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COHERENCE de James Ward Byrkit : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Coherence
Père : James Ward Byrkit
Date de naissance : 2013
Majorité : 18 avril 2017
Type : VOD
Nationalité : USA
Taille : 1h28 / Poids : NC
Genre : Thriller, SF

Livret de famille : Nicholas Brendon, Hugo Armstrong, Emily Baldoni

Signes particuliers : Un film sans SF mais plein d’idées !

UN THRILLER SF À BASE DE PHYSIQUE QUANTIQUE

LA CRITIQUE DE COHERENCE

Synopsis : Un soir, alors qu’une comète s’apprête à passer au-dessus de Los Angeles, Em se rend à un dîner entre amis et s’aperçoit en route que son téléphone portable ne marche plus. Une fois arrivée, les personnes présentes évoquent des faits étranges qui se seraient produits dans des circonstances similaires. Brusquement, la maison se retrouve plongée dans le noir. Selon Em, les événements inexplicables qui s’ensuivent sont le fait de l’un des invités qui agirait avec la complicité de résidents malveillants et potentiellement dangereux d’une habitation voisine. Alors que la tension est à son comble, les convives font une découverte inattendue qui changera, pour chacun et à jamais, le cours de son existence.

Longtemps inédit en France, Cohérence avait fait parler de lui sur la toile il y a quelques années avant une discrète apparition en VOD courant 2017. Parce que les deux films partagent en commun l’idée de jouer avec la thématique de « nos doubles », la sortie en salles du Us de Jordan Peele était l’occasion de revenir sur cette petite pépite à cheval entre le thriller à suspens et la hard science-fiction. Premier (et unique) long-métrage du réalisateur James Ward Byrkit, Cohérence nous plonge au cœur d’une soirée entre amis un soir de phénomène scientifique extraordinaire avec le passage d’une comète aux abords de la Terre. Alors que la soirée bat son plein, les convives s’inquiètent de quelques étrangetés qui se produisent comme des bruits ou des téléphones portables qui se brisent sans raison. La tension va vraiment monter d’un cran à la suite d’une coupure de courant qui va pousser le groupe à s’intéresser à d’étranges voisins.

 

Cohérence, c’est un micro-budget d’à peine 50.000 dollars, c’est aucune star pour attirer l’attention (seule tête connue, Nicholas Xander dans Buffy Brandon), c’est aucun artifice ni effet spéciaux, juste huit personnes dans une maison et un script terriblement malin qui va s’amuser à faire de grandes choses avec que dalle. A tel point que l’on en oublierait presque les tares de sa mise en scène (caméra à l’épaule usante et photo trop sombre). Calé en sciences et en physique, James Ward Byrkit s’est intéressé à la physique quantique et notamment à la théorie du « chat de Schrödinger » (voir plus bas). Cohérence exploite cette idée que dans le monde quantique, il peut y avoir plusieurs « dimensions » parallèles qui n’ont d’ordinaire aucune raison de se croiser et qui, par conséquent, n’ont aucune incidence les unes sur les autres. Mais si par malheur cela venait à être le cas, on peut se préparer à un beau bordel. On vous le donne en mille, c’est ce qu’il va se passer dans le film. Et James Ward Byrkit va se régaler à nous triturer les méninges avec un scénario extrêmement bien pensé et calculé, scénario retors qui pourrait bien faire pousser des cheveux blancs sur la tête de ceux qui essaieront de tout comprendre du premier coup. Car Cohérence, ce sont des couches de malices scénaristiques qui vont s’empiler comme un mille-feuille en quittant le terrain de la SF farfelue pour sauter de plein pieds dans la science pure et dure (d’où le registre évoqué de la « hard science-fiction »). Concrètement, pour tout bien comprendre et percer sa complexité, il faut se préparer à vouloir voir le film plusieurs fois. Mais attention, Cohérence est loin d’être un truc fumeusement chiant et prise de tête. C’est avant tout un thriller de science-fiction énigmatique devant lequel on se régale en voyant à quel point le metteur en scène pousse loin son délire du dédoublement des réalités, le tout sans moyens, juste en manipulant habilement son postulat et en jouant avec ses personnages, à travers lesquels il exploite l’idée qu’un groupe confronté à la peur et à l’inconnu va imploser en révélant les natures profondes de chacun.

