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QUEEN & SLIM de Melina Matsoukas : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Queen & Slim
Père : Melina Matsoukas
Date de naissance : 2019
Majorité : 12 février 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h12 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Daniel Kaluuya, Jodie Turner-Smith, Bokeem Woodbine…

Signes particuliers : Fort et engagé, un film différent sur un sujet pourtant souvent traité.

UNE CAVALE SUR FOND DE DISCRIMINATION

NOTRE AVIS SUR QUEEN & SLIM

Synopsis : En Ohio à la suite d’un rendez-vous amoureux, deux jeunes afro-américains qui se rencontrent pour la première fois, sont arrêtés pour une infraction mineure au Code de la route. La situation dégénère, de manière aussi soudaine que tragiquement banale, quand le jeune homme abat en position de légitime défense le policier blanc qui les a arrêtés. Sur la route, ces deux fugitifs malgré eux vont apprendre à se découvrir l’un l’autre dans des circonstances si extrêmes et désespérées que va naître un amour sincère et puissant révélant le coeur de l’humanité qu’ils partagent et qui va changer le reste de leurs vies. 

Réalisatrice de clips très prisée qui a roulé sa bosse avec des stars comme Jennifer Lopez, Kylie Minogue, Béyoncé ou Rihanna (entre autres), Melina Matsoukas franchit un cap dans sa carrière en signant son premier long-métrage. Porté par Daniel Get Out Kaluuya et Jodie Turner-Smith, Queen & Slim retrace le destin de deux jeunes afro-américains qui se retrouvent pour un rendez-vous galant. Arrêtés en rentrant pour une petite infraction mineure par un policier tendu, la situation dégénère et Slim abat l’officier en légitime défense. Mais qui va les croire ? Pris de panique, ils fuient.

A l’inverse de plusieurs films ces dernières années ayant pour sujet une thématique équivalente, Melina Matsoukas ne se sent jamais obligée de trop forcer le trait de son discours sociétal sur les inégalités raciales aux États-Unis, sans pour autant l’esquiver ou le reléguer dans la marge. Loin de là. C’est la force de son premier film, son geste sait contenir le danger du manichéisme binaire et même s’il peut s’y accrocher parfois, plus par maladresse qu’autre chose, il arrive néanmoins à le dépasser pour avancer à bonne cadence dans une direction intelligente. Queen & Slim s’appuie sur son fait divers fictif (mais représentatif d’une réalité devenue tristement banale outre-Atlantique) pour articuler deux récits parfaitement imbriqués et maîtrisés. A mesure que le général prend de l’ampleur, l’intime s’affine et se sublime. D’un côté, il y a le fléau de ces bavures policières impliquant des afro-américains, qui dérapent quand la situation se tend inexplicablement. Les exemples sont légion au quotidien et le cinéma a d’ailleurs de plus en plus tendance à s’emparer de cette problématique pour la dénoncer dans des brûlots coup de poing (Fruitvale Station, Kings, The Hate U Give, Detroit, American Skin). C’est sur ce point que Queen & Slim trouve son originalité. Œuvre coup de poing peut-être, mais pas nécessairement brûlot, le film lui préférant le chemin du road movie dramatique teinté de romance, de mélancolie et de tendresse, s’autorisant même quelques petites embardées vers le rire.

Melina Matsoukas ne laisse pas son film reposer entièrement sur son postulat engagé. La cinéaste lui donne du coffre en le formulant dans une histoire qui évolue parallèlement, une histoire cohérente et enthousiasmante, déroulant la destinée d’un couple de fortune venant à peine de se rencontrer, et qui va apprendre à se connaître dans un contexte de danger tragique. Ils étaient deux étrangers en plein rencard Tinder, leur différence a vite sauté aux yeux, et pourtant cette cavale va les forcer à s’apprivoiser. Une très bonne idée narrative qui va donner un surplus de saveur à un film traversant les genres, autant thriller palpitant que drame émouvant. Car au détour de cette fuite criminelle façon Bonnie & Clyde des temps modernes (même si les deux héros n’ont rien de criminels endurcis et sont juste deux quidams dépassés par les événements, ce qui les rapprochent davantage d’un tandem à la Thelma et Louise), Melina Matsoukas va tricoter une chronique sociale plutôt intelligente, polarisant les débats de l’opinion publique pour discourir sur une réalité de l’Amérique actuelle. Pour la communauté noire, ils sont des héros incarnant les maux raciaux dont elle est victime. Pour les blancs, ils sont des tueurs de flics. Matsoukas maîtrise bien son opposition, même si on pourra lui reprocher de la déséquilibrer par moments via quelques scènes dispensables (la manifestation pro Queen & Slim).

Un Spike Lee aurait sans doute tiré de cette histoire, un film beaucoup plus revanchard et polarisé. D’autres auraient été maladroits à trop vouloir jouer la corde sensible. Melina Matsoukas se montre assez maligne, trouvant le bon tempo dans la plupart des éléments qui constituent son arc narratif. Rien ne phagocyte rien, pas plus la composante sociale et dénonciatrice que le road trip d’une fuite ou le récit de deux étrangers qui apprennent à se découvrir. Tout est bien dosé pour amener un film qui n’aurait pu être que redite, vers une certaine fraîcheur. Fraîcheur narrative, formelle aussi, et thématique puisque en creux, Queen & Slim développe un commentaire pertinent sur la figure du héros moderne et ceux que l’on érige en symboles.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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