FESTIVAL AMÉRICAIN DE DEAUVILLE 2014 : NOTRE POINT QUOTIDIEN EN DIRECT DE NORMANDIE !

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deauvilleCette année, du 5 au 15 septembre, Mondociné couvre le prestigieux Festival du Cinéma Américain de Deauville, qui fête au passage son 40ème anniversaire. Au menu, une compétition éclectique avec Gregg Araki, Jim Mickle, Anton Corbjin… Des hommages en présence de Ray Liotta, Will Ferrell, John McTiernan ou Jessica Chastain, des avant-premières etc… Nous nous efforcerons de vous faire vivre la manifestation normande en live, avec un point quotidien sur les films vus et les rencontres. C’est parti…

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Jour 10 :

La dernière journée est traditionnellement réservée aux séances de « rattrapage » pour les festivaliers qui n’ont pas pu tout voir durant la manifestation. On en a profité pour courir voir Love is Strange d’Ira Sachs, une romance homosexuelle senior avec Alfred Molina et John Lithgow. Une belle petite surprise pour terminer ce Deauville 2014 en beauté. Mi-drame mi-comédie dramatique, Love is Strange est surtout un film d’une tendresse infinie, brossant un portrait de personnages magnifiquement et complémentaires avec une pudeur absolument admirable et une sincérité émouvante. Interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis à cause de son sujet, Love is Strange n’échappe pas à quelques petits défauts (un brin trop long ou quelques redondances) et ne brille jamais par un génie bouleversant, mais sa maturité, sa profondeur, son élégance, son ton crépusculaire, sa navigation entre les genres  et son tandem de comédiens exceptionnels, en font toute la beauté.love is strange

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Jour 9 :

Ça sentait la fin de Festival ce matin, avec une ambiance mi-dernières forces dans la bataille, mi-crépusculaire, et surtout une fatigue s’affichant vraiment sur le visage des festivaliers. Deux films suscitant un fort intérêt étaient projetés. D’un côté, « Infinitely Polar Bear », premier film et drame (lorgnant vers la comédie dramatique) de la réalisatrice Maya Forbes, avec Mark Ruffalo et Zoe Saldana. Une belle histoire sur un couple dont le mari est bipolaire, étalée sur une année, de saison en saison. Bouleversant, tendre et souvent drôle dans son tragique, « Infinitely Polar Bear » est surtout d’une justesse terrible et puissante. Ceux qui auront côtoyé de près la question ne pourront dire le contraire. Une fois de plus, Mark Ruffalo impressionne aux côtés d’une excellente Zoe Saldana. Un film indé produit par J.J. Abrams émotionnellement fort.

Second film, le drame horrifique « It Follows » réalisé par David Robert Mitchell. Une petite production Metropolitan Films, discrète par la notoriété mais remarquée pour sa qualité. Traversé d’influences diverses allant de Gregg Araki à John Carpenter, « It Follows » est une insensible réussite, dans la veine des films indépendant à l’histoire forte où le genre n’intervient qu’en toile de fond. Un peu comme le récent « Mister Babadook ». Métaphore sur le Sida et autres maladies du même acabit, « It Follows » est une œuvre envoûtante, maîtrisée et remarquablement ficelée, forte d’une écriture magistrale explicitée par une mise en scène soignée et splendide. Une grosse surprise et une très belle œuvre d’épouvante.

L’après-midi était plus aux conférences de presse avec deux grands noms : Abel Ferrara pour son « Pasolini » et Frank Miller pour « Sin City 2 » (les rencontres bientôt sur le site). De la rencontre avec Abel Ferrara, on aura surtout retenu une chose que le cinéaste n’aura eu de cesse de répéter avec une « agressivité » enflammée qui cachait surtout une passion débordante pour son sujet : « Pasolini est le maître. Nous, ses disciples. Il a parlé avec son héritage, on écoute. Point barre ».

