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LES NOUVEAUX MUTANTS de Josh Boone : la critique du film

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Carte d’identité :
Nom : The New Mutants
Père : Josh Boone
Date de naissance : 2019
Majorité : 26 août 2020
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h33 / Poids : 100 M$
Genre : Super-héros, Thriller, Épouvante

 

Livret de famille : Maisie Williams, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Blu Hunt, Henry Zaga, Alice Braga…

Signes particuliers : Pas si mal !

 

DE FILM MAUDIT À BONNE SURPRISE

NOTRE AVIS SUR LES NOUVEAUX MUTANTS

Synopsis : Rahne Sinclair, Illyana Rasputin, Sam Guthrie et Roberto da Costa sont quatre jeunes mutants retenus dans un hôpital isolé pour suivi psychiatrique. Le Dr Cecilia Reyes, qui estime ces adolescents dangereux pour eux-mêmes comme pour la société, les surveille attentivement et s’efforce de leur apprendre à maîtriser leurs pouvoirs. Lorsqu’une nouvelle venue, Danielle Moonstar, rejoint à son tour l’établissement, d’étranges événements font leur apparition. Les jeunes mutants sont frappés d’hallucinations et de flashbacks, et leurs nouvelles capacités – ainsi que leur amitié – sont violemment mises à l’épreuve dans une lutte effrénée pour leur survie.

Dire que Les Nouveaux Mutants revient de loin serait un euphémisme tant le film de Josh Boone aura connu une production aussi houleuse que les mers déchaînées de l’extrême Pacifique. Il aura tout eu, tout vécu, tout subi et se livre aujourd’hui après moult péripéties, comme le fruit d’un gigantesque cauchemar industriel. Restait à savoir si au cœur du typhon, Josh Boone a pu sortir quelque chose de potable, si le cinéaste révélé par la douceur du mélo adolescent (coucou Nos Étoiles Contraires) a pu sauver les meubles. Pour la faire courte, Les Nouveaux Mutants a dû braver plusieurs versions du script, des reports en pagaille, des reshoots à gogo (avec la problématique que la jeune Maisie Arya Stark Williams avait grandi entre le début et la fin des prises de vues), il a surtout pris de plein fouet l’interventionnisme destructeur d’un studio (la Fox) qui a foutu un sacré bordel sur le montage, et enfin il a dû se dépatouiller de l’indécision profonde de son sort lorsque Disney l’a récupéré après son rachat de ladite Fox. On a même pensé un temps qu’il ne verrait jamais le jour, puis qu’il serait victime d’une relégation en svod. Mais au cœur d’un été moribond pour le cinéma où tous les regards sont tournés vers un Tenet attendu comme le messie-sauveur, le voilà qui débarque, dans une sorte de semi-discrétion que l’on pouvait interpréter comme un aveu d’échec et une volonté de le faire passer sous le radar médiatique. Disney n’y croyait pas ? Pourtant, c’est bel et bien au studio de Mickey que l’on doit le sauvetage du film quand il a autorisé Josh Boone à reprendre son montage pour livrer sa vision flinguée par la Fox quelque temps auparavant…

Bref, les connaisseurs et les impatients le savent déjà mais pour les autres, Les Nouveaux Mutants est le nom d’une équipe de super-héros évoluant dans l’univers des comics Marvel et rattachés façon spin-off aux X-Men. D’où le fait que Simon Kinberg, emblématique producteur de la franchise ciné et réalisateur du très « moyen » dernier opus (Dark Phœnix) est associé au projet. Dans cette adaptation/transposition/re-création, un groupe de jeunes mutants est enfermé dans une sorte d’hôpital-laboratoire où une doctoresse leur apprend à comprendre et canaliser leurs pouvoirs qu’ils ne maîtrisent pas encore totalement, tout en s’efforçant de régler leurs divers traumas psychiatriques. Les plus aptes pourraient rejoindre l’école de son employeur. Charles-Xavier ?! Mais quand une nouvelle venue arrive dans les lieux, tout va voler en éclats…

