LOOPER (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Looper
Père : Rian Johnson
Livret de famille : Joseph Gordon-Levitt (Joe jeune), Bruce Willis (Joe plus âgé), Emily Blunt (Sarah), Piper Perabo (Suzie), Paul Dano (Seth), Jeff Daniels (Abe), Pierce Gagnon (Cid), Xu Qing (la femme de Joe âgé)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h48 – 60 millions $

Signes particuliers (+) : De la bonne SF qui ne mise pas juste sur des effets spéciaux et de l’action pour impressionner mais plutôt sur un script intelligent. Bien réalisé, solide et non formaté.

Signes particuliers (-) : Les ambitions s’entrechoquent parfois avec un sentiment de bricolage narratif et formel.

 

CE SERAIT UN CRIME DE LE LOOPER !

Résumé : Joe est ce que l’on appelle un « looper ». Il vit dans le passé et se charge de remplir des contrats pour la mafia du futur en exécutant les victimes qui lui sont envoyés par voyage temporel. Un système efficace qui a pour mérite de ne laisser aucune trace dans le présent puisque les témoins gênants sont assassinés dans le passé où ils n’existent pas forcément encore. Mais Joe va briser l’équilibre du système en se dressant contre son employeur lorsqu’il ne remplit pas un contrat. et pour cause, la victime envoyée, c’est lui-même plus âgé…

Il s’en est passé des choses depuis Brick en 2005, autant pour le cinéaste Rian Johnson que pour le comédien Joseph Gordon-Levitt. Le premier a signé un second film (Une Arnaque Presque Parfaite avec Adrian Brody, Rachel Weisz et Mark Ruffalo) qui a reçu lui-aussi un très bon accueil à l’instar de son prédécesseur alors que le second a vu sa bonne bouille sympathique être propulsée au rang de star, enchaînant des superproductions du genre G.I. Joe, Inception ou The Dark Knight Rises alors qu’on l’attend prochainement dans le Lincoln de Steven Spielberg. Oui, leur vie respective ont changé et ces deux connaissances de longue date se retrouvent aujourd’hui, sept ans plus tard, dans un contexte complètement différent. Terminés les tournages à 450.000 dollars, argent emprunté à la famille et aux amis. Cette fois, ils partagent un nouveau chapitre de leur vie professionnelle sous l’égide d’un studio avec comme finalité un blockbuster de SF à plus de 60 millions soit une grosse série B de luxe compte tenu du genre qui généralement requiert des moyens beaucoup plus importants. Le budget, c’est d’ailleurs la seule petite inquiétude concernant Looper, titre de ce troisième métrage de Rian Johnson qui, hormis Gordon-Levitt, réunit également Bruce Willis et Emily Blunt. 60 millions de dollars, c’est pas mal mais quand on voit que Total Recall : Mémoires Programmées a coûté près de 200 millions ou que le dernier opus de la saga Resident Evil est budgété à 90 patates, ça fait tout de suite relativiser sur la somme presque dérisoire que représente 60 millions quand il s’agit, avec, de reconstruire tout un univers science-fictionnel plus de shooter un film de près de 2h et avec des stars au générique… Pourtant, Rian Johnson va réussir un nouveau tour de force et la passe de trois. Trois films et pour l’instant trois succès d’estime très apprécié aussi bien par la critique que par le public. Ca commence à imposer sérieusement là pour Johnson qui a tout pour devenir un futur chouchou hollywoodien. Et il faut bien avouer que cette fois, il le mérite bien. Looper est un très bon actionner de SF à la lisière du thriller et du polar crépusculaire. Un film original qui vient confirmer qu’en ce moment, la cinoche américain s’est mis sur son 31 et nous gâte presque chaque semaine avec d’excellents divertissements de qualité comme si l’année 2012 était l’année d’une révolution où les studios avaient enfin décidé d’arrêter de nous asséner de la merde en barre à longueur de temps. Non parce que si l’on refait le fil rapidement et en quelques titres, 2012 c’est rien de moins que : Chronicles, Le territoire des Loups, Killer Joe, Savages, Des Hommes sans Lois, Millenium version Fincher, The Dark Knight Rises, Prometheus ou The Avengers (même si ces deux là sont plus discutés) etc etc… Et ça continue même du côté du cinéma de genre avec par exemple La Cabane dans les Bois question horreur ou Ted côté comédie ! Une sacrée année pour l’instant et Looper vient se joindre à la fête.