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La conf’ de presse de Frank Miller fut plus difficile. Physiquement très diminué et visiblement très malade (il se déplace péniblement en fauteuil roulant), le célèbre auteur de BD, créateur mais également co-réalisateur de « Sin City », aura longuement parlé de son travail sur son œuvre phare, de ses personnages meurtris et solitaires, de son jeu de détournement des codes du polar, de l’aspect plastique du film…

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La soirée était consacrée à la projection de « Sin City 2 » justement, ainsi qu’à la remise des prix. Comme attendu, c’est le fabuleux « Whiplash » de Damien Chazelle qui a été ovationné avec le Prix du Public et le Grand Prix. Le très beau « The Good Lie » d’Eric Falardeau récolte le Prix du Jury alors qu’un Prix Spécial « 40eme anniversaire » a été décerné à « Things People Do ». Et c’est le film fantastique « Girl Walks Home Alone at Night » qui rafle le Prix de la Révélation Cartier alors que l’horrifique It Follows s’empare du prix de la Critique. Rien pour notre chouchou « I, Origins ». Triste.

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Jour 8 :

Hier fut une grosse journée question films, aujourd’hui fut une grosse journée d’interviews (tous ces entretiens bientôt en ligne). On a commencé tôt ce matin avec le légendaire Pierce Brosnan, qui nous a parlé de « The November Man », son retour au film d’espionnage ans après son dernier James Bond. Sympathique, humble et détendu, Brosnan nous a confié le plaisir qu’il a eu à tourner ce film avec son ami Roger Donaldson (ils ont fait « Le Pic de Dante » ensemble), le plaisir de retrouver un cinéma d’action très eighties avec un rôle un peu badass, à la fois drôle et dur… Il nous a également confié qu’il foncerait sans hésiter si John McTiernan lui proposait un projet et enfin qu’il espérait voir « The November Man » devenir une franchise pour « occuper ses vieux jours ».

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On a enchainé avec la belle Olga Kurylenko, ex James Bond Girl justement. L’actrice partage l’affiche de « The November Man » avec Pierce Brosnan. À propos de son partenaire, elle nous a parlé de son talent, de sa classe et de son humilité. La comédienne a également évoqué son désir de grand écart, alternant volontairement blockbusters et films d’auteur. On aura noté que son entraînement ultra-physique à l’époque de « Quantum Of Solace » porte encore ses fruits aujourd’hui, notamment pour ce rôle.

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On s’est ensuite entretenu avec le réalisateur Tate Taylor, auteur du biopic sur James Brown « Get on Up ». On aura notamment parlé tempo, musique et cinégénie mais aussi de l’exercice de la reconstitution historique.

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Avec le réalisateur Damien Chazelle, on aura très longuement parlé de son fabuleux Whiplash. Le jeune cinéaste est sans doute l’un des auteurs les plus passionnants qui soit à écouter. L’acteur Miles Teller nous a ensuite parlé de son travail devant la caméra pour ce rôle en or massif.

20140913-010501-3901354.jpg(Photo de Emmanuelle Sal du blog Regardezmoica.tumblr.com)

On a terminé avec la crème de la crème, le cinéaste Mike Cahill, auteur de l’excellent « I, Origins ». Que dire si ce n’est que l’on pourrait converser des heures avec ce génie absolument passionnant et fascinant. D’ailleurs, l’interview se sera vite transformé en discussion sur fond de débat théologie/science !

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Seule et unique projection de la journée, le « Pasolini » d’Abel Ferrara. Le cinéaste que l’on aurait pu croire éméché, est venu sur scène faire un petit numéro surréaliste avant que l’on se plonge dans sa dernière œuvre déconcertante. Peut-on dire que l’on a aimé ? Non. Peut-on dire que l’on a pas aimé ? Non plus. À vrai dire, on en sait rien. « Pasolini » est un film étrange, déroutant et hermétique, parfois voire souvent confus par manque d’intelligibilité. Ferrara affiche ses points communs avec l’illustre metteur en scène italien dans un film où il parle de son maître tout en parlant de lui quelque part puisqu’il se revendique de son héritage : deux artistes controversés, politisés, torturés, aimant choquer et pousser le spectateur dans ses retranchements. Mais « Pasolini » prend une forme ofniesque qui pourra rebuter, autant qu’il peut exercer sur de courts instants, un certain pouvoir de fascination par sa beauté et sa richesse.

