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INCANTATIONS de Lukas Feigelfeld : la critique du film [DVD]

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Hagazussa: A Heathen’s Curse
Père : Lukas Feigelfeld
Date de naissance : 2017
Majorité : 31 juillet 2019
Type : Sortie Blu-ray, DVD
Nationalité : Allemagne
Taille : 1h38 / Poids : NC
Genre : Épouvante, Drame

Livret de famille : Aleksandra Cwen, Celina Peter, Claudia Martini…

Signes particuliers : Le film d’épouvante qui a fait sensation au dernier festival de Berlin arrive en vidéo.

AU BOUT DE L’ENNUI

NOTRE AVIS SUR INCANTATIONS

Synopsis : Dans sa petite ferme au cœur des montagnes, la jeune Albrun mène avec sa fille une existence modeste et retirée du monde. Indépendante et travailleuse, elle tache d’ignorer depuis des années les quolibets des villageois, qui l’accusent d’être la descendante d’une sorcière. Un matin, un prêtre des environs lui remet un cadeau des plus étranges : le crâne de son aïeule, sorcière avérée selon lui. La raison d’Albrun vacille alors: que signifient les visions et comportements étranges qu’elle a depuis quelques temps ? Quel sang coule réellement dans ses veines ?   

Lors de sa présentation à la dernière Berlinale, Incantations du jeune réalisateur autrichien Lukas Feigelfeld avait pas mal fait parler de lui, récoltant de nombreuses louanges auprès d’une fange du public fascinée par le pari ambitieux de ce premier long-métrage d’épouvante qui s’offrait comme un drame d’époque angoissant tablant davantage sur une atmosphère pesante et subtilement effrayante, plus que sur des effets de manche à visée « sursauteuses ». A la découverte du résultat, impossible de ne pas penser à Robert Eggers car on n’est jamais bien loin de son très estimé The Witch sorti il y a trois ans. Jamais loin certes, mais pas si proche non plus.

A l’heure où le cinéma de genre ne jure presque plus que par l’accumulation de jump-scare cabotins pour satisfaire un public avide de sensations fortes, rares et courageux sont ceux qui tentent une horreur différente, plus exigeante, plus de l’ordre du ressenti inquiétant, de la terreur enveloppante, comme ont pu le faire des mètres-étalons style Shining par exemple. Et à l’heure où Midsommar d’Ari Aster fait sensation en salles avec son approche radicale de l’épouvante, lorgnant vers l’expérience cauchemardesque hallucino-anxiogène, Lukas Feigelfeld tente de jouer dans cette cour risquée. Mais il faut une extrême intelligence pour se frotter à ce type d’entreprise qui requiert de savoir enfermer le spectateur dans une toile envoûtante nourrie par une montée en puissance où la lenteur de la mise en place est une illusion détournant notre regard de l’installation de balises piégeuses qui vont ne laisser aucune porte de sortie au spectateur lorsque la destination sera atteinte. The Witch avait su faire ça, même si la totale absence de rythme avait pu en faire fuir bon nombre. Mais c’est là où le bât blesse chez Lukas Feigelfeld. Le cinéaste étale son talent de metteur en scène en multipliant les beaux plans et affichant sa maîtrise formelle, il distille une horreur mystique, aérienne, qui essaie de ceinturer le spectateur dans l’étrangeté d’un cauchemar lancinant. Sauf qu’Incantations n’est pas The Witch ou Midsommar et parce que Lukas Feigelfeld ne parvient pas à poser ses balises assiégeantes, on se fait copieusement chier d’un bout à l’autre.

Incantations a beau s’efforcer de plaquer une tension de fond derrière son drame alangui, a beau essayer d’instaurer une sensation de gêne troublante qui croît lentement, rien n’y fait. Trop occupé à esthétiser son affaire pour élaborer un objet supposément fascinant, Lukas Feigelfeld (qui cite volontiers Zulawski ou Tarkovski en références) oublie complètement le spectateur en route, en même temps qu’il oublie l’efficacité de la structure de son film. De longs plans interminables couchés sur une lourde musique sourde et planante forment le chemin de croix que va devoir emprunter le public pour suivre cette illustration pompeuse de la déstabilisation psychologique d’une jeune femme confrontée aux superstitions de son époque qui lui valent persécutions et isolement. Si la lenteur n’a jamais été un souci en soi, le problème est que le jeune réalisateur ne se sert pas d’elle pour construire un édifice cinématographique qui se resserrerait sur son public. Et alors qu’Incantations n’a jamais d’emprise sur nous, la seule chose qu’il finit par envoûter, ce sont nos paupières alourdies par tant d’ennui conjugué à une fausse intelligence de parade.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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