RIDDICK de David Twohy
Critique – en salles – (SF)

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riddick_affiche_05Mondo-mètre :
note 4
Carte d’identité :
Nom : Riddick
Père : David Twohy
Livret de famille : Vin Diesel (Riddick), Karl Urban (Vaako), Katee Sackhoff (Dahl), Jordi Mollá (Santana), Dave Bautista (Diaz), Bokeem Woodbine (Moss)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 18 septembre 2013 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h59
Poids : 38 millions $

Signes particuliers (+) : La galerie de gueules badass, le plaisir de revoir Katee BSG Sackhoff et les répliques bien senties qui vont de pair avec le personnage.

Signes particuliers (-) : La franchise Riddick ne cesse de décroître en qualité. Ce nouveau volet essaie de revenir aux sources après l’égarement Les Chroniques de Riddick mais cumule les problèmes, d’une écriture aux fondations faiblardes à un manque de rythme terrible en passant par une direction artistique affreuse et un recyclage des standards de la SF. Ennuyeux et sans saveur, il existe désormais un fossé entre Pitch Black et ça.

 

RIDDICK PERDU DANS L’ESPACE

Résumé : Riddick se retrouve seul, laissé pour mort sur une planète désolée. Il essaie d’organiser sa survie avant de comprendre que son salut passe par l’activation d’une balise qui attirerait les chasseurs de prime à sa poursuite…

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L’INTRO :

Le retour du duo Vin Diesel-David Twohy à la tête d’un « Riddick’s movie » ne s’est pas fait dans une immense sérénité. Après le joli succès en 2000 de Pitch Black, série B efficace rapidement devenue culte, l’idée de développer une trilogie entièrement dédiée au personnage de Richard B. Riddick, n’a fait qu’un tour. Natif de la planète Furia et criminel endurci ultra-recherché par des hordes de mercenaires en tout genre, Riddick était l’archétype même de l’antihéros de SF badass au possible et le potentiel à exploiter était énorme. Les Chroniques de Riddick (2004) était censé inaugurer cette nouvelle saga placée sous la bannière d’un gros studio (Universal), Pitch Black apparaissant alors comme une sorte de film parallèle. Malheureusement, plus fortuné et policé, le film qui avait vendu son âme, ne connaîtra pas du tout connu le même destin que son prédécesseur. 115 millions de dollars de recettes dans le monde entier pour un budget pourtant considérablement augmenté, passé de 23 à 105 millions. Face à cet échec, pas étonnant du coup de voir qu’il aura fallu pas loin de dix ans pour qu’une sequel ne voit le jour, avec forcément une prise de risque plus limitée, le financement redescendant à 38 millions et la grosse machine de studio redevenant une série B indépendante plus modeste puisque les droits du personnage se sont retrouvés du côté de l’acteur Vin Diesel. Du moins, pour une durée limitée qui, arrivant à échéance, a motivé le lancement en urgence de ce Riddick 2013 pour lequel son interprète a même dû hypothéquer sa maison ! Plus économe certes, mais avec l’avantage d’être affranchi des contraintes d’une gigantesque production « blockbusterisante » et de pouvoir ainsi laisser libre court à une volonté de revenir aux sources de cet univers sombre et violent. Première bonne nouvelle, le casting aligne les « tronches » viriles dans un esprit lorgnant vers une surenchère façon Expendables du bis. Du monolithique Karl Urban (Dredd) au catcheur Dave Bautista (L’homme aux poings de fer), en passant par la sexy Katee Sackhoff (Kara Thrace dans Battlestar Galactica), Bokeem Woodbine (le remake de Total Recall) ou encore Jordi Molla (Colombiana, Bay Boys 2). Ensuite, seconde info attirante, Riddick se paye un classement R, ce qui sous-entend une volonté de revernir à quelque-chose de plus nerveux. Y’avait plus qu’à.