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Jour 7 :

Grosse journée cinéma aujourd’hui avant trois films d’affilée. Début des festivités ce matin avec « The November Man », un thriller d’action avec Pierce Brosnan en agent de la CIA et Olga Kurylenko, autre ex de l’univers James Bond. Et le tout est réalisé par ce vétéran de Roger Donaldson. « The November Man » aura été une bonne entrée en matière pour cette 7eme journée de festival, doublée d’une étonnante surprise. Bien ficelé, bien calibré, bien rythmé, le film de Donaldson est un actioner sans prétention, plutôt fun, spectaculaire et distrayant, en plus d’être assaisonné par quelques petites pointes d’humour bien senties. Un divertissement agréable porté par un Brosnan en pleine forme.

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Plus sérieux, on a enchainé avec le très attendu « I, Origins » de Mike Cahill (Another Earth). Voilà clairement (et enfin !) un prétendant de valeur pour remporter un prix en fin de festival. Envoûtant, profond, intelligent, émouvant, en plus d’être formellement splendide, « I, Origins » est une micro-claque qui laisse des traces, film passionnant et vibrant, qui se ressent plus qu’il ne se critique ou s’analyse. Une pure merveille qui marque en profondeur et résonne encore longtemps après la fin de la séance.

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L’actrice Astrid Bergès-Frisbey et le réalisateur Mike Cahill, tous deux venus défendre le film.

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Direction l’autre candidat pour lourd (notamment au Prix du Public) avec l’ex-cannois « Whiplash », premier film de Damien Chazelle avec l’étoile montante Miles Teller et le toujours génial J.K. Simmons. Drame musical sur le jazz, « Whiplash » est un enchantement de chaque instant, parlant de rêves, de persévérance pour les atteindre et de perfection d’un art. Sublime de bout en bout et grisant comme pas deux, « Whiplash » épate surtout pour deux choses. D’abord, pour sa distribution, entre un Miles Teller qui se livre à une véritable performance tout ce qu’il y a de plus oscarisable et un J.K. Simmons impressionnant en prof tyrannique lorgnant vers l’instructeur de « Full Metal Jacket ». Et puis pour son incroyable mise en scène inspirée et géniale, comprenant une chose essentielle : cinéma et musique, même combat, tout est question de tempo. Et du montage à la réalisation, « Whiplash » fait mouche sur toute la ligne. Énorme. Et une longue standing ovation pour conclure.

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De fait, la conférence qui suivait était bondée et soudainement très prisée. Les questions au réalisateurs Damien Chazelle auront fusé, plus qu’à sa star, Miles Teller. Le cinéaste nous aura expliqué le passage du court-métrage à l’origine du film vers le long, son travail pour filmer la musique avec cinégénie et son passé de batteur dans une académie. Miles Teller aura également évoqué ses aptitudes musicales, expliquant qu’il a joué de pas mal d’instruments. La conférence en entière bientôt sur le site. En tout cas, les deux hommes (trois avec le producteur) étaient plus que ravis d’être là, gentils et disponibles. Un bonheur à l’image de leur film.

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Jour 6 :

Jour 6. La fatigue commence à se faire sentir mais vaillant, on a commencé la journée avec « Jamie Marks is Dead » de Carter Smith (Les Ruines). Un film lent, étrange et fascinant. Drame fantastique d’auteur quelque part entre Gregg Araki, Donnie Darko voire Fincher (toutes proportions gardées) pour la splendeur et la minutie de sa mise en scène, « Jamie Marks is Dead » n’est clairement pas destiné aux purs amateurs d’épouvante à la recherche de frissons, le film privilégiant davantage le drame à son ancrage au genre. Ce second effort psychologique de Carter Smith est dans tous les cas très intéressant formellement et textuellement, certes un peu hermétique et difficile d’accès, mais une œuvre unique, profonde et existentielle, réfléchissant sur la mort et le mal-être social. Car en définitive, ce « mort » revenant chercher ce qu’il n’aura pas du trouver durant son vivant, est ni plus ni moins qu’une belle réflexion pleine d’espoir sur la frustration de l’acte suicidaire, cet appel à l’aide désespéré mais fatal, sorte de SOS de détresse auquel il est impossible d’avoir une réponse… À moins de revenir dans la mort en observer les conséquences. On pourra seulement lui reprocher son manque de rythme et son côté clinique étouffant l’émotion.

