ZERO THEOREM de Terry Gilliam
Critique – avant-première (anticipation)

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note 5.5
Carte d’identité :
Nom : The Zero Theorem
Père : Terry Gilliam
Livret de famille : Christoph Waltz (Qohen), David Thewlis (Joby), Mélanie Thierry (Bainsley), Matt Damon (Management), Tilda Swinton (Dr Shrink-room), Lucas Hedges (Bob), Peter Stormare (un docteur), Ben Wishaw (un docteur)…
Date de naissance : 2013
Majorité : 25 juin 2014 (en salles)
Nationalité : USA, Angleterre, Roumanie
Taille : 1h39
Poids : Budget 8,5 M$

Signes particuliers (+) : Terry Gilliam revient à ce qu’il a sait faire de mieux : le cinéma d’anticipation satirique livrant une métaphore du monde moderne. Zero Theorem est une nouvelle expérience souvent fascinante, riche et intelligente, analysant notre époque ultra-connectée et désespérée. Et Christoph Waltz y est grandiose. Une fois de plus.

Signes particuliers (-) : Lourdeur du style, du langage et redondances atténuent l’impact d’une oeuvre parfois poussive.

 

30 ANS APRÈS BRAZIL

LA CRITIQUE

Résumé : Londres, dans un futur proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante appelée Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie…www.indiewire.com L’INTRO :

The Zero Theorem ou l’art de la patience à l’américaine avec un film qui sort de presque quinze années de gestation. Il était une fois une brillante brillante parue en 1999 sous la plume de Pat Rushin. Si brillante qu’elle devient un script envoyé dans le cadre du Project Greenlight des amis Ben Affleck et Matt Damon, concours géant destiné aux jeunes auteurs ayant du talent. Une place de finaliste, le scénario repéré et le début d’un travail de longue haleine entre nombreuses réécritures, espoirs, doutes, réalisateur intéressé puis désengagé, puis de retour… Il faut dire que Terry Gilliam était de loin LE cinéaste idéal pour matérialiser cette histoire science-fictionnelle métaphorique sur la société moderne à l’univers fortement singulier. Mais parasité par l’entreprise de son Imaginarium du Docteur Parnassus ou ses nouvelles déboires acte 23 sur son Don Quichote, Gilliam connaît une période mouvementée. Désireux de tourner quelque-chose rapidement, le cinéaste est finalement revenu à bord de ce projet passionnant finalement emballé très vite une fois le metteur en scène entièrement dévoué à sa cause et un acteur de talent trouvé en la personne de l’excellent Christoph Waltz. Il fallait bien ça pour un film reposant beaucoup sur la performance d’acteur. mdzt

L’AVIS :

Et pas loin de trente ans après le culte Brazil, géniale parabole kafkaïenne de la société de son temps par l’entremise d’un univers science-fictionnel délirant rattaché aux angoisses du 1984 d’Orwell, l’ex-Monty Python Terry Gilliam signe un film « presque » similaire mais réactualisé, comme un retour à ses heures de gloire par un film dressant un portrait d’une grande acuité sur le monde d’aujourd’hui, ses incohérences, ses obsessions, le pouvoir d’aliénation de la société, la paranoïa, le totalitarisme déguisé, la virtualisation de la vie… Une œuvre foisonnante, éblouissante et partiellement décalée, à la fois drôle, attachante et complexe, peignant l’étrange monde actuel dans lequel nous vivons, ultra-connecté, désespéré, chaotique derrière son apparente sur-organisation hiérarchisée, isolationniste tout en étant sur-entouré dans des fourmilières humaines, dans la quasi-impossibilité de rencontrer la solitude et la quiétude apaisante… Un monde où l’on est tous à la recherche d’un but à poursuivre, du sens de notre vie, au risque de passer à côté d’elle, au risque de voir nos angoisses prendre le dessus sur la simplicité oubliée de l’existence.ZT_020514_1280

Métaphore existentielle, métaphysique et philosophique, The Zero Theorem est une œuvre narrativement adossée à des thématiques riches et parfaitement « gilliamesque », étrangeté ubuesque portée par le pouvoir d’incarnation de son extraordinaire comédien principal Christoph Waltz, le talent et la vision d’un cinéaste revenant à ce qu’il sait faire de mieux et une délicieuse galerie de seconds rôle (Matt Damon parfait en autorité froide, Mélanie Thierry étourdissante de sex-appeal, Tilda Swinton formidable en psy déjantée…). Visuellement formidable et en adéquation avec son sujet (technologisation accrue, couleurs criardes, écrans, virtualisation extrême), voilà peut-être l’un des films les plus intéressants de son auteur sur ces dernières années. The Zero Theorem appartient à cette catégorie des OFNI inclassables, uniques, fascinants. Un effort hybride, polyforme, exigeant, seulement freiné par quelques redondances et une certaine lourdeur du style et du langage, d’autant que parfois, Gilliam ne semble plus avoir la recette d’un Brazil et piétiner poussivement contre le mur de ses ambitions. Reste quand même un objet singulier et passionnant pouvant être saisi comme le dernier élément d’une trilogie d’anticipation commencée avec Brazil et continuée avec L’armée des Douzes Singes

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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2 commentaires à propos de “ZERO THEOREM de Terry Gilliam
Critique – avant-première (anticipation)

  1. Bonsoir Pierre,

    Malheureusement non, The Zero Theorem a fait partie des « petites sorties » avec seulement un peu plus d’une centaine de salles le passant en France. En comparaison, un blockbuster a généralement droit à quelque-chose comme 400 à 700 écrans. Et pour exemple, cette semaine, la comédie Triple Alliance qui n’était pas très largement distribué a eu droit à 387 copies. C’est dire… Il a été distribué comme un film d’auteur. J’espère que cela répond à peu près correctement à ta question.

  2. merci
    j’ai vraiment aimé ce film en dépit de petit défauts et perte de rythme et suis content de lire votre critique bien meilleure que quoi que je puisse écrire.
    si vous avez le temps, pouvez vous me dire s’il a bien été distribué en France par rapport à d’autres films?
    merci
    Cordialement
    Pierre

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