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L’AVIS :

Qu’on se le dise d’emblée, la qualité de la franchise « riddickienne » n’a de cesse d’être en baisse et commence à inquiéter. Si toutefois certains ont pu prendre du plaisir avec le spectaculaire Les Chroniques de Riddick, force est d’avouer qu’il était très loin de l’esprit et des qualités de son modèle originel Pitch Black. Les choses ne vont pas s’améliorer avec ce troisième volet qui ne fait que confirmer la tendance constatée même si la direction choisie n’est pas la même. Poussivement, du haut de ses maigres moyens, le duo Twohy / Diesel essaie de proposer un intense spectacle épique de science fiction qui en réalité, va surtout piller sans vergogne les grands standards du genre pour livrer un plat réchauffé recyclant les restes du frigo. Aliens 2, Predator, Enemy Mine, Star Wars, Planète Hurlante, Mission to Mars, ou une grande partie de la SF des années 60, Riddick pioche un peu partout afin de bâtir sa recette branlante, ne tenant que sur une seule jambe, celle de son maigre concept de départ qui s’essouffle de minute en minute au gré de son script en roue libre. Car affublé d’un arc narratif très pauvre et d’une mécanique exploitant son unique idée de départ en tournant autour pendant près de deux heures, ce dernier volet devient rapidement dangereusement redondant avant de basculer dans l’ennui soporifique. On se serait attendu à pas mal de défauts possibles mais peut-être pas à cette mollesse conférant à la torpeur et donnant lieu à un film plombé par son étonnant manque de rythme, en plus d’afficher de cruelles carences en inventivité, en émotion, en passion, et dans l’ensemble de son dispositif scénaristique aux failles béantes. Une fois installé, Riddick déroule son récit avec un manque d’imagination à faire pâlir et sans sortir des clous qui encadrent sa démarche foireuse et foirée. Pas à pas, il s’enlise dans des tunnels de dialogues de remplissage interminables et dans une monotonie témoin de son absence d’ambition et de créativité.

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Le premier « non-chapitre » était une petite série B racée redoutable, le premier « vrai-chapitre » de la saga a quant à lui basculé dans la grosse machinerie hyper-friquée sans âme ni originalité en-deçà de son univers. Ce second (ou troisième, selon comment on voit les choses) volet essaie de renverser la tendance en renouant avec les fondamentaux de l’initial Pitch Black où la tension prenait plus de place que la seule surenchère de démonstratif spectaculaire de bas étage. Sauf que Twohy semble avoir oublié la recette. Non, le cinéma, ce n’est pas comme le vélo, ça peut très vite s’oublier. Et il ne suffit pas de se reposer sur le charisme de son personnage et du comédien qui l’interprète pour satisfaire le public désireux de retrouver l’âme et les sources d’une saga qui le faisait rêver il y a treize ans.

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Calibré pour assurer le spectacle  en se voulant un actionner SF cool et complaisant, fournissant spectaculaire et note d’humour, Riddick échoue dans sa mission, faute d’aller plus loin. Facile et quelque part cynique dans sa démarche nonchalante, limite je-m’en-foutiste, le film est élaboré pour plaire aux fans du personnage et de la franchise mais déçoit à manquer à ce point d’une vision et à ne jamais s’aventurer plus loin que le bout de son nez. Comme s’il avait été plié en quelques furtives semaines, de l’écriture à la conception en passant par la mise en boîte, reste de cette série B pas loin de descendre dans les lettres, un long tunnel ponctué de quelques maigres scènes efficaces mais déjà-vus, intégrées dans un production design et une direction artistique visuellement très aléatoires, alternant le moche pas terrible et la laideur absolue. La facture cheap de cette bisserie offrant aux aventures de Riddick les galons de trilogie pour les uns ou début de saga pour les autres, aurait pu être pardonnable si le projet avait été pensé et fomenté avec sincérité, passion et rage de convaincre. Malheureusement, même si le duo Diesel-Twohy essaie de faire oublier la médiocrité avouée des Chroniques, il n’empêche que l’on se retrouve seulement avec un embarrassant bouillon mollasson et mortellement ennuyeux dont on a l’impression d’avoir vite fait le tour au point de fatalement s’en désintéresser trop vite. Les fans peu regardants pourront y trouver leur compte en se focalisant sur le plaisir des retrouvailles avec un univers codifié mais les autres seront condamnés à se limiter aux quelques sourires venus des répliques badass du charpenté Action  Man tout en étant ballotés dans un gros n’importe quoi pataud mélangeant sans adresse les genres (on passe du survival au western, de la SF au film d’action avec des détours du côté de la comédie lourdingue). Riddick veut absolument abattre la carte de la différence marquée d’avec son prédécesseur mais le fait dans un extrême opposé. Moins spectaculaire et gommé que son voisin de studio, il est aussi moins intense, moins généreux, moins remuant et bizarrement, ne présente pas plus d’aspérité et par contre un scénario encore plus simpliste. Un comble. Bon allez, on retourne à Pitch Black, c’était quand même nettement plus mâture, sophistiqué, sincère, original et hargneux.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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