes DTS-HD Master Audio 5.1 restaurées. Avec une VF qui paraît plus puissante que la VO. Mais encore faut-il supporter un doublage français pour un film asiatique, chose toujours très agressive à l’oreille des cinéphiles. Alternative possible, une piste DTS-HD Master Audio 2.0 est également disponible et pour le coup, elle apparaît bien mieux équilibrée.

On en vient au très gros morceau de cette édition maousse costaude : les suppléments. Première chose sur laquelle on tombe en déballant le précieux, un livret de 20 pages sur le film, une affiche dédicacée par John Woo et un jeu de cinq photos. Puis on entre dans le coeur du sujet avec une liste de bonus qui frôle la boulimie. Evacuons d’abord les reprises de bonus anciens ou d’époque. Ils sont au nombre de trois :

  • L’art de la guerre : un entretien de 34 minutes de John Woo enregistrée en 2004.
  • Une interview de 8 minutes de Terence Chang (producteur) enregistrée également en 2004.
  • Une série d’interviews inédites chez nous de John Woo, des comédiens, mais aussi de membre de l’équipe (coscénariste, moteur, coordinateur des séquences d’action)

Mais ce qui fait vraiment le sel de cette édition, c’est l’avalanche de nouveaux bonus présents.

  • Version Midnight Screening (136 min.)
  • « Board Room Ending » : fin alternative de 4 minutes
  • « HK Revisited, épisode 05 »  (53 min.)
  • « Brilliance with A Bullet » : interview de John Woo (43 min.)
  • « Apocalypse Woo » : interview du monteur David Wu (8 min.)
  • « Army of One » : interview du producteur Terence Chang (5 min.)
  • « Head Case » : interview de l’acteur Waise Lee (18 min.)
  • Interview de l’actrice Fennie Yuen (20 min.)
  • « Tumultuous Time » : entretien avec la productrice Catherine Lau (15 min.)
  • « Apocalypse How » : interview de l’historien Lars Laamann (27 min.)
  • « Hong Kong Confidential » avec l’historien du cinéma Grady Hendrix (13 min.)
  • Commentaire audio de l’historien Frank Djeng

Dans le détail, les festivités commence avec la Version Midnight Screenin, une version du film légèrement rallongée de 5 minutes avec quelques nouveaux plans et une scène supplémentaire (où le trio doit boire de l’urine). Pour rester dans les nouvelles scènes, le menu propose également une fin alternative différente de la version cinéma. Puis les anciens du magazine « HK – Orient Extreme Cinema » se retrouvent pour l’épisode 5 de HK Revisited. Pendant 53 minutes, Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon reviennent cette fois sur Une Balle dans la tête et distillent tout leur savoir en parlant de la genèse du film, ses thématiques, ses personnages, ses fins et scènes coupées, mais aussi la mise en scène de John Woo… Passionnant comme d’habitude. John Woo que l’on retrouve dans Brilliance with A Bullet, une nouvelle (et longue) interview de 43 minutes où le cinéaste revient sur son film entre analyse et anecdotes. S’ensuit d’ailleurs une large série d’entretiens, avec le monteur David Wu (8 min.), avec le producteur Terence Chang (5 min.), avec l’acteur Waise Lee (18 min.), avec l’actrice Fennie Yuen (20 min.), avec la productrice Catherine Lau (15 min. d’anecdotes captivantes) ou encore avec l’historien Lars Laamann (27 min.) et l’écrivain et historien du cinéma Gary Hendrix (13 min.). Pour rester dans les historiens justement, l’édition nous offre également l’opportunité de voir le film avec les commentaires audio de l’historien spécialisé Frank Djeng, puit sans fond de connaissance sur le film et qui, en plus d’une formidable analyse sous toutes ses coutures, nous gratifie d’innombrables anecdotes. A tout cela s’ajoutent des bandes annonces et une galerie photos. Alléchant, non ?

 

 

Par Nicolas Rieux

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Close
Première visite ?
Retrouvez Mondocine sur les réseaux sociaux