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Le saviez-vous ? : A l’origine, E.T et Poltergeist étaient un seul et même film

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Vous avez déjà entendu parler de Night Skies ? Certains diront « Mais bien sûr, c’est un petit thriller de science-fiction américain tout pourri avec Jason Connery et A.J. Cook ». Alors oui, c’est pas faux, mais ce n’est pas de ça dont on veut parler. Night Skies, c’était aussi le nom d’un vieux projet abandonné de Steven Spielberg. Le genre de projet que l’on aurait été curieux de découvrir même si pour cela, il aurait fallu sacrifier deux voire trois grands classiques du cinéma. Retour dans les années 70…

Au lendemain du triomphe de Rencontres du Troisième Type, la Columbia désirait fort que Spielberg réalise une suite à son hit de SF qui venait de rapporter la bagatelle de 306 millions de dollars alors qu’il n’en avait coûté que 20. A l’époque, ce genre de chiffres était de l’ordre du méga-succès (rappelons qu’une place de ciné ne valait pas 12 balles comme aujourd’hui et par conséquent, 300 M$ représentait une sacrée somme). Sauf que le Steven n’était pas très chaud à l’idée de faire une suite à son chef-d’oeuvre. Néanmoins, il redoutait que le studio la fasse quand même mais sans lui puisqu’aux États-Unis, les producteurs ont quasiment tous les droits sur les œuvres produites (et le réalisateur est souvent considéré comme un « exécutant »). D’ailleurs, le cinéaste en avait déjà fait l’amère expérience avec Les Dents de la Mer, la Universal ayant produit des suites en se passant de son avis. Pour contrer le risque, Spielberg a donc tenté de proposer autre chose à la Columbia, histoire de faire diversion et de satisfaire leur demande… sans vraiment la satisfaire. Son idée ? Faire un film qui ressemblerait à une sorte de Rencontres du Troisième Type mais version horreur ! Pour cela, il s’est inspiré de l’histoire (vraie ?) d’une famille du Kentucky qui s’est dit persécutée par une horde de petites créatures lumineuses. L’affaire Kelly-Hopkinsville avait d’ailleurs fait grand bruit dans les médias et intriguée la communauté ufologique (voir l’histoire ici). Nous étions alors à la fin des années 70 et Watch the Skies se profilait plutôt bien. Pour travailler sur le scénario, Spielberg voulait Lawrence Kasdan mais le bougre était trop occupé à écrire une obscure petite production de science-fiction baptisée L’Empire Contre-Attaque. Spielberg s’est donc tourné vers John Sayles, scénariste de Piranha et de Hurlements. Le projet fut renommé Night Skies et l’affaire avança plutôt bien pendant un temps. Spielberg embaucha Tobe Hooper pour le réaliser (il était débordé avec la préparation d’Indiana Jones) et l’immense Rick Baker pour en signer les effets spéciaux. Ce dernier élabora même un prototype des aliens qui coûta la somme rondelette de 70.000 $. Pour dire que Night Skies était plus qu’en bonne voie. Le script de l’époque tournait donc autour de 5 extraterrestres (11 au départ dans le premier jet) qui s’en prenait aux animaux d’une ferme où vivait une brave famille avec un enfant autiste à charge. Dans l’histoire, il était aussi question d’un des extraterrestres abandonné par ses petits copains sur Terre et qui s’avérait plus gentil que ses congénères. Mais les semaines et mois passant, Spielberg commença à être en proie au doute face au projet, d’autant qu’il avait la tête prise par Harrison Ford qui affrontait des nazis sur fond de chasse à l’arche perdue. Plus très sûr de son coup, il finit par faire lire le manuscrit à Melissa Matheson, une amie et future femme de Ford. Cette dernière fut frappée par une seule chose dans le scénario, l’idée d’un alien gentil qui nouait une relation tendre avec un enfant. Vous voyez le truc venir, non ?

Rick Baker travaillant sur le prototype d’un alien terrifiant pour « Night Skies ».

 

De retour du tournage d’Indiana Jones en Tunisie, Spielberg abandonna définitivement Night Skies pour travailler d’arrache-pied avec Matheson sur cette idée. Ainsi a commencé à naître E.T and Me (le titre d’origine d’E.T L’Extraterrestre). Rick Baker, fort mécontent du temps et de l’argent perdu, s’engueula avec Spielberg et lâcha l’affaire. L’illustre Carlo Rambaldi fut embauché pour reprendre en main le design de la créature extraterrestre. On passe sur les négociations avec le studio qui déclara le film « mort » pour revendre les éventuels droits à une autre compagnie. Universal a sauté sur l’occasion. Et E.T. L’Extraterrestre a donc été lancé en production. Mais quid du film d’horreur d’origine ? Avec E.T., Spielberg reprenait certaines idées du script de base et quelques travaux autour de la créature, mais pas le reste. Frustrant et dommage. C’est là que Poltergeist entre en piste. Produit par Spielberg, le film est l’autre grand héritage du projet Night Skies. Spielberg rappela Tobe Hooper et lui proposa de faire un film d’épouvante où il était une nouvelle fois question d’une gentille petite famille de banlieue persécutée par une entité fantastique. Ainsi est né Poltergeist. Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement là. Dans le tout premier jet du script, les aliens imaginés par Spielberg et John Sayles étaient présentés comme des gremlin-alien, le gremlin étant une créature malicieuse d’une petite taille semblable aux lutins. Pourquoi ne pas recycler également cette idée après tout ! Et hop, Spielberg a été également le producteur exécutif du célèbre Gremlins de Joe Dante. Ou comment faire d’une pierre, plusieurs coups gagnants ! Force est d’avouer qu’il est sacrément malin le tonton Spielberg…

A gauche, le E.T que l’on connaît, à droite, l’alien imaginé par Rick Baker pour Night Skies.

Par Nicolas Rieux

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