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Direction un des grands temps forts de ce Festival : la très attendue conférence de presse de Will Ferrell auquel Deauville rend hommage (conférence bientôt en ligne sur le site). Le refus de tout interview par l’acteur ne mettait pas en confiance. Et bien non. Will Ferrell s’est montré fidèle à lui-même, sympathique, drôle, plein d’auto-dérision. On retiendra que l’acteur envisage un jour d’aborder des rôles plus dramatiques mais que l’étiquetage hollywoodien rend ces projets compliqués. Aussi, qu’un « Zoolander 2 » est à l’étude et que le comédien est fier de tous ses films, notamment « Stranger than Fiction » et « Casa Del Mi Padre », film parodique hilarant tourné en espagnol.

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Une conférence en suivant une autre, on a enchaîné avec celle de Gregg Araki, dont le « White Bird » était présenté aujourd’hui (voir le lien vers notre critique en bas de page et conférence bientôt sur Mondociné). Une conférence placée sous le signe du régal avec un Araki souriant, disponible et passionnant. Le metteur en scène aura parlé des raisons de certains changements par rapport au livre, de l’évolution de son cinéma depuis « The Doom Generation » malgré des thématiques en apparence similaire. Il aura été amusé de voir les spectateurs français trouvant son film plus « soft » que les précédents, là où les américains auront été choqué de voir Shailene Woodley nue. « Voilà pour les français sont les meilleurs » aura t-il lâché, appréciant que dans nos contrées, le sexe à l’écran n’est pas un tabou outrageant.

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La soirée était placée sous le signe Will Ferrell, avec le tribute qui lui était rendu. L’acteur comique américain est monté sur scène pour recevoir sa distinction et s’est livré à un discours hilarant qui n’aura pas manqué de ravir la salle, ce dernier expliquant qu’il avait bossé son français pendant plusieurs mois pour l’occasion… Et le voilà qui s’est mis à réciter toutes les phrases clichées des manuels touristiques de « où est la Tour Eiffel » à « J’aime le fromage » en passant par « l’addition, s’il vous plait » ou « Deauville, c’est fou » ! Un grand moment de poilade qui aura précédé un autre grand moment, mais de consternation cette fois, avec la projection du thriller à suspens « Avant d’aller Dormir » de Rowan Joffé. L’histoire (empruntée à « Memento ») d’une femme amnésique qui se réveille tous les matins en ayant oublié les 10 dernières années de sa vie et notamment la veille. Qu’est-ce qu’on aimerait être à sa place pour pouvoir oublier nous aussi le cauchemar que fut la projection de ce film porté par une Nicole Kidman aux cheveux en paille et un Colin Firth que l’on aura rarement vu aussi dilettante. Cette adaptation d’un roman à succès est de ce genre de film brûle-yeux, à la fois hideux dans la forme (photographie immonde, réalisation insipide) et profondément agaçant d’idiotie, dans le fond. Tout juste digne d’une sortie en DTV, « Avant d’aller Dormir » est tout simplement une purge atterrante, téléfilm fainéant, ennuyeux et prévisible à des kilomètres. Que faisait-il dans un festival comme Deauville ? Mystère…

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Jour 5 :

