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MIDSOMMAR d’Ari Aster : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Midsommar
Père : Ari Aster
Date de naissance : 2019
Majorité : 31 juillet 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille
: 2h27 / Poids : NC
Genre : Thriller, Épouvante

Livret de famille : Jack Reynor, Florence Pugh, Will Poulter, William Jackson Harper, Bjorn Andresen…

Signes particuliers : Un peu lent, un peu long, mais diaboliquement glaçant !

PRÉPAREZ-VOUS À PÉNÉTRER DANS UN CAUCHEMAR TERRIFIANT

LA CRITIQUE DE MIDSOMMAR

Synopsis : Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival estival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.

Ari Aster, le petit génie du cinéma d’épouvante qui avait signé un 90% de chef-d’œuvre avec le presque excellent Hérédité et sa fin toute pétée, est de retour avec une nouvelle terreur baptisée Midsommar. Ce titre aux consonances bizarres, c’est le nom en suédois des festivités du solstice d’été (en gros les fêtes de la Saint-Jean en France), cadre de ce second long-métrage aux allures d’intense voyage cauchemardesque dans des rites occultes scandinaves. Dans Midsommar, un groupe d’amis fait le voyage des États-Unis vers la Suède profonde, pour passer quelques jours dans une espèce de communauté mormono-hippie d’où est originaire l’un d’eux, communauté se prépare à célébrer des festivités qui n’ont lieu qu’une fois tous les 90 ans. Mais les vacances de rêve vont vite prendre une tournure très… menaçante.

Si vous en avez assez de ces productions horrifiques modernes moulées dans la fadeur et les jump-scare bas de gamme, Midsommar sera votre planche de salut. Peu client d’une épouvante formatée selon le diktat de l’efficacité dogmatique, Ari Aster est un cinéaste qui aime les atmosphères, qui aime les expériences cinématographiques où la peur se formule davantage comme une ambiance suffocante tapie en toile de fond, les expériences qui ne se donnent pas facilement comme une vulgaire Marie-couche-toi-là mais plutôt où les clés sont distillées pas à pas alors que le récit évolue perpétuellement en profondeur et non sur la base d’une structure arithmétiquement calibrée pour répondre à une recette préétablie. Si l’on devait définir Midsommar, on pourrait y voir la rencontre entre le cultissime The Wicker Man de Robin Hardy et le flippant The Sacrament de Ti West. En gros, un film soumis à son propre rythme très particulier, lent, pesant, qui enferme doucement le spectateur dans l’étrangeté d’un songe horrifique avant de le piéger entre le fantasmagorique inquiétant et l’éveillé tétanisant. Le tout après une introduction choc qui bouleverse autant qu’elle pétrifie sur place en plantant avec solidité ses personnages (dont Dani et Christian, une jeune femme bouleversée remarquablement campée par Florence Pugh et son petit-ami).

Logiquement, les plus impatients auront beaucoup de mal à supporter un film qui cherche de nouvelles formules d’expression à l’horreur. Comprenez par là, un film qui n’a rien de frénétique, qui ne recherche pas le climax permanent, un film qui prend son temps pour déployer une angoisse sourde née d’une atmosphère de malaise diffus qui se charge progressivement en particules anxiogènes pour glisser doucement du crispant vers l’oppressant avant d’atterrir du côté de l’irrespirable. Comme un agneau de huit heures, la tension est quelque chose de sacré pour Ari Aster et il prend un soin méticuleux à l’élaborer, à la malaxer pour en faire quelque chose de fabuleusement poétique dans l’horreur terrifiante. Semblable à un long chemin sinueux où le charme d’apparat est si beau qu’il en devient très vite inquiétant en fond, Midsommar nous embarque, comme ses protagonistes, dans un voyage sensoriel où tout n’est qu’illusion, où la perfection d’une harmonie idyllique et d’une communion parfaite avec la nature pour cette communauté aux sourires « chelou », n’est que le miroir tendu cachant un envers que l’on pressent malveillant et que l’on a instantanément peur de découvrir.

Encore une fois après Hérédité, on est ébahis, totalement soumis et sous le joug de cette tension asphyxiante intelligemment orchestrée par Ari Aster. Mais encore une fois comme pour Hérédité, le cinéaste ne semble pas être en mesure de conclure totalement son travail, de marquer le touch down parfait qui enverrait son film dans le sacro-saint sanctuaire des chefs-d’œuvre indiscutables. Sur Hérédité, le problème était cette fin complètement neuneu qui faisait l’effet d’une douche glacée après une douce séance de cocooning choyant. Sur Midsommar, c’est la durée qui fait l’effet d’un caillou dans la chaussure. 2h20, c’est trop long, surtout quand on les sent dans les genoux. Si tout est utile dans le film car participant à créer cette ambiance si subtilement travaillée, Aster commet souvent ce petit impair d’allonger systématiquement un peu trop ses plans, scènes et actes. Tellement que l’effet de terreur se délite parfois sous le poids de cet étirement excessif qui bouffe un peu l’intrigue, comme les personnages. Le concentré de terreur en est dilué et perd un peu en saveur, surtout quand le sentiment d’angoisse éprouvée est parasité par l’envie de regarder sa montre.

Mais quoiqu’il soit, Midsommar marque quand même la confirmation d’un sacré d’auteur qui a juste besoin de se perfectionner. Plus proche d’un Kubrick que d’un James Wan (on le sent plus amoureux de péloches à la Shining que de roller coaster façon Conjuring), Ari Aster livre une œuvre qui donne des sensations de vertige à mesure que ses protagonistes perdent pied, pris dans l’engrenage de cette communauté aux allures de secte effrayante. Et dans la droite lignée de ce que l’on avait déjà pu remarquer sur Hérédité, la mise en scène de dingue d’Aster est l’autre point fort qui fait briller cette proposition soigneusement esthétisée. Sublime composition artistique ou surdose d’un bonhomme qui se regarde un peu filmer alors que se multiplient les plans virtuoses, ce sera un autre débat qui risque d’alimenter le cas Aster. Midsommar divisera certainement entre ses partisans et ses détracteurs mais dans tous les cas, bon sang quelle audace et quelle virée psychologique au nihilisme glaçant d’effroi et redoutablement inconfortable !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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