LE PRÉNOM (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Le Prénom
Né de : Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte
Livret de famille : Patrick Bruel (Vincent), Valérie Benguigui (Elisabeth), Charles Berling (Pierre), Guillaume De Tonquédec (Claude), Judith El Zein (Ana), Françoise Fabian (Françoise), Yaniss Lespert (livreur)…
Date de naissance : 2011
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h49 – 10 millions €

Signes particuliers (+) : Drôle et féroce. Aucune baisse de rythme dans un huis clos tour à tour vivant, léger, méchant et réconfortant.

Signes particuliers (-) : Les plans en extérieur sont pas très adroitement intégrés.

 

RÈGLEMENT DE COMPTES À O.K. CORRAL

Résumé : Un simple dîner de famille, le prénom d’un futur enfant et c’est toute une soirée qui tourne à la catastrophe entre attaques et règlements de compte…

Le Prénom… En voilà une comédie à la française qu’elle est bonne et qui fait du bien, comme qui dirait. Et qui a fait le plein d’entrées en salles au passage avec plus de trois millions au final, ce qui est rassurant d’ailleurs car pour une fois, le public ne s’y est pas trompé et c’est le bouche-à-oreille qui a fait l’essentiel du travail propageant la satisfaction des premiers spectateurs plutôt enthousiastes devant un film drôle, à la fois méchant et tendre, sur un sujet de prédilection pour la comédie : les légendaires règlements de compte familiaux.

Transposition d’une pièce de théâtre éponyme à succès par ses deux auteurs, Alexandre de la Patellière (le fils de Denys) et Matthieu Delaporte, Le Prénom est un pur huis-clos alimenté par quelques personnages, une réunion familiale tout ce qu’il y a de plus banal, une situation simple et le point avec un grand P qui va tout faire déraper. De là, plus rien n’est contrôlable, un petit rien en entraînant un autre dan un effet boule de neige qui va se terminer en carnage. Et puisque l’on parle de « carnage », rappelons au passage à quel point le registre auquel se confrontent les deux apprentis metteurs-en-scène est compliqué. Si le théâtre sied bien au concept du huis-clos, il n’en va pas de même pour le cinéma et ce n’est pas Roman Polanski qui dira le contraire, lui qui a à moitié trébuché récemment avec son –justement- Carnage qui avait peine à fonctionner.  Alors que De la Patellière n’a jamais conduit de long-métrage et que Delaporte n’a signé qu’un seul film en 2006, le discret La Jungle avec Anémone, Bedos et Guillaume Gallienne, les voilà qui s’essaient à faire passer leur brillante pièce sur grand écran, prenant un risque après 250 représentations triomphales. Mais parce que le sujet est bon, l’essentiel du casting sur les planches suit le mouvement. Patrick Bruel, Valérie Benguigui, Guillaume de Tonquédec, Judith el Zein glissent… Un seul manque à l’appel, Jean-Michel Dupuis, qui sera remplacé par le tout aussi bon Charles Berling, idéal en prof intello de gauche face à son beau-frère, narcissique petit bobo de droite incarné par Bruel.

Le tandem aura finalement réussi son pari. Carton en salles, Le Prénom mérite amplement l’accueil qui lui a été réservé. Car il faut bien avouer que le film est bon, très bon même. Hilarant de bout-en-bout grâce à ses dialogues incisifs et corrosifs, cette guerre des tranchées transformant un salon en champ de bataille où vont être tirés les boulets rouges enflammés fusant au-dessus des têtes de personnages délicieusement écrits non sans une pointe d’amertume et de cynisme, est une réjouissance burlesque montant en puissance au point que le fameux « prénom » présenté comme un mystère devient finalement un détail évacué assez rapidement. Et la suite n’en sera que meilleure ! Avec juste une pincée de dramatique, cette comédie verbale déjantée est l’archétype même du « comment tout part en vrille » dans une réunion familiale qui vire à la catastrophe grinçante jubilatoire.

On sent que Le Prénom est à la base du théâtre et le film n’échappe pas à cette impression d’objet filmique peu cinématographique, plus proche du théâtre filmé que du vrai cinéma. Mais peu importe tant le résultat est délectable. L’acidité fait toute la saveur relevée de cette soupe servie dans une vieille marmite à l’ancienne qui donne toujours de bons résultats. Casting impeccable, dialogues millimétrés, sens du rythme, du tempo humoristique, Le Prénom est le meilleur de la comédie française. Une comme on aimerait en voir plus souvent car une qui est drôle. C’est là toute la nuance avec 95% de ses consoeurs. Et par-dessus le marché, elle arrive à ne pas être stupide. Double-coup gagnant qui nous fait passer très facilement sur les deux-trois menues longueurs qui auraient pu être coupées ou sur le début très emprunté à Amélie Poulain, tout aussi drôle soit-il mais pas forcément utile. Alors, un petit repas en famille bientôt ?

Bande-annonce :

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