On attaquait d’entrée ce matin avec un drame indépendant en noir et blanc signé A.J. Edwards et produit par Terrence Malick. Devant la caméra du jeune cinéaste, Jason Clarke et Diane Kruger. Le réalisateur revendiquait l’influence de Terrence Malick, on va rectifier tout de suite. À ce niveau là, on est plus dans l’influence mais dans la copie conforme éhontée. « The Better Angels » est une œuvre dans la veine des pensums intellectualo-prétentieux que sont les « The Tree of Life » et surtout « À La Merveille ». Les amateurs apprécieront, les autres s’ennuieront ferme devant une œuvre existentialiste, certes formellement splendide, mais textuellement hermétique et assommante. Narrant trois ans de la jeunesse d’Abraham Lincoln, « The Better Angels » est un somnifère fortement dosé, aussi sublime que repoussant les limites de la masturbation cinématographique alors que son auteur se regarde filmer en bon poseur contemplatif qu’il est.

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Direction la conférence de presse de l’illustre Ray Liotta auquel le festival rend hommage. Une superbe conférence (l’une des meilleures pour l’instant) où le comédien a longuement parlé de son rapport au métier d’acteur (la rencontre bientôt sur le site). Drôle, détendu et passionnant, Liotta aura au passage était épaté par la mémoire de sa traductrice, sous le charme du tatouage d’une jeune et jolie blogueuse (Missbobby.net) et enthousiasmé par les questions qui lui ont été posées. Le tournage qui aura été le plus fondamental dans sa carrière aura été Les Affranchis et il adorerait tourner avec Woody Allen, Coppola ou Paul Thomas Anderson.

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16h : La projection du film « The Good Lie » du québécois Eric Falardeau avec Reese Witherspoon. Un drame racontant le destin d’un groupe d’enfants soudanais au milieu de la guerre civile. On s’attendait à un drama tire-larmes, on aura eu tout le contraire. Certes le film accumule pas mal de facilités, mais dans son ensemble, « The Good Lie » est un bien beau moment de cinéma, étonnamment très drôle, souvent dur et émouvant, distillant quelques petites vérités bien placées. Du cinéma plus confortable que le reste de la sélection, mais très agréable.

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En soirée, Le Festival rendait son hommage à Ray Liotta. Le Festival et plus particulièrement l’un des membres du jury, en l’occurrence l’acteur Vincent Lindon. Le comédien s’est lancé dans un discours qui restera dans les anales deauvillaises, à la fois flatteur et hilarant. La salle était séduite, entre deux fous rires. Merci Vincent. Ray Liotta a eu son prix d’honneur, a déclamé son amour pour Deauville, a précisé qu’il était toujours un peu gêné par ce genre de prix car il voit sa carrière encore très longue…

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Place ensuite au film du soir, le drame indépendant « Alex of Venice », premier long-métrage en tant que réalisateur du comédien Chris Messina. Porté par Mary Elizabeth Winstead et Don Johnson, « Alex of Venice » est un film sympathique et plutôt séduisant, bien que ô combien mineur et anecdotique. Concrètement, on ne passe pas un mauvais moment devant cette chronique d’une femme qui perd pied quand les problèmes s’accumulent et qui va devoir reconstruire sa vie différemment. Mais force est d’avouer que ce premier effort de Messina manque cruellement de génie, d’une vision, et ne mène finalement à pas grand-chose, affichant de grosses carences en consistance (décidément, une récurrence dans ce festival) et visée dépassant la seule idée du parcours d’une femme remodelant sa vie. Notons tout de même les solides prestations de Mary Elizabeth Winstead, Don Johnson et la méconnue mais ravissante Katie Nehra, venue représenter le film. Mais tout aussi « mignon » soit-il, fort à parier que l’on oubliera vite cette sorte de drama lorgnant parfois vers la comédie dramatique, attachant mais jamais transcendant.