Il aura suffit d’une petite heure et demi pour oublier le douloureux parcours des Nouveaux Mutants jusqu’à son arrivée en salles. Une petite heure trente convaincante qui balaie assez vite les craintes de voir un accident industriel broyer les bonnes intentions d’un projet qui faisait tant saliver depuis 2-3 ans. Non, Les Nouveaux Mutants n’est pas la catastrophe redoutée. Ce n’est pas forcément une énorme surprise ou une belle petite claque inattendue mais en toute franchise, le film de Josh Boone a de solides arguments à défendre pour s’imposer comme un écart un peu original dans le cinéma marvellien moderne (même si Marvel n’est qu’associé de loin et que le film est clairement un à-côté estampillé Fox, ce qui lui octroyait plus de liberté – en théorie- façon X-Men ou Deadpool). Ses points forts sont nombreux. D’abord, ses personnages, attachants, différents, intéressants. Loin des standards classiques des super-héros et loin des X-Men autour desquels l’histoire gravite, Les Nouveaux Mutants nous introduit une petite galerie de personnages fortement abîmés, traînant de lourds traumas psychologiques hérités de parcours personnels plus que chaotiques. Ils sont les vecteurs de la noirceur du film, son crédo le rapprochant d’ailleurs davantage d’un Logan que de la saga canon X-Men. Car oui, le film de Josh Boone est sombre, osé, violent et par moments à la lisière (voire au-delà) de l’épouvante. Pour tout cela, Les Nouveaux Mutants propose quelque chose d’un peu nouveau, d’un peu marginal dans la production du genre actuel, nourri de petites aspérités bienvenues. Un peu comme le Glass de Shyamalan, qui pourrait d’ailleurs être son cousin germain plus adulte et mature. Autre grande qualité qui parle pour lui, la créativité dont fait preuve Josh Boone, tant dans l’élaboration de ses héros et de leurs pouvoirs que dans sa mise en scène bardée d’idées. Le casting aussi, fort de jeunes acteurs talentueux dans l’air du temps (Maisie Williams de GOT, Anya Taylor-Joy que l’on ne présente plus, Charlie Heaton de Stranger Things ou Blu Hunt de The Originals). Enfin, on notera le regard du cinéaste sur l’adolescence, cette étape de vie aux allures de film d’horreur comme il aime à le rappeler, où l’on se révèle comme nos jeunes héros révèlent leurs pouvoirs à l’âge de la puberté. Un lien entre adolescence et épouvante que Boone souligne au passage avec un petit clin d’œil malicieux quand ses protagonistes regardent à plusieurs reprises Buffy à la télé, série emblématique sur le sujet.

Avec autant de qualités, Les Nouveaux Mutants est-il une réussite sur toute la ligne alors ? Malheureusement, non. S’il s’en tire avec des honneurs mérités parce qu’il réussit à proposer quelque chose, parce qu’il atteint une bonne partie de ses objectifs et parce qu’il peut se vanter de tenir la route malgré l’adversité, reste que l’on est en présence d’un film fragile dont les fragilités fissurent ça et là le bel écrin de façade. Globalement, on ne sent pas trop le poids des reshoot et l’enfer d’un accouchement difficile. Dans les détails en revanche, on peut percevoir que quelque chose n’a pas toujours tourné bien rond. Les Nouveaux Mutants impose un univers, une ambiance et un ton, et c’est déjà formidable. Derrière, on remarque quelques raccourcis et manquements. Principalement, on sent que beaucoup de choses auraient pu être mieux développés avec davantage de confiance, de bienveillance et de soutien au projet. S’il n’est pas agonisant, on le sent un peu malade, ou plutôt en rémission comme s’il se traînait cette vieille toux qui peine à se guérir après une bronchite. Les pouvoirs des personnages, l’obscure entreprise qui se cache derrière cet étrange « hôpital » où les jeunes mutants sont retenus prisonniers (le film est en cela un vrai huis-clos suffocant), la matérialisation de leurs traumas, le final un peu tambouille où l’on jette tout dans la marmite… Souvent, Les Nouveaux Mutants manque d’un peu de finesse d’écriture, de peaufinement pour bien gérer tous ses enjeux, ses ressorts, ses idées et intentions, comme si le gros oeuvre avait été bien fait mais que les finitions avaient été un peu plus expédiées. Un défaut qui se traduit plus clairement dans son positionnement. Film d’épouvante ? Un peu mais pas complètement assumé. On entrevoit le genre mais nombre diront qu’il « ne fait pas vraiment peur ». Film de super-héros ? Aussi, mais intimiste alors, avec une volonté de mettre les personnages au devant du spectacle, ce qui risque de décevoir le grand public alors que le rythme est plutôt lent, plus psychologique que porté sur l’action. Comme si un regard d’auteur se mêlait avec une fibre geek et un besoin de respecter un dosage minimum du spectacle pour satisfaire un vague cahier des charges. La collision de tout cela donne un film parfois bancal, avec ses fulgurances et son originalité (la première heure est aussi audacieuse que passionnante), mais aussi ses travers, ses limites et sa frustrante étroitesse narrative. En tout cas, chose qu’on ne pourra lui enlever, il est atypique, avec des personnages atypiques et un sous-univers atypique dans la vaste toile des X-Men, sous laquelle il se range avec beaucoup d’intelligence, tissant des liens et multipliant les petites références sans jamais les asséner lourdement pour faire dans le fan servicing gratuit.

Bilan, mention honorable pour Josh Boone et son film maudit. En attendant de voir s’il ouvrira la voie à une possible saga parallèle, Les Nouveaux Mutants se tient pour ce qu’il est, à savoir un film imparfait à l’équilibre précaire, qui manque peut-être d’un peu d’ambition (et de radicalité) mais qui compense par l’honnêteté d’avoir essayé quelque chose et de l’avoir partiellement réussi. Car en y repensant à froid, on ne serait pas contre retrouver ces personnages et cet univers. C’est bon signe.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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