THE SACRAMENT de Ti West
– Critique – Festival

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068782.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 7-10
Carte d’identité :
Nom : The Sacrament
Père : Ti West
Date de naissance : 2013
Majorité : Prochainement
Type : A déterminer
Nationalité : USA
Taille : 1h39 / Poids : 4 M$
Genre : Thriller

Livret de famille : Joe Swanberg (Jake), AJ Bowen (Sam), Kentucker Audley (Patrick), Amy Seimetz (Caroline), Gene Jones (le père), Kate Lyn Sheil (Sarah), Shawn Parsons (charpentier)…

Signes particuliers : Ti West profite de ses qualités de copycat parvenant à restituer à merveille l’ambiance vintage des films de genre des années 70-80 qu’il affectionne tant, pour revisiter le célèbre drame de Jonestown et la massacre perpétré par le fanatique fou Jim Jones.

GENE JONES vs JIM JONES

LA CRITIQUE

Résumé : Deux journalistes suivent un de leurs amis à la recherche de sa sœur disparue. Quittant les États-Unis pour une destination tenue secrète, ils arrivent finalement à Eden Parish, une communauté religieuse où quelque deux cents âmes partagent l’idéal d’un mode de vie autonome, fondé sur le partage des biens et porté par un chef charismatique que ses fidèles appellent « Père ». Mais des zones d’ombre dans ce prétendu petit paradis vont bientôt être découvertes par les nouveaux arrivants.the sacrament 3 L’INTRO :

Le petit génie de l’épouvante mimétiquement référentielle Ti West (House of the Devil) délaisse un peu le genre pour s’essayer à autre chose, même s’il lorgne toujours de très près vers un cinéma de l’inquiétant. Avoir œuvrer sur quelques anthologies horrifiques en y signant seulement des segments (sur The ABCs of Death ou V/H/S) lui a permis de se dégager du temps pour penser et peaufiner son nouvel exercice et quatre ans après l’excellent The Innkeepers, le voici de retour avec The Sacrement, drame produit par Eli Roth et librement inspiré du tragique massacre de Jonestown en 1978, où le fanatique Jim Jones, à la tête d’une communauté pseudo-religieuse vivant repliée sur elle-même dans une sorte de projet agricole d’inspiration communiste prônant le retour à des valeurs simples et humanistes, l’amour de Dieu et de son gourou-leader, organisa un suicide collectif forcé au cyanure aboutissant à la mort de 908 personnes, dont plus de 400 enfants. Les personnes ayant cherché à échapper à cette folie meurtrière, la pire du genre de toute l’histoire américaine, furent exécutées sommairement par les hommes de main du pasteur fou. Peu nombreux furent les survivants de cet holocauste emblématique de l’épineuse problématique des déviances des dangereux mouvements sectaires.284610.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

C’est à un projet à la fois humble et ambitieux auquel s’est adonné Ti West pour son troisième long-métrage. The Sacrament verse dans le faux récit « fictif », en réalité illustration largement connectée à la réalité d’un fait divers authentique seulement remanié par le cinéaste qui en simplifie la véritable histoire, gardant l’essentiel du déroulé tragique des 48 heures qui ont précédé le massacre mais évacuant certains des protagonistes principaux impliqués à l’époque. On pense notamment au congressiste Leo Ryan, venu enquêter sur la communauté du « Temple du Peuple » et assassiné en tentant d’en repartir pour aller dresser un rapport alarmant qui aurait dévoilé à la face du monde la réalité cachée derrière le visage de façade présenté par cette énigmatique communauté. Un assassinat fondateur puisqu’il va déclencher toute la folie criminelle d’un Jim Jones, sentant sa fin proche. Pour le reste, le réalisateur colle assez fidèlement aux points essentiels de ce qu’il s’est passé ce 18 novembre 1978 du côté de Jonestown.the sacrament

Adoptant formellement la rhétorique du found footage dans un film à la lisière entre le drame glaçant et le film de genre une fois de plus d’inspiration eighties (on pense parfois très lointainement à Cannibal Holocaust), The Sacrament est une angoissante virée aux allures de série B passionnante, nettement plus réussie en l’appréhendant comme une expérience inconfortable évoquant les dérives des mouvements sectaires, qu’abordée par le prisme de l’authentique fait divers sur lequel il se base. Car en collant davantage à la réalité, Ti West aurait sans doute pu livrer un film nettement plus fort et traumatisant. Manque d’ambitions ou contraintes liées à un budget limité ne lui ayant pas permis de retranscrire son intrigue dans toute sa dimension historique, toujours est-il que le metteur en scène souhaitait avant tout faire un film centré sur les personnes embrigadées dans ce type de culte. Et le petit génie d’y arriver avec un relatif brio même si pour les connaisseurs de l’affaire, The Sacrament pourra peut-être décevoir par son manque d’ampleur et de développement.the sacrament 4

The Sacrament saisit néanmoins l’essentiel de sa thématique, se servant de Jonestown comme modèle pour s’attacher à dépeindre l’artificialité de l’image de façade donnée par ces communautés en apparence idylliques, adossées à des idéaux séduisants, mais cachant ses sombres secrets derrière un malaise palpable à demi-mot. Entre discours formatés par les fidèles conférant au lavage de cerveau, élocution perturbante d’un leader charismatique, adoration aveuglée, gêne ressentie et réalité que l’on sent dissonante, Ti West sait intelligemment faire ressortir le trouble qui se dégage derrière les armatures de ces mouvements, avec une subtilité sans cesse inscrite dans les non-dits, l’endoctrinement suspect, dans les coutures apparentes révélant de plus près quelques faux mouvements perceptibles, dans les signes de faiblesses engendrées par les interrogations esquivées etc… Passé la petite déception d’un film n’allant pas toujours au bout des choses et qui aurait pu être  » plus » en tout point (quand on connaît bien l’histoire d’origine, on peut regretter que le portrait de ce gourou déjà bien charismatique ne soit pas suffisamment à la démesure du réel Jim Jones, que le massacre des 908 personnes soit ramené à une centaine de fidèles, que le meurtre de Ryan soit évacué), The Sacrament devient toutefois très vite un terrifiant portrait, documenteur duquel ressort un imposant Gene Jones (fallait le dénicher cet acteur à la tardive carrière au nom sonnant presque comme un homonyme de Jim Jones) parfait en gourou à l’essence fanatique. A ce titre, la séquence de l’interview restera sans doute par sa pureté stylistique, comme l’un des grands faits d’arme symbolisant tout le discours soutenu par le film.the sacrament 2

Grimpant crescendo en tension à mesure que l’on sent le faux équilibre apparent de cette communauté se fissurer sous l’impulsion de l’intrusion des journalistes dans ce cadre de vie à la cohésion seulement tenue par son repliement sur lui-même, The Sacrament impose son atmosphère malsaine avec adresse et Ti West de signer un film quand bien même passionnant et oppressant malgré l’adoucissement qu’il opère vis-à-vis de l’horrifiante histoire réelle.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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