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Jour 4 :

Première projection du jour, le cinquième film présenté en compétition : UNCERTAIN TERMS de Nathan Silver. Incertain, c’est sûrement le mot qui définit le mieux notre sentiment. Ennuyeux comme la mort, « Uncertain Terms » brille par le vide abyssal qui l’habite et qu’il génère. Entre l’imprécision de sa mise en scène approximative et amateuriste, et celle de la prestation de ses comédiens faussement brillant de naturel, le film de Nathan Silver est une sorte de longue introduction d’1h15 (mais qui en paraît deux) débouchant sur… un générique de fin. « Uncertain Terms » ne raconte rien, ou du moins pas grand-chose, sans consistance, étoffe ni émotion. Un bel exemple de caricature de film d’auteur minimaliste s’illustrant par son absence de tout, nous abandonnant médusé et circonspect, avec un amer sentiment d’arnaque au génie.

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Après cet échec qui lançait bien mal la journée, le moral est tout de suite remonté en flèche quand nous avons eu la chance de croiser rien de moins que John McTiernan aux abords de la Villa Cartier. L’occasion parfaite pour remercier ce grand monsieur de tout ce qu’il nous aura apporté en tant que spectateur et cinéphile.

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L’après-midi fut placée sous le signe du documentaire avec « The Go-Go Boys », le surnom alloué au duo Menahem Golan / Yoram Globus. Car oui, le documentaire d’Hilla Medalia raconte l’incroyable histoire de ce tandem de cousins juifs, producteurs de films en Israël, devenus incontournables à Hollywood avec la célèbre firme qu’il ont créé, la mythique Cannon Group, qui aura produit tant de pépites bis d’exploitation dans les années 80-90. Un documentaire passionnant, parfois drôle ou émouvant, et qui revisite toute une époque avec une nostalgie follement grisante. De leur ascension incroyable à leur chute qui l’aura été tout autant, le tout sur fond de fric qui coule à flot (un canevas narratif tellement cinématographique), « The Go-Go Boys » accroche et amuse, fort d’un épatant travail de documentation et d’archives. Le résultat est seulement égratigné par quelques raccourcis ou passages survolés, laissant parfois place à un peu de confusion.

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Fin de la journée avec un moment très attendu du Festival et qui aura rameuté pas mal de stars et personnalités toutes pomponnées : le tribute à John McTiernan. Le réalisateur de « Die Hard » et « Predator » s’est montré extrêmement ému par cet hommage post-incarcération. Les trémolos dans la voix, il aura remercié ceux qui auront été à ses côtés et qui l’auront soutenu dans la période difficile qu’il vient de traverser (le cinéaste est sorti de prison en février dernier) et s’est livré à un très beau discours pointant du doigt les failles du système judiciaire américain, son pays qu’il aime mais qui l’aura tellement malmené, évoquant notamment les centaines de personnes emprisonnés sans procès ni preuves ou l’absurdité d’un schéma ou un bon Président (Obama) est coincé par le système qui l’empêche d’agir réellement. Ce temps fort du Festival fut suivi de l’avant-première du soir, pleine d’à-propos…

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Réalisé par Peter Sattler, qui signait là son premier long-métrage, « Camp X-Ray » avec Kristen Stewart prend place dans la tristement célèbre prison de Guantanamo Bay et narre l’étrange relation que noue une jeune recrue de l’armée américaine avec un « détenu djihadiste ». « Camp X-Ray » impressionne par l’élégance de sa mise en scène, par la force de son récit polémique et courageux, ou encore par la qualité de son interprétation (formidable K. Stewart, très bon Peyman Moaadi). Au rayon des défauts, on pointera surtout du doigt un scénario qui tourne un peu en rond, avançant telle une lente locomotive au rythme monotone sur un rail de chemin de fer dont on connaît d’avance le trajet et la destination. Globalement prévisible et sans surprises, « Camp X-Ray » est long, un peu trop long, d’autant qu’il triture et étire deux heures durant, une idée et un discours que l’on a que trop vite saisis, sans trop savoir comment s’en détacher narrativement pour s’ouvrir à d’autres horizons. Et le film de sombrer petit à petit dans la redondance. Impression et accueil mitigé pour un film beau, intéressant, fort par intermittence, mais par moments aussi, ennuyeux et un brin laborieux.

