KINGSMAN – LE CERCLE D’OR de Matthew Vaughn : critique(s) du film

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Carte d’identité :
Nom : Kingsman The Golden Circle
Père : Matthew Vaughn
Date de naissance : 2017
Majorité : 11 octobre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : Angleterre, USA
Taille : 2h21 / Poids : 104 M$
Genre
: Action, Comédie

Livret de famille : Taron Egerton, Colin Firth, Mark Strong, Julianne Moore, Halle Berry, Jeff Bridges, Channing Tatum, Pedro Pascal…

Signes particuliers : Une resucée poussive de ce que le premier Kingsman avait de moins intelligent. La coolitude est devenue ringardise.

 

LES KINGSMAN VOYAGENT EN AMÉRIQUE

LES CRITIQUES DE KINGSMAN 2

Résumé : KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costume trois pièces, fait face à une menace sans précédent. Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents font la découverte d’une puissante organisation alliée nommée Statesman, fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice. 

 

L’AVIS DE JULIEN

Début 2015, Kingsman : Services Secrets a connu un succès-surprise à l’international et a même su trouver, en France, un public plus large que la seule communauté geek, que l’on sait être la fanbase de son réalisateur Matthew Vaughn. Connaissant la logique hollywoodienne, la mise en chantier d’une suite ne fut donc une surprise pour personne. Il fallait seulement espérer que la Fox ne répète pas l’erreur de la Universal qui, suite au refus de Vaughn, a confié la suite de Kick-ass à un tâcheron, et a ainsi mis un coup d’arrêt à une potentielle franchise juteuse. On a pu se rassurer en voyant le projet de ce Kingsman 2 entre les mains de Vaughn, et espérer qu’il parvienne une fois encore à nous surprendre, comme il l’avait si bien fait dans le premier opus. Les espoirs ont été de courte durée. Pour rappel, le charme de Kingsman venait de la façon de mêler, dans ce qui s’apparentait à une satire sociale burlesque, un humour vulgaire qui identifie le prolétariat britannique à l’élégance engoncée inhérente à la bourgeoisie à laquelle est assimilé le milieu des services secrets. Cet équilibre détonnant permit un coup de jeune aux films d’espionnage et leurs parodies qui penchaient fatalement vers l’une ou l’autre de ces tonalités.

Dès l’incipit de cette suite, la couleur est annoncée : Vaughn s’est mis en tête que ce qui a marché dans le précédent film, davantage que son esprit satirique, ce sont ses scènes de baston dans lesquels les mouvements de caméra amples se calquent sur les cascades invraisemblables des personnages. Le fameux faux plan-séquence de l’église du premier film est donc le modèle de l’ouverture du second, qui se voudrait plus spectaculaire encore, en en forçant au maximum la vélocité mais qui ne s’avère finalement que plus maladroite, croulant sous le poids de ses effets numériques discutables. En moins de cinq minutes, la surenchère a déjà fait son œuvre et apparaît comme laborieuse… Et il en sera de même pour les deux longues heures qui suivront, sans pour autant retrouver la poussée d’adrénaline de cette introduction poussive. L’interminable succession de scènes d’action outrancières qui débute alors est si répétitive, qu’elle n’a pas la moindre surprise à proposer. Pour l’humour, la recette est strictement la même. Comme beaucoup de suites de comédies, celle-ci se construit sur l’idée de déplacer l’intrigue dans un autre pays. L’effet comique qui reposait sur le détournement des codes aristocratiques britanniques se retrouve donc balayé dès lors que nos héros partent aux États-Unis. Ne reste alors de l’esprit britannique que ce qu’il a de plus grossier et, à défaut de la classe londonienne, il ne trouve à se mêler cette fois qu’au mauvais goût américain. C’est cette lourdeur qui fait tomber à l’eau tous les gags et qui définit chacune des caricatures ringardes telles que sont dessinés tous les personnages secondaires. Parmi ces clichés aussi rétrogrades que puérils, on notera les agents interprétés par Pedro Pascal et Channing Tatum qui, puisqu’ils sont des héros américains, sont immanquablement des super-cow-boys. La subtilité de la réappropriation absurde des codes de films d’espionnage est sacrifiée sur l’autel de la grossièreté parodique sans la moindre grande idée de cinéma.

Le film avance donc ainsi, passant de blagues graveleuses en explosions de violence ouvertement cartoonesques. Que l’on y adhère ou non, il apparaît vite que cette mécanique, qui n’est rien d’autre qu’une formule poussée jusqu’à la surabondance, pèse sur la rythmique globale en dents de scie et sur la construction du scénario. Cette volonté de ne jamais laisser passer un seul temps mort se traduit à l’écran par l’accumulation de passages souvent parfaitement inutiles à l’avancée de l’intrigue. A l’inverse, ce montage hystérique ne permet pas de développer de nombreux éléments bien plus intéressants sur le papier jusqu’à leur faire perdre à eux-aussi leur potentiel apport à l’action. Les plus touchés sont assurément les personnages de Jeff Bridges, Channing Tatum, et même dans une moindre mesure Colin Firth, réduits à rien d’autre que des caméos bankables.

