HOSTILES de Scott Cooper : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Hostiles
Père : Scott Cooper
Date de naissance : 2017
Majorité : 14 mars 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h15 / Poids : NC
Genre
: Western, Drame

Livret de famille : Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Thimotée Chalamet, Paul Anderson, Jesse Plemons, Ben Foster…

Signes particuliers : Magistrale et d’une puissance cinématographique rare !

UN GRAND WESTERN DANS LA VEINE DE DANSE AVEC LES LOUPS

LA CRITIQUE DE HOSTILES

Résumé : En 1892, un légendaire capitaine de l’armée américaine accepte à contrecoeur d’escorter un chef de guerre Cheyenne et sa famille, désireuses de retourner sur leurs terres tribales. Sur le chemin, qui va les emmener du Nouveau Mexique au Montana, ils doivent faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus Comanche qu’ils rencontrent, en compagnie d’une veuve dont la famille a été assassinée. 

Révélé avec le magnifique Crazy Heart dans lequel Jeff Bridges incarnait un chanteur de country, Scott Cooper avait ensuite enchaîné avec l’estimé Les Brasiers de la Colère puis  le polar Strictly Criminal avec Johnny Depp. Pour son quatrième long-métrage, le réalisateur retrouve Christian Bale qu’il avait dirigé sur son second effort, et prend le chemin du western. Odyssée sombre et violente dans laquelle une poignée de personnages va vivre un voyage à travers l’Amérique parsemé d’embûches, Hostiles suit un groupe de soldats de l’armée américaine dirigés par un  capitaine usé par les batailles, contraint et forcé d’accepter une ultime mission, celle d’escorter un célèbre chef de guerre Cheyenne en fin de vie qu’il déteste, désireux d’aller mourir sur ses lointaines terres du Montana. Un long voyage qui va se transformer en lutte pour leur survie, mais aussi en lutte contre eux-mêmes pour évoluer dans leurs certitudes à travers l’enfer. Dès un premier quart d’heure d’ouverture qui cloue le spectateur sur son fauteuil, Scott Cooper donne le ton de son film. Hostiles sera épique, virtuose, rugueux, et surtout intelligent. En seulement 15 minutes, le cinéaste montre plus de cinéma que dans six mois de production hollywoodienne. Passé ce morceau de bravoure dont on ne se remet jamais vraiment, la suite ne sera que la fabuleuse démonstration d’un film qui vient se hisser au rang de classique instantané, aux côtés des plus grands westerns de ces dernières décennies, aux côtés des Danse avec les Loups, Le Dernier des Mohicans, Impitoyable ou Little Big Man. Les images de Scott Cooper impriment la rétine, la finesse de la dramaturgie impressionne, la force de l’interprétation bluffe, et l’intelligence du découpage et du propos cimente ces éléments pour créer une œuvre remarquable et viscérale, d’une puissance dévastatrice.Hostiles est de ces grands films qui tutoient la perfection à tous les niveaux, tant sur la forme que sur le fond. Scott Cooper se réapproprie l’éternel chapitre historique de l’affrontement entre les soldats de l’Union et les indiens dépossédés de leurs terres, et formule un drame westernien poignant qui tente de se frayer un chemin vers l’œuvre humaniste et pacifiste alors que son parcours est jonchée d’horreurs traduisant l’adage célèbre : « L’homme est un loup pour l’homme« . En somme, c’est de ça dont il s’agit dans Hostiles, superbe fresque et pertinente réflexion à impacts multiples sur la nature inhumaine de l’être humain, sur l’endoctrinement, sur la cohabitation entre peuples devenus « ennemis » de l’histoire, sur la guerre, les droits bafoués, le pardon mutuel et le poids de la haine et du passé menant à l’incapacité à reconnaître ses torts communs, empêchant tout espoir de réconciliation. En un sens, Hostiles partage les mêmes thématiques que le récent L’insulte de Ziad Doueiri, dans un tout autre genre. Un sujet cousin pour deux films magistraux.Brillant de bout en bout, Hostiles soutient droit dans les yeux ses 2h15 que l’on ne voit aucunement passer. Parce que Scott Cooper tient remarquablement son scénario et son rythme, insufflant juste ce qu’il faut de souffle épique, juste ce qu’il faut de dynamisme et de scènes d’affrontement, juste ce qu’il faut d’émotion bouleversante et de violence frontale. Cette subtilité permanente du dosage couplée à une maîtrise de la mise en scène étourdissante, à une profondeur insondable dans l’écriture des personnages et à la justesse des prestations d’un immense Christian Bale, d’une formidable Rosamund Pike et d’un impeccable Wes Studi, font de Hostiles un chef-d’œuvre à la beauté renversante, un grand film de cinéma traversé de nombreuses scènes virtuoses et d’une totale implication émotionnelle et intellectuelle de la part du spectateur. A la lisière du survival en terrain hostile montrant que l’homme a intimement une âme de tueur impitoyable, on ressent des choses en provenance directe des tripes, et on se laisse volontiers porter dans ces décors naturels à couper le souffle (magnifiés par la beauté de la photo, la précision des cadrages et l’envoûtante B.O de Max Richter), pour vivre intensément cette histoire déchirante, cruelle et parfois même poétique dans sa noirceur qui évite cependant tout cynisme et gratuité visuelle, pour seulement laisser s’exprimer son pouvoir de tragédie historique à l’insondable mélancolie. Sans concessions, sans complaisance, animé par une justesse sidérante et des plans d’une force extraordinaire, Hostiles est du très grand cinéma comme on en fait plus beaucoup (et plus assez), bordé par une ouverture monumentale et une conclusion frissonnante. Entre les deux, une paire d’heures qui touche au génie, œuvre vertigineuse alternant une brutalité dont la barbarie marque au fer rouge, une grande humanité et un lyrisme poignant, pour illustrer un récit de rédemption fertile où l’évolution des personnages déploie un discours aiguisé et profond sur la nature profonde de l’être humain. On tremble encore devant cette claque tant formelle qu’émotionnelle, capable de ce rare grand écart qu’est d’être à la fois intime et spectaculaire. D’ores et déjà, l’un des meilleurs films de 2018.

BANDE ANNONCE :


Par Nicolas Rieux

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