I AM NOT A WITCH de Rungano Nyoni : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Last Flag Flying
Mère :  Rungano Nyoni
Date de naissance : 2017
Majorité : 27 décembre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : Angleterre, Zambie
Taille : 1h36 / Poids : NC
Genre
: Drame

Livret de famille :  Margaret Mulubwa, Henry B.J. Phiri, Nancy Mulilo…

Signes particuliers : Plus intéressant sur le fond que sur la forme.

UNE ALLEGORIE DE LA CONDITION DES FEMMES EN AFRIQUE

LA CRITIQUE DE I AM NOT A WITCH

Résumé : Shula, 9 ans, est accusée de sorcellerie par les habitants de son village et envoyée dans un camp de sorcières. Entourée de femmes bienveillantes, condamnées comme elle par la superstition des hommes, la fillette se croit frappée d’un sortilège : si elle s’enfuit, elle sera maudite et se transformera en chèvre… Mais la petite Shula préfèrera-t-elle vivre prisonnière comme une sorcière ou libre comme une chèvre ?

Découvert à la Quinzaine des Réalisateurs cannoise, qui lui a servi de tremplin pour se frayer un chemin vers les salles obscures, I’m Not a Witch est le premier long-métrage de fiction de Rungano Nyoni, réalisatrice zambienne vivant aujourd’hui au Pays de Galles. Le film raconte le parcours de la petite Shula, 9 ans, accusé de sorcellerie par son village et envoyée dans un camp pour sorcières. Sur place, elle va côtoyer des femmes bienveillantes, partageant comme elle ce sort infligé par les hommes, les condamnant à la captivité. Dautant que selon le folklore, qui tente de s’échapper se transformera en chèvre. Shula va alors faire face à un dilemme existentiel : mieux vaut-il vivre en femme captive ou en chèvre libre ?

Par le truchement de cette question qui résume le noyau dur des enjeux de Im Not a Witch, le film de Rungano Nyoni signifie tout son sens à qui veut bien lentendre. Il ne sagit pas tant dune histoire aux confins du fantastique exotique mais dun film éminemment politique, questionnant la condition des femmes dans ces pays africains patriarcaux et traditionalistes. Mais si lintérêt est évident, la rhétorique se révèle plus difficile. En clair, Im Not a Witch est un film plus passionnant pour son fond que pour sa forme. À travers cette sorte d’anti-conte à la fois absurde, drôle et cruel, Rungano Nyoni signe une parabole dénonçant la condition des femmes dans ces pays dAfrique aux coutumes archaïques, où les femmes sont observées et réprimées par crainte dun bouleversement des ordres ancestraux établis. Absurde. Et c’est justement cette absurdité que la cinéaste extrapole avec son histoire de camp de sorcière servant à ostraciser ces femmes jugées marginales, insoumises, dont la différence inquiète.

Derrière ce moteur principal, pas mal d’idées pertinentes se dessinent, toujours avec le parti pris de la métaphore pour moyen d’expression. Comme la représentation de ces touristes étrangers ayant la possibilité de venir visiter le camp pour observer de près, ces « sorcières » vivant recluses et attachées par des rubans blancs. Un moyen de pointer du doigt le fait que le monde entier est au courant de la condition des femmes dans ces pays, quil en est même le spectateur via les relais médiatiques, mais quil ne fait rien pour y mettre un terme, préférant regarder de loin, sen alarmer vite fait, mais sans que laction suive la parole. Très intelligent dans son discours, Im Not a Witch fascine par la manière dont il formule son propos. Il lest en revanche un peu moins dans son approche. La limite du film s’inscrit dans une narration-cadre très décousue et étiolée, qui peine à capter vraiment l’attention à la mesure de l’importance de ce qui est dit à l’image. Le film est sauvé de l’ennui poli par son propos, mais ce dernier est entravé par une maîtrise en difficulté.

Par Nicolas Rieux

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