ARÈS de Jean-Patrick Benes : la critique du film
Sortie cinéma

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ares-film-afficheMondo-mètre
note 2.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Arès
Père : Jean-Patrick Benes
Date de naissance : 2016
Majorité : 23 novembre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h20 / Poids : NC
Genre : SF, Action

Livret de famille : Ola Rapace, Micha Lescot, Thierry Hancisse…

Signes particuliers : Arès réussit beaucoup de bonnes choses mais pas l’essentiel : captiver.

UNE DYSTOPIE À LA FRANÇAISE

LA CRITIQUE DE ARÈS

Résumé : Dans un futur proche, l’ordre mondial a changé. Avec ses 10 millions de chômeurs, la France fait désormais partie des pays pauvres. La population oscille entre révolte et résignation et trouve un exutoire dans des combats télévisés ultra violents où les participants sont dopés en toute légalité et où tous les coups sont permis. Reda, dit Arès, est un ancien combattant qui vit de petits boulots de gros bras pour la police. Tout va changer lorsque sa sœur se fait arrêter et qu’il doit tout mettre en œuvre pour les sauver : elle et ses filles. ares-film-5Décidément, la SF made in France a la côte ces temps-ci. Ou du moins elle tente de l’avoir mais loin des systèmes de productions traditionnels, toujours aussi frileux à l’idée de financer des projets ambitieux mais risqués. L’hexagone a beau avoir initié la science-fiction au cinéma avec Georges Méliès il y a plus de cent ans, elle n’aura jamais su devenir une vraie terre d’accueil pour le genre malgré quelques tentatives disséminées tout au long de son histoire cinématographique. Après le singulièrement fou Le Grand Tout de Nicolas Bazz l’an passé, puis le très réussi Virtual Revolution de Guy-Roger Duvert qui n’a de cesse de faire parler depuis quelques semaines, voici venir Arès, long-métrage signé Jean-Patrick Benes (le pas terrible Vilaine avec Marilou Berry en 2008). A la croisée de la science-fiction d’anticipation et du film d’action, Arès nous plonge dans un Paris futuriste au bord de l’apocalypse sociale, où la France est devenue un pays pauvre tenu par quelques multinationales surpuissantes. Alors que la courbe du chômage est montée à 15 millions d’inactifs et que des tentes de fortune jonchent les rues d’une capitale engoncée dans l’austérité, la vie humaine est devenue une marchandise, entre expérimentations scientifiques et combats ultra-violents retransmis en direct pour divertir une populace désœuvrée.ares-film-3Sur certains points, Arès pourrait être rapproché de son voisin Virtual Revolution. Non pas que les deux films partagent quoique ce soit en commun côté intrigue, mais disons que dans les deux cas, l’art de la démerde est venu à la rescousse d’un manque de budget flagrant. Comme Virtual Revolution, Arès ne peut se targuer des moyens à la Iron Man. Seul le Valérian de Luc Besson le pourrait de toute manière. Mais avec ce qu’il a réussi à réunir grâce au soutien de Louis Leterrier et de la Gaumont, Arès s’efforce d’afficher le meilleur visage possible. Et il y parvient, pas forcément avec une adresse indéniable, mais son mérite est d’aller plus loin que le minable nanar cachant maladroitement sa misère.ares-filmOn pourra reprocher pas mal de choses au film de Jean-Patrick Benes. Des choses dont il a probablement lui-même conscience. Une intrigue narrativement limitée, un univers visuel qui manque d’ampleur, des ambitions qui aimeraient pousser les murs sans vraiment le pouvoir… Bref, en somme, essentiellement des choses à mettre sur le compte de son absence de gros moyens. Difficile de faire Minority Report quand on a le PIB du Burundi à disposition, difficile de faire Soleil Vert ou L’Armée des Douze Singes quand on est forcé de rester sur un unique sentier dramatique, faute de pouvoir explorer les horizons adjacents à celui mis en place. Mais parce que l’argent ne fait pas tout non plus, impossible de tout balancer sur le dos de l’étroitesse budgétaire. Avec ses 5 millions d’euros (ce qui en soit n’est pas ridicule, même supérieur à un Virtual Revolution qui a dû composer avec moins), Arès ne trouve pas toujours des solutions créatives pour parer à ses impératifs restrictifs. Comme avec ses inégalités de traitement, alors que l’action prend le dessus sur la SF, ce qui permet d’éviter le problème plutôt que s’y confronter. Comme avec ce frein mis dans l’élaboration d’un futur radicalement glaçant. Ou encore, comme avec l’absence de finesse qui dirige le film sur son premier niveau de lecture. Souvent, Arès part dans la bonne direction, mais semble incapable d’aller au bout de ses bonnes idées, laissant traîner pas mal de frustration derrière lui.ares-film-6Néanmoins, si le résultat pourra paraître parfois un peu cheap et si l’ensemble peine à se transcender pour aller lorgner du côté de la « sacrée baffe géniale », on aura tout de même à cœur de louer l’effort. Non pas juste parce qu’il est le fruit d’une passion indéniable et d’un boulot titanesque évident, mais parce qu’Arès a quand même des arguments qu’il serait trop facile d’ignorer. Jean-Patrick Benes essaie d’œuvrer dans l’essence même du registre de l’anticipation, zone souvent sacrément casse-gueule. Arès s’efforce ainsi, non sans intelligence, de déployer un univers prolongeant des thématiques sociales contemporaines, ce qui l’assoie sur des bases éminemment intéressantes. Hausse du chômage désespérément insoluble, fracture sociale de plus en plus marquée, hégémonie des grands groupes tout-puissants qui contrôlent voire supplantent les gouvernements jusque dans l’édiction des lois, crispation, nervosité sociale et répression grandissante, mouvements alternatifs en lutte, être humain considéré comme une marchandise… En somme, Arès est un portrait assez sombre de l’avenir, mais un portrait basé sur une certaine crédibilité liant les temps présents et un regard anticipant un futur pessimiste digne d’une dystopie effrayante. Derrière, monté avec un dynamisme suffisant, mis en scène proprement avec quelques idées à la clé, et solidement interprété, Arès se regarde sans déplaisir à défaut d’impressionner. Il lui manque seulement ce petit « plus » qui en ferait une œuvre fascinante.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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