Thriller d’action et de SF, Looper est un film ambitieux malgré ses moyens plutôt restreints qui sont compensés par un très grand travail aussi bien d’écriture que dans la réalisation et dans chacun des points qui pourront aider à améliorer la qualité d’un métrage que Johnson ne veut pas trahir. Jamais il ne sera question de voir qu’il s’agit d’une modeste série B en fi de compte. Les moyens du bord seront exploités au mieux pour que Looper soit le plus vertigineux et dense possible, loin des traditionnels blockbusters ricains de base. Et il y arrive le bougre. Johnson prend son temps pour construire un véritable univers propre à son film, à son histoire (ce qui manque à trop de films de SF), univers qu’il développe, agrémente de détails, prenant pour base le concept usité du voyage dans le temps que le cinéaste révolutionne en le traitant avec une originalité démente. Un univers qui s’ancre à la fois dans un futur imaginaire et imaginé et dans une réalité pas si éloignée que ça de la nôtre (le 2044 vu par Johnson a un côté rétro frais et agréable), ce qui a pour effet de le rendre très crédible, très réaliste, très convaincant au lieu de chercher à taper dans la surenchère futuro-évolutrice où tout doit avoir visuellement radicalement changé juste histoire de déployer des prouesses digitales tape-à-l’œil, au mépris de toute logique. Johnson préfère ne pas perdre d’énergie en idioties et se concentrer sur l’essentiel. Univers crédible et riche, fait. En cela, Looper cherche à se rapprocher plus de l’esprit d’un Blade Runner que d’un bêta pseudo-film SF bourrin. Le cinéaste y pose alors son postulat, son histoire de loopers, sorte de tueurs à gage embauchés par la mafia dans le futur pour exécuter des contrats dans le passé pour limiter les traces. Pas besoin d’une heure inutile, Johnson pose ses bases vite et bien, en grande intelligence, utilisant la moindre minute de son film à bon escient. Une fois son riche contexte planté, il peut alors dérouler son histoire, sorte de chasse à l’homme double convoquant des méchants, un « moi du présent » et un « moi du futur » dans une quête à trois têtes où finalement personne n’est vraiment gentil ou méchant mais au contraire, où chacun a ses motivations qui se dessinent progressivement dans un puzzle qui prend une logique implacable derrière sa complexité impressionnante. C’est la grande force de Looper, de jouer avec les apparences, avec les faux-semblants, avec des protagonistes incroyablement bien écrit, jamais tout blanc ou tout noir. Rien ne doit être pris pour acquis car la donne peut changer rapidement, car les personnages peuvent évoluer rapidement dans un sens comme dans l’autre au gré de leur héroïsme ou de leur égoïsme.

Refusant le spectaculaire à outrance, Rian Johnson assène un uppercut bluffant d’intelligence avec ce film d’anticipation au suspens efficace reposant sur un scénario malin et trouble et non pas sur une technique facile débilitante sans profondeur. Son thriller prend tour à tour des allures d’actionner puis de drame puissant, presque shakespearien, où les motivations de ses personnages se confondent dans un tout qui les dépasse et dans lequel ils essaient tous de surnager comme ils le peuvent, conjuguant leurs idéaux, leur nature, leur instinct de survie dans une fresque puissante, presque lyrique, à la profondeur rare dans le genre et certainement pas vue depuis un bail au cinéma. Le film ne dévoilera toutes ses cartes que dans sa toute fin qui viendra boucler une boucle prodigieusement pensée et réfléchie, d’une audace magistrale comme le projet lui-même qui se plaît à vriller vers le hard-boiled sans concession détonnant d’avec la lisse production américaine typique. Looper va loin pour assouvir les velléités de son concept qui se veut au final déchirant dramatiquement parlant. Si parfois le film peut se montrer un peu brouillon, ses quelques défauts sont vite balayés par la maîtrise dont fait preuve Johnson qui épate et envoûte alors que le charme opère assez facilement pour peu de se laisser embarquer par un film qui essaie de faire revivre des modèles du genre au poids écrasant dans l’histoire du registre. Faisant revivre le concept du voyage dans le temps comme jamais, Johnson confirme qu’il est un petit surdoué capable de fulgurance, capable d’allier un script qui atteint l’excellence à une réalisation soignée et à un vrai sens de l’écriture de héros/anti-héros qui s’inscrivent dans une boucle sans cesse en mouvement et en mutation. Ni simple exercice de style, ni bourrinade fatigante, Looper est juste un grand-petit film de SF malin et torturé qui déploie une envergure d’aile insoupçonnée au départ, traversant les genres pour mieux imposer sa maîtrise narrative avant de s’envoler dans la galaxie des plus majestueux représentants de son registre. Le grand cinéma américain est vraiment de retour, tournant le dos au lisse, au fade, au formaté et au consensuel. Et ça fait du bien.

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