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Jour 3 :

Une brume matinale recouvrait Deauville ce matin alors que débutait la première projection de la journée : Chef de Jon Favreau. Chef est clairement LA surprise du festival. Comédie culinaire drôle, humble et touchante, ce récit initiatique filial entre un père et son fils nouant une relation forte est aussi une habile métaphore sur le cinéma, les codes commerciaux imposés et la créativité bridée. Jon Favreau se paye une excursion loin des blockbusters (Iron Man) dans un feel good plus modeste mais hautement délicieux où le réalisateur s’est taillé un rôle en or devant la caméra, entouré de John Leguizamo et de ses amis Scarlett Johansson ou Robert Downey Jr.

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La journée s’est poursuivie avec la conférence de presse de Cold in July, le nouveau bijou de Jim Mickle (We Are What We Are), également projeté dans la matinée (voir notre critique en bas de page – paragraphe Jour Zéro). Le film à reçu un excellent accueil, mérité au passage. En conférence de presse, Jim Mickle nous a parlé de son travail pour restituer ce parfum et cette esthétique eighties, de Don Johnson présent au casting, des idées personnelles apportées par Michael C. Hall (sa coiffure par exemple). Une conférence passionnante avec un réal qui l’était tout autant.

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Direction ensuite la Villa Cartier (le lieu où se font tous les interviews) où nous avons croisé Jon Favreau, notre nouveau chouchou de cette édition. Avec une gentillesse incomparable, le réalisateur d’Iron Man s’est prêté, bien que pressé par ses attachés de presse, a un long moment de partage avec ses fans, signant tous les autographes qui lui ont été demandés et posant avec toutes les personnes désireuses d’un « selfie ». Une crème. On en a profité pour lui dire tout le bien que l’on a pensé de son film, « Chef ».

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Grand moment de la journée, la très attendue masterclass avec l’illustre John McTiernan. Le metteur en scène nous a parlé de Die Hard, de À la Poursuite d’Octobre Rouge, de Predator et de Thomas Crown, le film dont il est le plus fier a t-il avoué. En revanche, il a préféré s’abstenir de tout commentaire sur la suite de la saga Die Hard afin de « rester en bons termes avec son ami Bruce Willis » ! Seul regret, la frustration de voir la discussion animée par Vincent Malausa (Les Cahiers du Cinéma) s’être faite sur un ton très pédant et élitiste avec une théorisation pompeuse excessive de son cinéma. Et notre bon vieux McTiernan n’avait visiblement pas l’air d’avoir envie de s’orienter dans cette direction, préférant livrer des anecdotes, parler simplement et sincèrement de son cinéma à la fois qualitatif et pourvoyeur d’un plaisir légendaire. Un énorme décalage entre le critique dirigeant la masterclass et le metteur en scène culte, remarqué par une assistance agacée. La retranscription sur Mondociné à notre retour.

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Fin de ce quatrième jour avec la projection du film La Disparition d’Eleanor Rigby de Benson, avec James McAvoy et Jessica Chastain. Un drame touchant, à la base diptyque vu des points de vue de chacun de ses héros mais présenté dans une version mixant les deux films en un. Un drame lourd et bouleversant sur le deuil d’un enfant pour un couple détruit. Eleanor Rigby est lent, douloureux, poétique, souvent magnifique, et parle avant tout d’amour et du deuil que chacun appréhende à sa manière. McAvoy y est grand, mais c’est surtout Chastain qui impressionne, terriblement éblouissante et époustouflante. On soulignera une excellente Viola Davis dans un très beau second rôle. Petit couac technique amusant, le film était annoncé comme étant de… « James Cameron ». Oups !

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Jour 2 :

Les choses sérieuses commençaient aujourd’hui avec en introduction, une interview de Manish Dayal puis de Charlotte LeBon, tout deux venus à Deauville pour présenter « Les Recettes du Bonheur » de Lasse Hallström (interview bientôt disponible sur le site). Manish Dayal s’est prêté au jeu avec beaucoup de gentillesse, d’élégance et de professionnalisme, nous parlant de son rapport à la cuisine, de son travail pour incarner un indien crédible, lui qui est américain, de son émerveillement face à ce qui est son premier grand film, de la France où s’est déroulé le tournage etc… Avec Charlotte Le Bon, on aura davantage souffert de sa délicieuse folie pour avoir nos réponses, mais qu’est qu’on aura ri ! La star nous aura fait un véritable show tout en évoquant l’hallucinante aventure qu’est ce film, produit par Spielberg, l’un de ses idoles. Un rêve éveillé pour la belle québécoise.

