LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE de Dominique Rocher : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : La nuit a dévoré le monde
Père : Dominique Rocher
Date de naissance : 2018
Majorité : 07 mars 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h34 / Poids : NC
Genre
: Horreur

Livret de famille : Anders Danielsen Lie, Golshifteh Farahani, Denis Lavant…

Signes particuliers : Un bon film de genre made in France !

LES ZOMBIES ENVAHISSENT PARIS !

LA CRITIQUE DE LA NUIT A DÉVORÉ LE MONDE

Résumé : En se réveillant ce matin dans cet appartement où la veille encore la fête battait son plein Sam doit se rendre à l’évidence : il est tout seul et des morts vivants ont envahi les rues de Paris. Terrorisé, il va devoir se protéger et s’organiser pour continuer à vivre. Mais Sam est-il vraiment le seul survivant ? 

Qu’il est bon de voir le cinéma de genre vivoter en France. Certes, il n’a pas les reins solides mais il existe, il survit, il se démerde. Après les déceptions Revenge et 4 Histoires Fantastiques et en attendant le Ghostland de Pascal Laugier, c’est La nuit a dévoré le monde qui tente sa chance auprès du public. Un jeune réalisateur dont c’est le premier long-métrage, pas de grandes stars au générique exception faite des petits rôles tenus par Golshifteh Farahani et Denis Lavant (le film est entièrement porté par le danois Anders Danielsen vu dans Oslo 31 ou Ce Sentiment de l’été), et un postulat minimaliste, enfermant un homme dans un appartement haussmannien alors que Paris est envahi par des zombies. Rien de dingue sur le papier mais les très bons échos en provenance du dernier festival de Gerardmer se confirment vite, le film de Dominique Rocher est définitivement une bonne surprise.

Sans avoir la prétention de venir jouer les malins qui réinventerait le genre, Dominique Rocher a simplement bien assuré ses bases et récite ses gammes avec efficacité et savoir-faire. Le cinéaste, que l’on sent connaisseur de ses classiques, emprunte beaucoup à droite à gauche, piochant dans des décennies de culture zombie pour confectionner un drame d’horreur intimiste quasi entièrement en huis-clos, observant le cauchemar d’un homme seul qui tente de survivre dans ce nouvel environnement sans sombrer dans la folie. Beaucoup de ruse compense la minceur du budget, beaucoup d’intuition compense le peu d’originalité factuelle, et si La nuit a dévoré le monde ressemble à pléiade de films déjà vus par le passé, des petites idées par-ci par-là parviennent à le rendre intéressant, à l’élever au-dessus du no man’s land d’un genre où l’on trouve à boire et surtout à manger. Autant d’idées pimentant un édifice modeste mais qui tient la route, grâce à un scénario bien ficelé et compartimenté, grâce à une mise en scène soignée et capable de touches d’inspiration, et grâce à un univers qui ne trahit jamais sa réalité désargentée, privilégiant une direction ingénieuse allant plus vers l’étude psychologique que vers l’épouvante facile.

Car clairement, La nuit a dévoré le monde ne cherche pas à terrifier. Trop l’ont déjà fait avant lui. Utiliser le zombie comme métaphore politique ? Romero est déjà passé par là. Restait l’idée d’explorer l’humain confronté au chaos, au silence, à une atmosphère soudainement lourde de calme. L’intelligence de Dominique Rocher est de ne jamais s’aventurer au-delà de ses moyens. Mieux vaut faire simple et honnête que compliqué et foireux. La nuit a dévoré le monde a pris le meilleur chemin vers la réussite. Le réalisateur ne cherche jamais à épater la galerie en ayant les yeux plus gros que le ventre, et c’est très probablement ce qui fait la noblesse de son effort. Forcément, on voit ses inspirations qui transpirent, de 28 Jours plus tard à Je suis une légende en passant par Le Monde, La Chair et Le Diable et tant d’autres, récents ou anciens. Forcément, on voit les coutures qui soutiennent ce premier long-métrage étonnamment sûr de lui et jamais balbutiant. Mais la qualité est au rendez-vous et les vrais mordus de cinéma zombie pourraient bien adhérer à la cause d’un Dominique Rocher plein de ressource, qui tente une proposition audacieuse en s’intéressant davantage à l’être humain au milieu des morts-vivants, et non l’inverse.

Sans être parfait (quelques micro-incohérences sans gravité et un Anders Danielsen toujours aussi moyen), La nuit a dévoré le monde réussit à épater. Non pas parce qu’il est d’une fraîcheur à toute épreuve, ni parce qu’il s’impose comme une grosse claque inattendue, mais parce que l’humilité de sa démarche l’anoblit. D’autant qu’entre les gouttes, Rocher parvient à distiller quelques scènes magnifiques (le pote Alfred, la musique, le quotidien routinier qui s’installe), comme il parvient à distiller quelques scènes bien stressantes (le chat) voire quelques scènes amusantes (le tir aux zombies). Tout ça, et des bribes de propos. Comme quand son personnage se questionne sur la nouvelle normalité de son univers marqué par la léthargie et la mort cérébrale, ou qu’il devient presque plus zombie que les zombies à cause du vertige d’une solitude grandissante. Bonne surprise, bonne péloche.

BANDE ANNONCE :


Par David Huxley

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