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US de Jordan Peele : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Us
Père : Jordan Peele
Date de naissance : 2018
Majorité : 20 mars 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h57 / Poids : NC
Genre : Epouvante

Livret de famille : Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss…

Signes particuliers : Plus travaillé que Get Out, mais moins bon.

PEELE OU FACE

LA CRITIQUE DE US

Synopsis : Des parents emmènent leurs enfants dans leur maison secondaire près d’une plage afin de se détendre et de se déconnecter. Au fur et à mesure que la nuit arrive, la sérénité se transforme en tension. Lorsque des invités supplémentaires se joignent au groupe, l’agitation palpable dégénère en chaos.

L’adage est bien connu, le plus difficile après un premier succès d’entrée de carrière est de réussir « le film d’après ». Ce redouté deuxième long-métrage où l’on vous attend au tournant, projecteurs braqués plein gaz sur votre tête. Jordan Peele en fait justement l’amère expérience avec Us, thriller horrifique qui fait suite au carton planétaire de son malin Get Out, succès public et critique qui s’est follement hissé jusqu’aux Oscars. Dans Us, une famille américaine file en vacances dans leur maison secondaire près de la mer. Mais quand la nuit tombe, des invités très particuliers débarquent et le chaos s’installe…

Avec Us, Jordan Peele s’amuse de la thématique du doppelganger pour tricoter un thriller au suspens voulu terrifiant, où des personnages vont devoir affronter leurs « doubles » dans un cadre de survival quasi apocalyptique. Sur le papier, le film rappelle autant La Quatrième Dimension (précisément l’épisode Mirror Image) que le Cohérence de James Ward Byrkit (2013). Mais là où le premier lorgnait vers le fantastique et le second du côté de la SF, Us s’affirme clairement comme un film d’épouvante sous haute tension. L’affaire était alléchante et l’attente décuplée par les premières images d’une bande-annonce non seulement esthétiquement somptueuse mais surtout foutrement efficace… Mais allez comprendre, on a l’impression que Peele a oublié tout ce qui avait sa force précédemment. Get Out brillait par son sens du rythme, par sa frénésie à l’horreur délirante, par son humour noir, son attachante modestie et ses idées de mise en scène nées comme une parade à l’étroitesse d’un budget qui poussait à l’inspiration. Sur Us, le cinéaste déçoit précisément là où on ne l’attendait pas. Ennuyeux, long, inefficace, mal raconté, Us cumule des tares qui sont diamétralement opposées à tout ce qui faisait l’essence de Get Out.

D’emblée, on sent Jordan Peele désireux d’installer ses personnages et surtout d’installer une ambiance forte dans laquelle ils vont évoluer. Le cinéaste prend son temps pour poser son histoire, son contexte, ses motifs et enjeux horrifiques, le tout avec une rythmique qui rappelle un peu celle du Jaws de Spielberg, classique fondateur auquel il se paye d’ailleurs un petit clin d’œil immanquable. Petit à petit et par paliers progressifs, Peele commence à élaborer sa mythologie horrifique avant de procéder comme sur Get Out, et de laisser son film vriller vers une épouvante proche du surréalisme. Sauf qu’un à un, Jordan Peele commet tous les impairs à ne pas commettre, à commencer par un découpage improbable et qui surprend pour une production Jason Blum, gage habituel d’ultra-efficacité. L’un des plus gros défauts de Us est sa manière de gérer ses séquences. Tout est trop long. Séparément et prises individuellement, elles sont pourtant presque toujours intéressantes, potentiellement flippantes, bien fichues et remarquablement mises en scène. Mais systématiquement, Jordan Peele les laisse vivre deux à trois fois trop longtemps. A l’arrivée, Us pâtît d’un rythme interne complètement aux fraises, un rythme qui cherche la différence mais dont la lenteur a vite fait de dézinguer la tension et le pouvoir de trouille qui pouvait naître de ses images. On en viendrait presque à croire que le film tel quel est un premier jet de montage avant un seconde passe pour tout resserrer, pour lui apporter la densité et le dynamisme qu’il semble réclamer en hurlant de toute son âme. Mais non. Us assumera jusqu’au bout cette dialectique de narration étrange où chaque dialogue, chaque confrontation, chaque scène d’épouvante tire vers un interminable aux allures de doigt d’honneur à l’efficacité la plus basique. Absurde.

En résumé, Us est un authentique pari narratif et formel qui se tire une balle dans le pied à vouloir proposer une alternative aux films de genre traditionnels qui ont pour habitude de sacrifier la peur sur l’autel du formatage horrifique et de la vitesse d’exécution. Même si l’idée est louable, elle ne fonctionne pas car Peele foire ses intentions et passe complètement à côté en plus de se regarder filmer en ayant trop conscience d’être malin. Pour le resituer sur l’échiquier du genre, Us pourrait s’apparenter au récent Hérédité d’Ari Aster mais sans la tension viscérale que celui-ci parvenait à orchestrer au détour de son rythme particulier. En revanche, point commun que les deux œuvres partagent, cette volonté d’expliquer. On ne rentrera bien évidemment pas dans les détails pour préserver le suspens mais au lieu de rester dans l’énigmatique bien plus terrifiant, Jordan Peele commet la même erreur qu’Ari Aster à la fin de son film : vouloir tout raconter, tout rationaliser, tout expliquer. Et à ce jeu là, Us se tire une seconde balle dans l’autre pied avec un final aussi décevant que foireux et peu compréhensible. Malgré une mise en scène capable de fulgurances et des comédiens qui peuvent briller (Lupita Nyong’o essentiellement car Duke Wilson en fait des caisses à côté d’elle), Us est une énorme déception qui confirme bien que le fameux « film d’après » est souvent une sacrée galère, surtout quand on veut faire carrément autre chose. Une déception d’autant plus frustrante qu’il y a beaucoup de génie disséminé par intermittence dans cette nouvelle proposition audacieuse, ambitieuse, intéressante, mais trop branlante pour convaincre, et dont le propos sur le miroir obscur de nos sociétés et de nous-même se dissout dans une esbroufe continuelle.

BANDE-ANNONCE :

Par David Huxley

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