DA SWEET BLOOD OF JESUS de Spike Lee [Critique]

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note 2.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Da Sweet Blood of Jesus
Parents : Spike Lee
Date de naissance : 2014
Majorité : Indéterminée
Type : Sortie indéterminée
Nationalité : USA
Taille : 2h03 / Poids : 1,4 M$
Genre : Horreur, Romance

Livret de famille : Stephen Tyrone Williams (Dr Hess Greene), Zaraah Abrahams (Ganja Hightower), Rami Malek (Seneschal Higginbottom), Elvis Nolasco (Lafayette), Thomas Jefferson Byrd (Bishop Zee), Joie Lee (Colquitt)…

Signes particuliers : A travers une sorte de romance vampirique, le cinéaste militant Spike Lee parle de la communauté afro-américaine et brasse de nombreuses thématiques dans un film intimiste à très petit budget qui n’a toujours pas de distributeur en France.

L’ADDICTION AU SANG SELON SPIKE LEE

LA CRITIQUE

Résumé : Lorsque le Dr Hess Green est en contact avec un mystérieux artefact maudit par l’intermédiaire d’un amateur d’art ancien, Lafayette Hightower, il est irrémédiablement aspiré par une soif de sang qui submerge son âme. Il n’est cependant pas un véritable vampire. Lafayette succombe lui rapidement à la nature vorace du mal, mais laisse en Hess un homme transformé.da_sweet_blood_of_jesusL’INTRO :

Du remake américain de Old Boy produit par un grand studio à une œuvre minimaliste financée via le réseau participatif Kickstarter… Voilà l’étrange trajectoire semée d’embûches du cinéaste militant Spike Lee. Voie propice au soutien à de jeunes cinéastes et à de petits projets ne bénéficiant pas de la bienveillance d’un studio, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine tristesse de voir un artiste doublement nommé aux Oscars, avoir besoin du système du crowfounding pour produire sa nouvelle œuvre, faute de soutien. Mais dans le même temps, il serait peu lucide de ne pas voir pourquoi le projet Da Sweet Blood of Jesus ne pouvait se monter autrement. Fréquemment désigné comme une relecture non officielle du Ganja & Hess de Bill Gunn (1973), le 21ème long-métrage de Spike Lee s’éloigne tellement de sa source d’inspiration évoquée, qu’il serait presque coupable de parler de « remake » tant il s’agit là d’une nouvelle interprétation, d’un autre film, motivé par des choix, des intentions et des thématiques radicalement différentes. On en viendrait presque à vouloir affirmer que Da Sweet Blood of Jesus entretient au moins autant de rapport avec lui qu’avec le Blacula de William Crain, puisque seul un pitch de départ commun les rapprochent. Et de fait, Spike Lee lui-même se défend de ce rapport, parlant de « ré-imagination ».Da-Sweet-Blood-of-Jesus-17 L’AVIS :

Autant prévenir tout de suite, les passionnés d’iconographie et d’univers vampirique qui attendraient avec Da Sweet Blood of Jesus, un film d’épouvante classique et divertissant seront déçus. D’ailleurs, le cinéaste confesse qu’il ne s’agit même pas de « vampires » au centre de son nouveau long-métrage, mais d’êtres humains addict au sang. Un film qu’il qualifie de « drôle, sexy et sanglant », explorant une nouvelle forme de romance. Et s’il peut se montrer en effet sanglant et sexy, Da Sweet Blood of Jesus n’est en réalité pas loin de l’expérimentalisme d’un auteur qui casse les conventions traditionnelles pour livrer une œuvre indépendante et intimiste, faite de collage de genres, d’images, de musiques, de dialogues souvent métaphoriques voire hautement symboliques.maxresdefaultŒuvre résolument « black », étrange, mystérieuse et ô combien déroutante, on pourrait percevoir quantité de choses dans Da Sweet Blood of Jesus. Des idées, Spike Lee en a beaucoup, même si elles ne sont pas toutes adroitement explorées au sein d’un script qui affiche des faiblesses, et même si le film reste très souvent nébuleux dans ses intentions, au point de laisser transpirer une œuvre un peu repliée sur elle-même, autant formellement que narrativement. On pourrait y voir par exemple, une parabole d’une Amérique évoluée et sophistiquée et dans le même temps primitive dans les statuts sociaux qu’elle impose, en cela qu’elle s’est construite sur le sang et que son fonctionnement socio-économique et politique reste très « sanguinaire », « suceur de sang » à tous les niveaux imagés, dans son individualisme où les plus forts « se nourrissent » des plus faibles, dans sa philosophie de l’exploitation des classes ou dans son appropriation des âmes, des essences, des cultures. On pourrait y voir aussi, à l’image du film originel, une habile métaphore verbeuse de l’assimilation de la culture afro-américaine par l’impérialisme blanc, ou encore une manière de discourir sur les addictions diverses, au sang, à l’amour, thématique chère au cinéma de Lee. Enfin, on pourrait y percevoir une illustration de la transmission du SIDA au sein des populations black, même si cette dernière vision défendue par certains, semble soit mineure, soit extrêmement tirée par les cheveux. Toujours est-il qu’en multipliant les symbolismes sociétaux, économiques, politiques et religieux, Spike Lee essaie d’exprimer quelque-chose. Dommage qu’il ne développe pas suffisamment son propos et qu’une certaine forme de confusion s’installe sur ce à quoi tend son insondable, voire hermétique, Da Sweet Blood of Jesus, qui exige une attention extrême pour parvenir à capter sa moelle et son propos. La seule chose qui est sûre, c’est qu’il témoigne d’un engagement passionné et que sa singularité lui permet de ne ressembler à rien d’autre de connu. On aurait juste aimé que sa richesse soit plus explicite pour être mieux perceptible. Une véritable curiosité artistique doublée d’un film d’auteur à la fois énigmatique et fascinant… mais seulement par intermittence.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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