KRISHA de Trey Edward Shults : la critique du film [Festival de Deauville]

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Nom : Krisha
Père : Trey Edward Shults
Date de naissance : 2015
Majorité : Indéterminée
Type : Indéterminé
Nationalité : USA
Taille : 1h45 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Krisha Fairchild (Krisha), Robyn Fairchild (Robyn), Olivia Grace Applegate (Olivia), Alex Dobrenko (Alex), Chris Doubek (Dr Becker), Chase Joliet (Chase), Trey Edward Shults (Trey), Bill Wise (Doyle)…

Signes particuliers : Produit et tourné à l’économie, Krisha est le prolongement sur grand écran, des précédents courts-métrage de son auteur, Trey Edward Shults.

L’UN DES CHOCS DU FESTIVAL DE DEAUVILLE 2015

LA CRITIQUE

Résumé : Après plusieurs années d’absence, Krisha passe la période des fêtes dans sa famille. Elle profite de ce moment pour tenter de réparer, avec les siens, les erreurs du passé, aider à cuisiner la dinde de Thanksgiving et prouver à chacun qu’elle a changé. En mieux… Krisha, dans ses délires, entraîne alors ses proches dans des vacances qu’ils ne sont pas prêts d’oublier…1219862_krishaL’INTRO :

De Michael Bay à Krisha, le pont était énorme lors de la huitième journée du 41eme festival de Deauville, la manifestation normande confirmant une fois de plus, son application à faire honneur à toutes les facettes du cinéma américain par ce fossé des extrêmes. Loin des super-blockbusters du premier auquel un hommage était rendu, la compétition officielle présentait fièrement ce petit drame indépendant au budget équivalent aux allocations régionales allouées à la culture dans un petit village d’Auvergne. Passé par la Semaine de la Critique à Cannes en mai dernier (et nommé pour la Caméra d’Or) et déjà lauréat du Grand Prix au dernier SXSW d’Austin, Krisha aura partagé le public, plombant et ennuyeux pour les uns, coup de cœur phénoménal pour les autres (nous, par exemple). Une chose est sûre, certaine et acquise, le film repartira de Normandie avec, dans ses bagages, un Prix de la Critique amplement mérité.Krisha-Main-CharacterL’AVIS :

Une fois n’est pas coutume à Deauville, Krisha était un premier film, en l’occurrence celui d’un cinéaste indépendant répondant au nom de Trey Edward Shults. Le jeune réalisateur transforme ici en long-métrage, un projet dont la naissance a pris racine il y a cinq ans. Entre 2010 et 2014, Shults signe un triptyque de courts-métrage autour d’un personnage de mère torturée, qu’il observe d’essai en essai. Dans Mother and Son, elle luttait pour se remettre d’une tragédie. Dans Two and One, l’année d’après, elle affrontait le deuil d’un être cher. Enfin, dans Krisha, elle se confrontait à ses démons lors d’une réunion familiale. C’est justement ce dernier, et la somme de ses trois efforts, que Shults développe aujourd’hui en long-métrage, livrant ainsi l’éponyme Krisha, interprété par l’actrice Krisha Fairchild, cette même comédienne qui aura incarné le personnage dans chacun des courts-métrage. Autour d’elle, une grande-partie de sa propre famille, Billie Fairchild, Victoria Fairchild, Robyn Fairchild… Ou quand la réunion familiale ne se fait pas seulement à l’écran, mais aussi en coulisses.KRISHA_051Œuvre étrange et bicéphale, alternant à la fois, mise en scène léchée et maniérée et style brut et épuré façon Festen de Vinterberg, Krisha est un drame en huis-clos au récit condensé sur l’espace de quelques heures, s’agrippant avec force à sa protagoniste énigmatique, une vieille femme qui revient parmi les siens à l’occasion d’une réunion familiale célébrant une naissance. Mais dès les premières minutes, le spectateur devine un malaise imperceptible, très vite, il saisit certaines choses au vol. Très vite, les indices fugaces troublent. On comprend que ce retour est difficile et délicat, que Krisha ne va pas très bien, que les relations familiales sont compliquées. Rien n’est clair, le portrait est brouillé par des striures discrètes, les indices sont glissés entre les lignes, jamais gravées au burin, seulement disséminées ça et là dans un brouhaha narratif sourd. La suite du film ne sera que la démonstration bouleversante de ce malaise intriguant.Krisha_fairchildA la force d’une narration aussi originale que maîtrisée, jouant la carte de l’éclatement narratif pour mieux immerger le spectateur dans une atmosphère trouble, chaotique, suffocante, où la joie des retrouvailles est parasitée par un lourd passé chargé en rancœurs amères, Trey Edward Shults laisse planer beaucoup de mystère. Ce n’est qu’au fil des minutes, entre petits évènements et conversations captées, que le tableau d’ensemble de la situation se dessine vraiment. Krisha est dépressive, Krisha est alcoolique, Krisha lutte, Krisha revient de loin. Et le film d’être ni plus ni moins, que le portrait douloureux d’une personne confrontée à son mal-être, à ses démons, à son passé affectant la situation faussement festive. Dans la compétition de cette nouvelle édition du festival deauvillais, I Smile Back traitait également d’un sujet « semblable », mais en adoptant une démarche très différente. En filmant seulement quelques heures d’une réunion familiale supposée joyeuse, et à partir d’échanges et de moments croqués, Shults dit tout, de son personnage, de son passé, de son présent, de son avenir en pointillés. Il dit tout de ses relations, de ses problèmes, de ses aspirations et de ses regrets passés. Emotionnellement pas évident à aborder et tenu par une douleur abordée avec tact et justesse, Krisha est un moment de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent, un moment où simplicité rime avec pureté, où pudeur se conjugue avec complexité, où intelligence du regard fusionne avec talent de l’illustration. Shults élabore un personnage fascinant, notamment dans la marge de progression qu’il lui accorde, d’abord peu attachant et encore moins magnétique, puis follement empathique et poignant au fur et à mesure que ses meurtrissures se révèlent et déchirent l’écran.Krisha_movieSi le sujet et l’atmosphère chargée en désespoir, mêlés à des motifs soulignant la dissonance mentale de son héroïne vacillante par petites touches teintées d’étrangeté et d’inconfort, pourront rebuter les peu amateurs d’un cinéma noir comme le mal-être, Krisha s’offre néanmoins comme une œuvre forte, et à sa manière viscérale, une expérience pudique de la douleur d’une femme torturée, que Shults scrute avec maîtrise, authenticité et talent, associant discrétion de la mise en scène et humble virtuosité. Un choc criant de véracité, qui requiert juste de la patience pour le laisser déployer sa force, son génie et son pouvoir de fascination. Et l’on ne manquera d’évoquer la prestation phénoménale d’une très grande Krisha Fairchild, point d’ancrage magnétique de l’image, qu’elle ne quitte jamais et qui la décortique sous toutes ses coutures. La comédienne porte le film à bout de bras en s’immergeant pleinement dans son rôle exigeant.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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