Un tel rabâchage, et un détournement aussi maladroit, des éléments du premier opus rend évident que Matthew Vaughn a cruellement manqué d’inspiration et d’ambition dans l’écriture bâclée de cette suite. Son manque d’enjeux en est la preuve de plus. Il y a deux ans, ce qu’incarnait Samuel L. Jackson, dans la peau d’un personnage de méchant comme on en a rarement vu au cinéma, était de véritables questions philosophiques sur le danger de l’explosion démographique. On était donc en droit d’en attendre au moins autant du personnage de Julianne Moore, et peut-être un traitement intelligent des conséquences de la fin du premier film où, pour rappel, le Président américain et son cabinet étaient brutalement assassinés. Que nenni ! Ici, la méchante est une trafiquante de drogue psychopathe, un modèle de vilain parfaitement dépassé. Ce qu’elle apporte malgré tout, c’est une réflexion sur la légalisation ou non de la drogue, menant vers une morale douteuse car mettant sur un pied d’égalité toutes les drogues, douces et dures. Ce qui caractérise cette méchante trafiquante n’est finalement que le décor kitsch dans lequel elle vit et qu’elle ne quitte pas de tout le film. Cet univers visuel bariolé, en plus de ne rien apporter à l’intrigue, s’avère être d’une immonde facticité. Et si encore il s’agissait des seules images bassement vintages, mais, entre les nombreux plans d’ensemble numériquement douteux et autres ambiances visuelles en carton-pâte, le surplus est encore une fois atteint. Une direction artistique aussi ringarde et vainement clinquante, on espérait ne plus en revoir depuis Spy Kids 3D !

Les adulateurs de combats virevoltants sur fond de musique pop pourront toujours y trouver leur bonheur, car c’est assurément ces passages que l’on retiendra de ce divertissement puéril. Et pourtant leur excès en fait, même pour les mieux chorégraphiés d’entre eux, des balourdises de plus dans ce trop-plein difficile à digérer. La réplique « C’est une overdose, tu lui en as trop donné » résume parfaitement ce capharnaüm has-been aux antipodes de l’innovation et de la finesse qui ont fait le succès du premier opus.

Par Julien Dugois

 

L’AVIS DE NICOLAS

A défaut de fraîcheur, on espérait au moins voir ce second volet de la franchise Kingsman marcher sur les traces de son aîné, capitalisant sur les qualités qui nous avaient tant régalés, pour proposer un nouvel objet de fun 100% pur jus. Malheureusement, l’excitation se transforme vite en frustration, devant une suite qui pédale dans sa propre mayonnaise ratée. Pour ce deuxième opus, Matthew Vaughn tente de reprendre les éléments forts du premier afin de les maximiser et de les conjuguer à la sauce ricaine, à l’heure où la saga quitte les terres britanniques pour aller visiter les cousins d’outre-Atlantique. Mais le cinéaste se plante dans sa sélection et choisit les mauvais ingrédients ou du moins les dose mal. La recette n’a plus la même saveur et le charme s’évapore derrière une succession d’erreurs et maladresses. Le premier Kingsman brillait par le naturel de sa proposition qui visait une fun-attitude sincère mélangeant le délirant et le légendaire flegme britannique. Ce deuxième chapitre est quant à lui plus poussif, plus mécanique, plus préfabriqué. Et s’il se montre efficace par intermittence, il cumule trop de tares pour prétendre à retrouver cette saveur perdue. Des tares surprenantes de la part de Matthew Vaughn, qui semble avoir bâclé son film tant il ne maîtrise pas ce qu’il avait su dompter si brillamment sur le précédent. Sa gestion du rythme est chaotique, l’écriture est aux abois, les enjeux sont mal ficelés, le script accumule les ficelles les plus grossières et les raccourcis faciles (avec une surexploitation du James Bond spirit et ses nombreux gadgets pour palier les voies sans issues du scénario), les guest sont sous-exploités (quel intérêt de rameuter des stars comme Tatum, Halle Berry ou Jeff Bridges si c’est pour rien en faire ?). Pire que tout, la mise en scène si virtuose sur Kingsman premier du nom est parti en fumée, massacrée par un montage catastrophique et utilisation sur-excessive de gimmicks faussement nerveux, à en coller la migraine au lieu de dynamiser les séquences d’action. Bref, ce second Kingsman est une semi-plantade, un divertissement certes regardable quoiqu’interminable, mais dénué de ce charme et de cette folie irrévérencieuse tant appréciée il y a deux ans. Comme si tout d’un coup, on était passé d’un chouette vent de fraîcheur britannique déjanté à un produit hollywoodien calibré pour rentrer dans le rang des actionner conventionnels.

Par Nicolas Rieux

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