OUTSIDER de Philippe Falardeau : la critique du film
Sortie cinéma

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note 3.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Chuck
Père : Philippe Falardeau
Date de naissance : 2016
Majorité : 10 mai 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Biopic, Boxe

Livret de famille : Liev Schreiber, Naomi Watts, Ron Perlman, Elisabeth Moss, Michael Rapaport…

Signes particuliers : Un temps titré The Bleeder, l’histoire hors norme d’un boxeur presque banal.

L’HISTOIRE DU VRAI ROCKY BALBOA

LA CRITIQUE DE OUTSIDER

Résumé : L’histoire vraie de Chuck Wepner, négociant en alcools du New Jersey, qui a tenu 15 rounds contre le plus grand boxeur de tous les temps, Mohammed Ali, lors du championnat du monde poids lourds en 1975, avant de finalement s’incliner par K.O. technique. Durant les dix années où il a été boxeur, celui que l’on surnommait « Bayonne Bleeder » a eu 8 fois le nez cassé, a connu 14 défaites, deux K.O., un total de 313 points de suture… et a inspiré le personnage de Rocky Balboa dans la franchise au succès planétaire Rocky. THE BLEEDER

Le monde entier connaît Rocky Balboa. En revanche, le monde entier ne connaît pas Chuck Wepner. Et pourtant… Sans cette légende de Bayonne dans le New-Jersey, le boxeur le plus célèbre de l’histoire du cinéma ne serait jamais entré dans la pop culture, il n’aurait jamais connu une saga à succès, et n’aurait jamais été couronné de plusieurs Oscars. Chuck Wepner était le vrai Rocky, et c’est sur sa vie méconnue qu’était basé le classique de George Avildsen, sorti en 1976. Peu de gens le savent mais c’est un fait, Rocky était « basé sur une histoire vraie ». Outsider, deuxième long-métrage américain du franco-canadien Philippe Falardeau (Monsieur Lazhar, The Good Lie), revient sur le parcours de ce boxeur « qui a tenu 15 rounds face à l’immense Mohammed Ali ». C’est l’acteur Liev Schreiber, également producteur, qui incarne celui que l’on surnommait « The Bayonne Bleeder » pour sa propension à saigner sur le ring, puis « The Real Rocky » après la sortie du film culte en 1976.

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Outsider (anciennement The Bleeder puis Chuck) s’est attiré les faveurs du public lors de sa première mondiale au dernier festival de Venise. Des louanges amplement méritées tant Philippe Falardeau a su livrer un biopic à la fois intelligent, captivant et attachant, qui n’a de cesse d’impliquer le spectateur dans un vrai drame humain. Car c’est le choix judicieux anglé par le film, détourner le regard du mythe pour embrasser une portée humaine, authentique, réaliste. Image travaillée façon seventies, direction artistique finement étudiée pour recréer une époque, bande originale disco-rock, mise en scène qui en appelle au style ciselé des Scorsese et autres maîtres du thriller américain des années 70, Falardeau n’a lésiné sur aucun motif pour nous plonger au mieux dans l’univers où vient s’ancrer son histoire vraie, celle relatant le destin amer et tragique d’un homme ayant inspiré l’un des plus célèbres personnages de cinéma de tous les temps, avant d’être abandonné dans l’ombre de ce double dont la notoriété l’aura écrasé. Chuck Wepner était une modeste légende locale de la boxe, un symbole de fierté pour une petite ville désœuvrée du New-Jersey, connu pour sa résistance et sa capacité à encaisser les coups. Il n’était pas un grand boxeur, il n’en avait pas l’étoffe, mais il était coriace. Son moment de gloire restera ce combat presque absurde face à Ali, « son moment » à lui, celui qui scellera à jamais son destin et au cours duquel son unique but aura été de rester debout jusqu’au terme des 15 rounds, comme Rocky le fera ensuite face à Apollo Creed.

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Pour Wepner, Outsider est comme un second film sur sa vie. Mais ce second vient le réhabiliter, le remettre sous des projecteurs qui se sont trop vite écartés de lui. Après la version sublimée de sa vie (Rocky) qui aura involontairement participé à précipiter sa déchéance, voici la version plus fidèle et réaliste, celle sur la véritable star restée dans l’ombre de Stallone. Et Falardeau de jouer à de nombreuses reprises avec ces ponts entre la fiction et la réalité, à travers de nombreux clins d’œil à la culture du genre, Rocky bien sûr, mais aussi Requiem pour un Champion avec Anthony Quinn, autre chef-d’œuvre marquant la fascination d’Hollywood pour le monde de la boxe. Des clins d’œil qui ne sont jamais gratuits puisqu’ils participent à la richesse d’un film dont le champ de parole de se limite jamais à dérouler un simple biopic sur le destin singulier d’un homme. Avec Outsider, Philippe Falardeau explore le côté obscur de la gloire soudaine, ou comment celle de Chuck Wepner s’est transformée en un raz-de-marée dévastant tout sur son passage, dans la vie de ce presque anonyme d’un jour devenu une simili-star du lendemain. A travers son parcours au misérabilisme tragique passé son épisode héroïque sur le ring face à Ali, Falardeau en profite pour élaborer une critique du monde de l’entertainement, son hypocrisie, sa lâcheté, son cynisme, sa propension à se fabriquer des icônes fugaces qu’il ne respecte pas. Autant de choses qui ont participé à faire plonger un homme dépassé par les évènements, au fin fond de l’abîme.

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Formidablement incarné par un Liev Schreiber dont le talent ne semble jamais avoir été reconnu à sa juste mesure (et s’il décrochait l’Oscar, comme Rocky il y a 40 ans ?), Outsider est un biopic passionnant, émouvant, drôle et épique, poussant dans la lumière un formidable anti-héros un brin looser, mais véritable showman gouailleur tour à tour charismatique, frimeur, grandiloquent, étourdi par des projecteurs qui lui ont fait miroiter des choses qui lui ont vite échappé. Construit sur l’éternel canevas narratif de l’ascension, la chute et la rédemption d’un homme à la folle destinée, Outsider est le récit puissant d’un homme passé à côté de sa vie, ou dont la vie est passée à côté de lui, avec ses succès et ses nombreux échecs, mais surtout, sa tendre naïveté qui lui aura fait croire qu’il était le roi du monde là où il n’était qu’un pion du monde du spectacle. Hugh Wepner a laissé de sa personne ce jour-là sur le ring face à Ali. Du sang mais aussi une partie de son âme, croquée par la machine du show. C’est ce qu’illustre brillamment Outsider, intense plongée quasi-mythologique au cœur d’une épopée presque tragicomique. Finalement, le pire pour Wepner n’aura pas été ses rêves, mais leur concrétisation.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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