A l’heure des blockbusters simplistes, Cohérence est une petite bombe d’originalité, un film intelligent mais qui ne verse pas dans l’intellectualisme pompeux, mais qui s’ingénie à bâtir un huis-clos captivant et brillamment élaboré comme un épisode de la Twilight Zone au concept plus poussé. Thriller haletant qui piège le spectateur dans une véritable « histoire de dingue », Cohérence est de ce genre de petite pépite géniale où l’on n’a qu’une envie au générique de fin, retourner au début et recommencer !

 

EXPLICATIONS – (attention spoilers)

 Concrètement, nombre d’entre vous n’auront peut-être pas forcément tout compris au film et chercherons des explications sur le net (pas de panique, vous n’êtes pas idiot pour autant, et soyons honnêtes, on s’est retrouvé dans la même situation que vous). On va essayer d’apporter quelques éclairages. Cohérence se base sur une célèbre théorie de la physique quantique dite du « chat de Schrödinger ». Qu’est-ce que c’est que ce truc ? On va faire simple. Schrödinger a imaginé une expérience destinée à expliquer l’idée que dans le monde quantique, un atome peut être à plusieurs endroits en même temps. Ou plutôt, si l’on essaie de résumer ça de manière hyper-simplifiée, il peut être dans plusieurs « espace-temps » au même moment. En gros, l’idée de l’expérience était de mettre un chat dans une boîte avec un dispositif très élaboré censé tuer l’animal au bout d’une minute (rassurez-vous, l’expérience était théorique, il ne l’a pas mise en pratique). Le principe est de se dire que tant que l’on n’a pas pu constater la mort du chat en ouvrant la boîte, l’animal est dans deux états, à la fois mort et vivant selon les timelines. Parce que c’est l’observation qui va déclencher le choix entre les deux états possibles. Bon, en réalité, l’histoire est nettement plus compliquée que ça mais on l’a résumée de manière très lapidaire. Cohérence exploite donc cette idée des « dimensions parallèles » dans le monde quantique, à travers l’histoire de ce groupe d’amis intrigués par cette maison voisine de la leur qui a de la lumière alors que tout le quartier est en proie à une coupure de courant. En s’y rendant, ils y découvrent… leurs doubles ! Eux-mêmes dans une autre réalité où le courant n’a pas été coupé. Comment est-ce possible ? Pour s’y rendre, les personnages ont traversé une zone sombre dans la rue. Cette zone est la clé, en l’occurrence un pont créant une interaction entre différentes réalités. A chaque fois que les personnages sortent de la maison et traversent cette zone, ils compliquent tout. Car chaque franchissement de ce passage créé un point amenant une nouvelle réalité. L’ironie de Cohérence est donc de voir ses personnages empirer constamment la situation en essayant de la régler car à chacune de leurs sorties, ils ne font qu’amener une nouvelle dimension parallèle dans laquelle tout est presque pareil mais légèrement différent dans les détails selon les choix faits dans la réalité concernée. Pas simple mais terriblement logique quand on a compris le principe. En fait, Cohérence fonctionne un peu comme Inception de Nolan, superposant des couches sur des couches au point que l’on ne sait plus dans quelle réalité on se trouve. Prenons un cas simple. Imaginez que vous êtes au supermarché. A la suite d’un phénomène physique, le rayon surgelé devient une zone (comme la boîte pour le chat) où plusieurs réalités peuvent se créer. Vous passez dans le rayon pour acheter un sachet de petit pois. Réalité 1. Vous avez votre sachet et vous allez en caisse. Réalité 2, vous hésitez à le prendre et finalement vous le prenez pas. En repassant dans l’aller pour partir, vous créez une troisième réalité ou vous pouvez poursuivre votre chemin ou revenir sur vos pas pour finalement le prendre ou pour prendre autre chose. Imaginez maintenant qu’à la suite d’un accident quantique, tous ces versions de vous se retrouvent nez à nez. Vous paniquez, vous partez en courant… et vous repassez ainsi encore une fois dans la zone créant encore une nouvelle réalité. Ou vous restez et vous affrontez votre double et ainsi de suite. En gros, chaque action va changer le cours de la suite des évènements. Voilà, en gros, Cohérence, c’est ça. Il ne vous reste plus qu’à revoir le film avec ces infos !

 

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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