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La journée s’est poursuivie avec la projection du film en compétition UN HOMME TRÈS RECHERCHÉ d’Anton Corbjin, avec notamment le regretté Philip Seymour Hoffman dans son dernier rôle-titre. Un thriller manipulateur et fascinant nous entraînant dans les coulisses du monde de l’espionnage. Loin des James Bond et autres thriller ou actionner, « Un Homme très Recherché » est d’une précision relevant de l’orfèvrerie, œuvre lente, documentée, sérieuse et réaliste. Cette chronique minimaliste et captivante est portée par un casting de choix, emmené par un impressionnant Philip Seymour Hoffman qui déployait une ultime fois, toute l’étendue de son talent. Mais ça, on le savait déjà.

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La fin de journée s’est poursuie sur la conférence de presse des Recettes du bonheur, avec la présence d’une Helen Mirren radieuse qui aura été au centre des questions et qui aura affiché son amour de la France et de la culture francophile. En soirée, la projection de cette comédie romantique culinaire dont vous pourrez retrouver notre critique en bas de page (voir le chapitre Jour Zéro). À demain avec du lourd et notamment John McTiernan au programme !

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Jour 1 :

Le Festival est officiellement lancé ! Après une journée davantage marquée par les questions d’ordre administratif, une traditionnelle balade sur les « planches » de la plage de Deauville et… une rencontre impromptue avec rien de moins que Jessica Chastain croisée au détour d’une rue, le grand rendez-vous du jour était incontestablement ce soir, avec la soirée d’ouverture en présence de la dite star américaine à laquelle la manifestation a rendu hommage. 20140906-104503-38703238.jpg
Hier soir, l’actrice est apparue émue, belle, élégante, douce, humble, presque impressionnée. Et le public, devant elle, comme le jury à côté d’elle, était sous le charme. Également au programme de cette partie « tribute », un hommage rendu à Lauren Bacall disparue le 12 août dernier et surtout, une vibrante déclaration très émouvante à Robin Williams avec toute une salle qui s’est levée en référence à la scène des tables dans « Le Cercle des Poètes Disparus ». 20140906-103823-38303601.jpg
Puis, un film…. Et quel film ! Le film d’ouverture n’était rien d’autre que le nouveau Woody Allen, « Magic in the Moonlight » avec Colin Firth et Emma Stone. Une déception aussi cruelle que n’aura été belle la journée. Ce dernier cru « romanti-comique » du cinéaste new-yorkais est ennuyeux comme la pluie, paresseux et vide, en plus d’être avare en humour et en gouaille. Un échec qui n’est pas compensé par l’esthétique et le ton habituels d’Allen. Non seulement « Magic in the Moonlight » transpire la redite mais qui plus est, une mauvaise redite, le tout devant d’excellents acteurs mais terriblement mal dirigés. On ne s’était plus autant ennuyé devant un Woody depuis « Vous Allez Rencontré un Bel et Sombre Inconnu ».20140906-105343-39223904.jpg

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Jour Zéro :

Découvrez déjà nos avis sur quelques-uns des films qui vont être présentés et que nous avons eu la chance de voir en amont du festival.
Notre critique du prochain film de Gregg Araki, White Bird (en compétition)
Notre critique de Sin City 2 : J’ai Tué pour Elle (film de clôture)
Notre critique de Juillet de Sang de Jim Mickle (en compétition)
Notre critique de Les Recettes du Bonheur de Lasse Hallström.

 

Un commentaire à propos de “FESTIVAL AMÉRICAIN DE DEAUVILLE 2014 : NOTRE POINT QUOTIDIEN EN DIRECT DE NORMANDIE !

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