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CAPTIVE STATE de Rupert Wyatt : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Captive State
Père : Rupert Wyatt
Date de naissance : 2018
Majorité : 03 avril 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h51 / Poids : 25 M$
Genre : SF

Livret de famille : Ashton Sanders, John Goodman, Vera Farmiga…

Signes particuliers : Un film d’espionnage dans un cadre de SF (et non l’inverse).

LE PETIT TOUR DE FORCE DE RUPERT WYATT

LA CRITIQUE DE CAPTIVE STATE

Synopsis : Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans. 

Grand espoir hollywoodien avant que quelque chose ne déraille, on avait un peu perdu de vue Rupert Wyatt depuis quelques années. Félicité au lendemain de la réussite de La Planète des Singes : Les Origines, le cinéaste a eu toutes les peines du monde à enchaîner. La suite de la saga s’est faite sans lui suite à de profonds désaccords artistiques avec le studio, idem pour le film Gambit avec Channing Tatum qu’il devait réaliser, son remake de The Gambler avec Mark Wahlberg avait déçu… Et Wyatt avait finalement rebondi tristement du côté de la télévision avec la série télé L’Exorciste. Captive State marque donc son grand retour au cinéma, cinq ans après son précédent long-métrage. Produit, écrit et réalisé par ses soins, Rupert Wyatt semble avoir eu enfin la liberté qu’il semblait rechercher sur un projet. Et vu la réussite de sa petite série B de science-fiction, on serait d’avis de la lui donner un peu plus souvent !

L’intelligence de Captive State, et ce qui lui confère sa plus grande originalité, c’est d’avoir imposé les lois et les codes du film d’espionnage au registre de la SF et non l’inverse. Le film de Rupert Wyatt est ainsi un pur thriller d’espionnage dans un cadre de science-fiction et non un film de science-fiction qui intègre une vague intrigue de thriller pour donner du corps à son spectacle. La démarche pourra dérouter ceux qui en attendent justement un gros blockbuster ultra-spectaculaire et injecté d’effets spéciaux. Car Captive State n’est clairement pas ça, radicalement, épidermiquement pas ça. En revanche, cette même démarche ne manquera pas de séduire les amateurs d’œuvres différentes et intelligentes. De l’intelligence, il y en a beaucoup dans ce Captive State, film plutôt minimaliste mais qui arrive à se montrer extrêmement malin sur la foi d’une trame pourtant simple une fois remise à plat et en perspective. A travers cette histoire de résistance contre une invasion extraterrestre, Wyatt parle des mécanismes, des idéaux et des symboles de la résistance, en essayant d’imaginer un monde futuriste où il a extrapolé les réalités d’aujourd’hui (politiques, sociales et environnementales) en les soumettant au registre du film d’aliens belliqueux ayant pris le contrôle de notre planète. Le tout mis en images avec une classe folle.

Avouant s’être beaucoup inspiré du travail de Jean-Pierre Melville, ce qui explique en partie pourquoi le film ne ressemble en rien à un Independence Day, La Guerre des Mondes ou autre World Invasion : Battle Los Angeles, Rupert Wyatt signe un film sans superstars (John Goodman et Vera Farmiga sont les cautions connues), que l’on sent parfois un peu limité par ses moyens réduits. Mais comme on le dit souvent, peu de budget décuple parfois la créativité. Et malgré ses ressources étriquées, Captive State impressionne et compense par l’extrême précision de son écriture, de sa mise en scène et de son montage, qui parviennent tous ensemble à installer une tension dingue en prenant le temps de bâtir son récit avec densité… densité qui finit par se transformer en intensité une fois que la machine a fini de faire chauffer son moteur. Car Captive State est un peu du genre diesel. Très imparfaite, l’entame du film donne l’impression d’un effort chaotique, souffrant d’une installation confuse et complètement dé-rythmée. Mais si l’on a du mal à entrer dans l’univers parce que lui-même a du mal à l’élaborer avec adresse (et parce qu’il n’a peut être pas les moyens de ses ambitions), Captive State cache vite sa misère en faisant le choix d’un angle resserré sur l’intime du thriller au lieu du spectacle démesuré de l’action. Et plus le film progresse, plus ses maladresses s’effacent pour laisser place à une série B haletante dans la lignée d’un District 9 inversé, non pas pour l’histoire ni le style mais plus pour la volonté d’être malin et de tordre le cou aux conventions. On finit par oublier un peu la pointe de frustration ressentie à voir des personnages manquant d’étoffe et de caractérisation, comme celle de ne pas avoir toutes les clés de cet univers que l’on sent pensé avec richesse et soin mais dont plein de détails brièvement évoqués échappent et restent les détails d’un décorum inexploité (notamment le fonctionnement de ce nouveau monde). Sûrement parce que le film n’a pas vraiment le coffre et la latitude économique pour l’étayer et lui donner l’ampleur qu’il aurait mérité. En même temps, c’eut été un autre film.

Comme s’il transposait la seconde guerre mondiale et ses histoires de résistance dans un cadre science-fictionnel, Captive State fait vaguement penser à la série V dont c’était le principe fondateur. Mais le film de Rupert Wyatt ne relève pas de la même essence et assume son choix d’une micro-histoire centrée sur l’humain dans un cadre d’invasion extraterrestre global qui n’évolue qu’en toile de fond.  Gorgé d’idées, pas forcément toutes abouties mais déjà gorgé d’idées, Captive State est le genre de petite tentative qui pourrait gagner ses galons de film culte avec le temps. Le temps d’oublier son (très) injuste échec au box office américain par exemple.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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